Le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec indique ne pas posséder suffisamment d'études scientifiques sur les conséquences sur la santé de l'usage de la cigarette électronique.

Les beaux jours du vapotage

Les beaux jours de la cigarette électronique seraient-ils comptés? Sans l'ombre d'un doute, les recommandations émises par la Direction de la santé publique (DSP), qui appelle de ses voeux une réglementation accrue, ne semblent pas freiner la popularité de cet objet de consommation...avec ou sans nicotine, et certainement pas à Trois-Rivières.
La cité de Laviolette est à ce point friande du vapotage, que le président de Vapoclub songe à ouvrir de nouvelles succursales non seulement en Mauricie, mais également au Centre-du-Québec.
«Le Vapoclub à Trois-Rivières va super bien, se réjouit Jean-François Tremblay. La communauté de Trois-Rivières répond bien à l'appel, les gens sont contents. La dégustation des différentes saveurs se fait sans nicotine, et une fois que l'on a regardé les habitudes de consommation de nos usagers, on leur propose une consommation graduelle de cigarettes électroniques contenant de la nicotine.»
Une recommandation à la carte, en somme, que le DSP souhaiterait voir encadrée par des professionnels de la santé, tout comme le taux de nicotine. Pour le moment, aucune législation ne contrôle la concentration maximale de produits toxiques présents dans la vapeur grise extirpée par le vapotement. C'est le commerçant qui décide, à la lumière d'une discussion de comptoir, le nombre de milligrammes de nicotine que devrait ingurgiter le vapoteur.
Malgré ce flottement législatif et l'absence de norme limitant la dangerosité du produit, le Vapoclub de Trois-Rivières compte déjà quasiment mille membres. «La demande est très forte. Les fumeurs de Trois-Rivières, comme partout ailleurs, cherchent une alternative au tabac depuis longtemps. Personnellement, je suis pour l'encadrement de la vente de la cigarette électronique, mais contre le fait qu'elle soit considérée comme un produit du tabac», nuance M. Tremblay. Selon lui, il doit y avoir présence de combustion pour qu'un produit intègre la famille des cigarettes traditionnelles, cigares et autre bâtonnets de tabac, ce qui n'est pas le cas pour la cigarette électronique.
Les recommandations portées publiquement par la DSP n'ont donc pas desservi la popularité de la cigarette de plastique. «Nous avons des projets dans nos cartons pour Trois-Rivières. Si la tendance se maintient, on parle d'ouverture de nouveaux points de vente. Trois-Rivières et ses alentours comptent assez de membres, assez de potentiel commercial pour justifier cette expansion. Des villes comme Shawinigan, Drummondville ou Victoriaville nous attirent et font parties de notre plan de déploiement», s'enthousiasme M. Tremblay.
Preuve supplémentaire que les vapoteurs se multiplient à Trois-Rivières, une nouvelle boutique ayant pignon sur la rue Fusey vient tout juste d'ouvrir ses portes. Son propriétaire, Robert Belleville, craint que la future réglementation nuise aux effets positifs que certains accolent à la cigarette électronique. «En tant que commerçant, je marche un peu sur des oeufs. Je ne suis pas vraiment en accord avec la DSP, mais on va faire ce qu'elle recommandera. Il y a beaucoup de pression de la part des cigarettiers. C'est un dossier à suivre. Moi, mon but premier c'est d'aider les gens à cesser le tabagisme.»
Malgré son désaccord passif, M. Belleville garde espoir que la réglementation mettra fin à la vente de liquide nicotrinique de fabrication artisanale, composante principale des cigarettes électroniques. «Beaucoup de commerçants fabriquent leur propre liquide, s'improvisant un laboratoire, ne travaillant pas dans un environnement stérile, négligeant même les tests pour mesurer les taux de nicotine. Moi je n'embarque pas là-dedans. Mon liquide de nicotine est fourni par une compagnie canadienne dûment enregistrée, mais ce n'est pas le cas de tout le monde.»
Recommandations
La DPS espère que les autorités réglementent la cigarette électronique de la même façon que tous les autres dérivés du tabac. Par exemple, la cigarette électronique devrait être tributaire de la loi sur le tabac et, conséquemment, faire l'objet d'une interdiction publicitaire. «Je suis complètement en désaccord avec cela, souligne M. Belleville. Pendant cinquante ans on a fait la promotion de la cigarette en sachant qu'elle créait une dépendance à la nicotine. Mais le gouvernement permet tout de même la vente de la cigarette car elle lui rapporte beaucoup d'argent.»
Également, la DPS souhaite que la version nicotinique de la cigarette électronique soit offerte au bénéfice des seuls fumeurs incapables d'écraser, donc comme une alternative pharmacologique sous supervision thérapeuthique à prendre seulement après évaluation de son efficacité en matière de réduction des méfaits. «Si on a besoin d'une prescription pour se procurer la cigarette électronique, conclut M. Belleville, les cabinets de médecin vont être davantage encombrés.»