Bruno Brel et Gaëtan Leclerc ont offert une trentaine de spectacles au Québec et en Europe, honorant les répertoires de leurs oncles Jacques et Félix.
Bruno Brel et Gaëtan Leclerc ont offert une trentaine de spectacles au Québec et en Europe, honorant les répertoires de leurs oncles Jacques et Félix.

Leclerc-Brel: le duo des neveux

Marie-Josée Montminy
Marie-Josée Montminy
Le Nouvelliste
Jacques Brel et Félix Leclerc se sont côtoyés à la salle Les Trois Baudets de Paris dans les années 1950. L'icône de la chanson française a même séjourné chez son équivalent québécois à Vaudreuil en 1958.
Cinquante ans plus tard, les neveux de ces deux monuments se rencontraient en Picardie et nouaient une complicité musicale et personnelle qui dure. Le Trifluvien Gaëtan Leclerc et le Bruxellois Bruno Brel forment ce qu'on pourrait appeler le duo des neveux.
C'est d'ailleurs le titre «Soirée des neveux» qui a inspiré le directeur artistique de la salle Vox, à Fort Mahon, en sollicitant les deux chansonniers. En 2007, Bruno Brel s'était produit dans cette salle de la côte picarde, près de la Somme.
Un an plus tard, c'est Gaëtan Leclerc qui montait sur les planches du théâtre. «Après le spectacle, le directeur artistique Pierre Gosselin m'a dit: ''Serais-tu intéressé à faire une soirée des neveux avec Bruno Brel?''», raconte le fils de Jean-Marie Leclerc, le frère de Félix.
En 2009, Gaëtan Leclerc arrivait à la salle Vox et serrait la main de celui avec qui il n'avait communiqué que par courriel, question d'établir un programme pour le spectacle. «La salle était pleine à craquer. Ça a été bien plaisant! Il y a eu une belle chimie entre Bruno et moi. On est devenus de bons amis», raconte le neveu de Félix, qui interprète le répertoire de son oncle depuis 1998, soit dix ans après le décès de celui-ci, le 8 août à l'île d'Orléans.
Depuis ce premier rendez-vous, les neveux ont présenté une trentaine de spectacles, des deux côtés de l'Atlantique. Juste en 2013, Bruno Brel est venu au Québec en février, et Gaëtan Leclerc le rejoindra en Europe en juin, septembre et novembre.
«En spectacle, on chante chacun des chansons de nos oncles, puis on chante ensemble, et des fois Bruno fait du Leclerc et je fais du Brel... On fait chanter les gens, on raconte des anecdotes concernant nos oncles», décrit le neveu de Félix.
La voix de Gaëtan Leclerc ressemble beaucoup à celle de son oncle, tout comme celle de Bruno Brel se compare à celle du sien. Mais ce que les deux neveux ont remarqué en se découvrant mutuellement, c'est que ni l'un ni l'autre ne cherche à imiter son oncle dans une démarche de personnification. Gaëtan Leclerc ne se «déguise» pas en Félix Leclerc comme le font par exemple les imitateurs d'Elvis qui en 2013 reproduisent le plus fidèlement possible le look et l'attitude du King version 1973.
Même chose pour Bruno Brel, qui compte son propre répertoire de compositions, en plus d'avoir écrit des romans et des nouvelles. Le neveu de Jacques Brel a commencé à chanter dans les cabarets en 1967, l'année où son oncle a annoncé que lui, abandonnait la scène. Bruno Brel a entre autres chanté en première partie de Raymond Lévesque au Patriote de Montréal (en 1974), a fait des tournées un peu partout dont en Afrique. Ce n'est qu'en 1998 qu'il a commencé à inclure des chansons de son oncle dans ses spectacles.
Le public du duo des neveux vient entendre les chansons des deux oncles, chantées par les voix parentes, dans une formule où la nostalgie est diluée par la fraîcheur du renouveau. Mais les neveux ne sont pas dupes. S'ils ne se déguisent pas en leurs oncles, ils ne travestissent pas non plus le répertoire qui les a rendus célèbres. Ils savent que les gens veulent entendre les classiques qui collent à la mémoire de leurs oncles. Pas de Tirelou en hip hop ou de Quand on n'a que l'amour en western. Pas de titres trop peu connus non plus.
Gaëtan Leclerc énumère les Ne me quitte pas, Les bourgeois et La valse à mille temps parmi les incontournables que le public attend de son ami, tandis que L'hymne au printemps, Bozo, Moi mes souliers et Le p'tit bonheur figurent parmi les attentes des fans de Félix.
Deux mille treize marquera le 25e anniversaire du décès de Félix Leclerc et le 35e de la mort de Jacques Brel, né à Bruxelles le 8 avril 1929 et décédé le 9 octobre 1978 à Bobigny, dans la région parisienne.
Depuis une quinzaine d'années, Gaëtan Leclerc inclut entre 60 et 70 spectacles dans son agenda.
Diffuser l'héritage de Félix
Outre ses activités avec Bruno Brel, Gaëtan Leclerc continue à parcourir le Québec avec ses spectacles solo, souvent avec sa fille Geneviève qui joue du piano et chante. Il collabore aussi avec d'autres artistes dont Émilio Armillès, qu'il a rencontré dans un festival franco-belge.
«Je devais faire le spectacle d'ouverture du festival avec Bruno Brel, et quelques jours avant, le médecin de Bruno lui a prescrit du repos. Le promoteur a donc proposé Émilio pour faire une partie du spectacle. Il chante ce qu'on appelle «la belle chanson française». On s'est bien entendus. Émilio a fait sa partie, j'ai fait la mienne et on en a fait une autre ensemble. Puis on a refait d'autres spectacles en France», raconte Gaëtan Leclerc.
Depuis une quinzaine d'années, le Trifluvien insère entre 60 et 70 spectacles à son agenda. Secondé par son épouse Hélène qui joue le rôle de gérante, ce mécanicien devenu directeur d'entretien à la Société de transport de Trois-Rivières réussit à conjuguer son travail «officiel» de jour et ses activités artistiques de soir et de fin de semaine - et de vacances...
«On ne fait pas de promotion. C'est par le bouche à oreilles», constate M. Leclerc en parlant des contrats qui occupent son calendrier à l'année, ici comme en Europe. Souvent, les responsables de lieux de diffusion où il se produit le redemandent, ce qui remplit l'agenda sans effort de sollicitation de la part du couple Leclerc.
Gaëtan Leclerc est aussi nourri par un souci de faire connaître l'oeuvre de son oncle aux générations plus jeunes. Il fait entre autres des spectacles-conférences dans les écoles et les cégeps. «Je raconte un peu l'histoire de la chanson québécoise, l'histoire de Félix et son influence sur la musique. Je les fais chanter et leur fais découvrir une poésie qu'ils ne connaissent pas.»
Quand on demande au principal intéressé si, avec le recul et l'expérience, il aurait tout de suite opté pour la chanson quand est venu le temps de choisir un métier, il n'est pas catégorique. «Je suis passionné dans tout ce que je fais. J'aime mon travail et j'aime la chanson», indique celui qui a déjà été sous contrat avec une compagnie professionnelle, mais n'a pas renouvelé l'entente, préférant garder la liberté de faire ce qu'il souhaite au moment où il le désire.
Gaëtan Leclerc reconnaît que l'opportunité d'avoir participé au spectacle de la fête nationale sur les plaines d'Abraham avec Normand Brathwaite a pu être intense et unique. Mais il aime aussi les spectacles corporatifs ou même ceux intimes, dans les résidences privées, choses qu'il ne croit pas qu'il ferait s'il avait vraiment fait carrière dans la chanson, soutenu par une «machine».