Le centième anniversaire de Clément Marchand avait été célébré en grande pompe l'automne dernier.

L'écrivain Clément Marchand meurt à l'âge de 100 ans

Considéré par plusieurs comme étant un monument de la littérature, le Trifluvien Clément Marchand est décédé, lundi avant-midi, à l'âge de 100 ans.
La mort de cet homme de lettres grandement apprécié par ses pairs a causé une onde de choc dans la communauté artistique trifluvienne ainsi que chez ses proches. Celui qui a porté les chapeaux d'auteur, poète, journaliste, éditeur, imprimeur et mentor au cours de sa longue existence a joué un rôle très important dans le cheminement de vie de plusieurs artistes.
Son centième anniversaire avait d'ailleurs été célébré en grande pompe l'automne dernier. Le Nouvelliste y avait notamment consacré la Une de son cahier week-end le 8 septembre dernier.
«C'était un grand bonhomme. L'Union des écrivains québécois perd un de ses membres d'honneur et la Société royale du Canada également. C'est quelqu'un qui a découvert plusieurs écrivains, notamment Suzanne Paradis, Gérald Godin et Yves Préfontaine. C'est un homme qui venait de Sainte-Geneviève-de-Batiscan et mon père avait ses livres.
«Nous vivions à Saint-Narcisse, la paroisse voisine, où vivait l'histoirien Marcel Trudel. Je me disais que si des gens de ma paroisse et de la paroisse voisine pouvaient écrire, moi aussi je pouvais. Il m'a donc donné le goût d'écrire. Ça m'a montré que la littérature était accessible. Il a été très important pour moi», a notamment mentionné l'auteur Réjean Bonenfant.
Figure bien connue de la communauté artistique mauricienne, Patricia Powers s'est également dite affectée par le décès de celui qu'elle considérait comme un ami.
«C'est un monument de la poésie qui nous quitte. Je me demande même s'il n'était pas le plus vieux poète du Québec. Il a été de toutes les grandes affaires dans le monde de la littérature. Il a eu toute une vie cette homme-là. Ce n'est pas banal ce qu'il a fait. Il était généreux et aimait la conversation. C'était un homme d'esprit doté d'une grande intelligence et qui était également très sensible», a affirmé Patricia Powers.
Compagne de M. Marchand depuis de nombreuses années, l'artiste peintre Suzanne Leboeuf était très affectée par le décès de M. Marchand lorsque Le Nouvelliste l'a jointe en soirée lundi.
«C'était un grand personnage, une grande force de la vie. Il était un homme qui allait vers les autres êtres humains avec une facilité incroyable. Il accordait le même respect à chaque personne. Il avait un grand coeur. Je pense d'ailleurs qu'il n'avait pas d'ennemi. C'était impossible de ne pas être ami avec Clément Marchand. On devenait grand auprès de Clément», a-t-elle dit.
Le fils du défunt, Pierre Marchand, a confié que les dernières semaines furent pénibles pour son père. Voyant que ce dernier était grandement affaibli, il n'a eu d'autres choix que d'appeler les ambulanciers la semaine dernière afin qu'ils le transportent à l'hôpital, où il est d'ailleurs décédé. Fait à noter, M. Marchand vivait seul avec son père depuis le décès de sa mère, il y a maintenant 35 ans.
«Dans le dernier mois, son état s'est dégradé très rapidement. Ce fut très difficile pour moi de le voir comme ça à la fin. Mais heureusement, je vais me souvenir du temps que nous avons passé ensemble, des beaux voyages que nous avons faits et des belles fêtes de famille avec toute la parenté que nous avons faites du temps que ma mère était vivante. Je me souviens lorsqu'il était au journal Le Bien public et qu'il m'amenait avec lui. Ce sont de très beaux souvenirs», a-t-il raconté.
M. Marchand est né à Sainte-Geneviève-de-Batiscan et a fait ses études classiques au Séminaire Saint-Joseph de Trois-Rivières. À sa sortie du séminaire à l'âge de 20 ans, il est devenu journaliste pour l'hebdomadaire Le Bien public. Il a par la suite fait l'acquisition de cette publication avec Raymond Douville. Ayant également oeuvré à titre d'imprimeur et éditeur, il a publié près de 300 ouvrages dont certains des auteurs Félix Leclerc, Gérald Godin, Alphonse Piché, Suzanne Paradis ou Alexis Klimov.
Il a côtoyé des grands noms de la littérature québécoise, dont Nérée Beauchemin, Alfred Desrochers, Olivar Asselin, Claude-Henri Grignon ou Albert Pelletier. À titre d'auteur, on lui doit notamment Les soirs rouges, considéré comme un joyau d'art poétique et narratif, qu'il a écrit alors qu'il n'était âgé que de 20 ans. Il était membre de la Société royale du Canada depuis 1947 et a reçu le titre de Chevalier de l'Ordre national du Québec en 2000.
La famille n'a pas encore décidé à quel moment les funérailles seront célébrées.
L'UQTR l'honorera aujourd'hui
Ironie du sort, l'Université du Québec à Trois-Rivières avait prévu rendre hommage à Clément Marchand aujourd'hui même, et ce, dans le cadre du lancement collectif des auteurs issus de la maison d'enseignement trifluvienne.
La présentation d'une adaptation en musique et chant d'un des poèmes de M. Marchand fera notamment partie de cet hommage. Cette activité sera animée par Patrica Powers.