Le quintette promet une performance énergique samedi soir au parc Champlain.

L'électronique éclectique de Misteur Valaire

Ils sont de Sherbrooke, ont joué en France, en Allemagne, en Belgique et en Suisse, ont composé une partie de leur plus récent album au lac Castor à Saint-Paulin et ce samedi soir, les cinq compères de la formation Misteur Valaire réchaufferont le Parc Champlain de Trois-Rivières dans le cadre des Nuits polaires. Rendez-vous avec l'énergie et la créativité d'un groupe électronique axé sur l'éclectisme.
«En tant que Misteur Valaire, on se doit d'être éclectique», commente Luis, (Louis-Pierre Phaneuf), un des cinq membres du groupe, en décrivant le quatrième album de la formation, Bellevue, paru en septembre dernier.
Certains observateurs ont trouvé le disque moins festif, plus posé, voire plus introspectif que son prédécesseur, le coloré Golden Bombay, tandis que d'autres critiques et journalistes qualifient Bellevue de mordant, éclaté et... festif.
«Le spectre des commentaires est aussi large que le spectre des couleurs de l'album», constate Luis, avant d'évoquer le processus de création du disque. «Après deux ans et demi de tournée de Golden Bombay, on s'est forcés à prendre quelques jours de congé. On s'est enfermés dans un chalet au lac Castor. On développait des tempos et des tonalités chacun de notre côté, puis on se réunissait et on jammait avec tout ça», commence-t-il en parlant de la première phase de création, en janvier 2012.
Quelques mois plus tard, après avoir constaté que les maquettes du lac Castor sentaient pas mal l'hiver et oui, l'introspection, le quintette s'est à nouveau réuni mais en studio, cette fois, pour composer le reste de l'album en équilibrant l'humeur qui en serait dégagée.
«Oui, il y a des bouts plus texturés, plus introspectifs. On est moins bons pour tout analyser avec du recul, mais je dirais que l'album est mieux produit. On a eu envie d'efficacité. On demeure avec nos influences électroniques, mais les instruments acoustiques sont aussi très présents. Avant, on tapissait les trames électronique avec l'acoustique. Là, on a plus appuyé l'acoustique dans le mix», détaille Luis.
Bellevue compte 11 pièces amalgamant rythmes et trames tantôt planantes (Bellevue Avenue), tantôt plus groovy (Don't Get là), ou encore quasi-industriels (Space Food). Une Interlude flirtant avec le disco des années 1970 côtoie La nature à son meilleur, un genre de funk garni d'un échantillonnage d'émission de chasse et pêche.
Ceux qui ne connaissent pas Misteur Valaire comprennent ici qu'on a affaire à une musique originale, loin des modèles conventionnels de la chanson à texte égrenant couplets et refrains. On parle d'une musique électronique plus près des univers du type DJ que de celui de l'auteur-compositeur-interprète. Deux pièces de l'album intègrent des voix d'artistes invités, soit le chanteur néo-soul anglais Jamie Lidell et le rapper Heems, du groupe Das Racist.
Paiement volontaire
Pour la mise en marché de son quatrième album, Misteur Valaire a continué à privilégier le modèle d'affaires initié dès la sortie de son deuxième opus. Friterday Night avait été offert gratuitement sur le Net, et les revenus des spectacles avaient permis de produire plus tard une version physique du disque.
Golden Bombay a pour sa part été proposé en formule de paiement volontaire, tout comme le dernier-né Bellevue. Pour le groupe, ce modèle s'adapte à la réalité du marché du disque, marquée par un déclin de la vente du disque traditionnel, et l'expérience se révèle positive. «Plus on est téléchargé, plus les ventes en magasin augmentent aussi. Le téléchargement n'affecte pas la consommation en magasin, ne vient pas la restreindre. Avec internet, les gens se passent le mot», constate Luis.
Via son site internet, Misteur Valaire propose aussi à ses fans de soutenir le groupe via une légère contribution financière mensuelle en échange de quelques privilèges de primeurs.
«Ce n'est pas évident de passer six mois en studio sans revenu. Il faut toujours rester créatif. On invite les gens à nous financer pour qu'on reste créatifs. C'est un peu un dialogue avec les gens qui nous encouragent», indique-t-il.
Sur la scène polaire!
Ce n'est pas parce qu'une partie de l'album Bellevue a été composée en hiver et que la photo de la pochette expose un paysage de neige qu'il devient évident pour le quintet Misteur Valaire de jouer en plein air en février, dans l'hiver du Québec... Les cinq gars sont par contre habitués à bouger sur scène, dans des performances énergiques et «de party».
Luis convient que le froid peut affecter les doigts qui doivent s'activer sur les cordes d'une basse ou les pistons d'une trompette. Mais d'un autre côté, il constate que les chansons du nouvel album demandent plus, physiquement, ce qui devrait contribuer à éviter l'hypothermie des musiciens!
«On est chanceux, on est un band qui est toujours en train de sauter et courir partout sur la scène. Avec beaucoup d'instruments à jouer comme la basse et la trompette, on n'aura pas le choix de bouger pour se réchauffer! Dans les autres tournées avec les autres albums, il y a avait des bouts où on ne jouait pas de grand-chose. Mais là, on a plus de cuivres, plus de batterie, c'est plus épuisant à jouer», indique Luis.
Louis-Pierre Phaneuf est plus associé aux percussions dans le groupe, tandis que ses collègues François-Simon Déziel, Julien Harbec, Thomas Hébert et Jonathan Drouin, tous formés en musique jazz au Cégep, s'occupent de la basse, de la batterie, des synthétiseurs, de la trompette, du saxophone et des tables tournantes.
Le groupe formé en 2004 a fait paraître un premier opus en 2005 (Mr. Bian), un second deux ans plus tard (Friterday Night), puis Golden Bombay en 2010. La tournée de Golden Bombay avait déjà mené le groupe en Europe, et moins de deux semaines après le lancement de Bellevue, la formation repartait pour plus d'un mois de tournée européenne, dans 22 villes comprenant notamment Berlin, Paris, Grenoble, Zurich, Munich et Toulouse.
Ce soir au parc Champlain de Trois-Rivières, le groupe promet un spectacle dynamique. «Les gens vont retrouver l'énergie de Misteur Valaire. On a voulu une mise en scène efficace, dansante à tout moment. On continue à ne pas se prendre au sérieux. Sur scène, on veut distraire le public, mais on veut aussi se distraire nous-mêmes! C'est donc un show festif!», assure Luis.
Misteur Valaire occupera la scène du Parc Champlain à compter de 21 h 30 samedi soir.