Émile Gaudreault signe la réalisation de cette comédie dramatique.

Le vrai du faux: le défi de l'équilibre

 Le vrai du faux a pris l'affiche mercredi dernier et pour les artisans du film, c'est le vrai test qui commence. Sans jeu de mots. Parce que malgré les visionnements avant le lancement, les diverses opinions rassemblées, analysées et prises en compte, il est bien malin celui qui pourrait prédire les résultats de la sortie en salle.
«Il y a toujours un stress qui va avec la sortie d'un film, c'est tellement gros, tellement gigantesque. Il y a toujours une nervosité mais c'est incroyable la réaction qu'on a avec le film», se réjouit Émile Gaudreault, le réalisateur.
Il admet que ce long métrage est très différent de ses oeuvres précédentes où l'aspect comique prenait beaucoup plus de place. «C'est un film qui est plus un mélange d'émotion et de comédie. Ce que les gens nous disent c'est qu'ils sont pris par l'histoire.» Le récit repose sur un équilibre qui a nécessité quelques ajustements en cours de route, au point de devoir retourner quelques fois en salle de montage pour arriver au résultat voulu.
«On a fait trois versions pour le public, la première était trop dramatique, on le voyait avec la réaction du public. C'était lourd et les gens mettaient du temps avant de réaliser qu'ils avaient la liberté de rire. Puis dans la deuxième, on était un peu traumatisé de la première on l'a donc fait trop comique. On a senti qu'on avait trop évacué le drame et que, même si le public riait beaucoup, ce n'était pas ça le film», admet M. Gaudreault qui affirme que la troisième version s'est révélée être la bonne.
Présenter son oeuvre au public avant de la savoir finale, peut donner un coup de barre à l'ego mais l'exercice était nécessaire aux yeux du réalisateur pour assurer une balance idéale. «Ça prend beaucoup d'humilité, parce que c'est dur. Il n'y a pas beaucoup de monde qui le font justement parce que c'est dur. Les gens livrent le fond de leur pensée sans savoir que le réalisateur est dans la salle», confiait M. Gaudreault.
Le genre du film a nécessité un certain doigté en post-production mais reposait en grande partie sur les comédiens selon M. Gaudreault. «Une comédie dramatique doit être émotivement très vraie mais parce que je prends des acteurs comiques, eux vont y mettre ce rythme que la comédie a besoin, sans jamais décrocher de l'émotion. Ça passe beaucoup par les acteurs. Une comédie dramatique comme celle-là où l'émotion est très forte, le danger, quand t'as pas des virtuoses, c'est qu'ils arrêtent parce que l'émotion les surpasse.»
Il admet que Mathieu Quesnel, qui partage la vedette avec Stéphane Rousseau, avait une grande part de responsabilité pour donner le ton juste au film. «La clé de ce succès repose sur les épaules de Mathieu, l'enjeu dramatique et émotif du film doit passer par ce personnage-là. Parce que le personnage de Stéphane n'est pas à la base sympathique et il n'a pas une quête sympathique. Donc, tu t'identifies davantage au personnage du soldat, à sa souffrance et tu voudrais qu'il arrête de souffrir.»
Un mandat que Mathieu Quesnel a mis beaucoup d'effort à réaliser. «J'ai toujours voulu que ce personnage reste touchant malgré ses gaffes, ses grossièretés... Même s'il est très brut, je voulais qu'il lui reste toujours une petite sensibilité pour qu'on s'attache à lui.» S'il peut difficilement prévoir comment le public réagira face à son personnage, il admet que c'était un défi tout désigné pour lui.
«Je suis en amour avec ce personnage-là, c'est un terrain de jeu incroyable parce qu'il me permet d'être drôle et d'être dramatique. Moi personnellement, c'est ce que j'aime le plus faire. Je sais que ce personnage a la force de trimbaler les spectateurs dans toutes sortes de zones, j'en étais conscient et je ne voulais pas manquer mon coup. Il y a une connexion avec le personnage qui est rare parce que c'est tellement pas moi ce personnage-là, mais je peux lui apporter beaucoup. C'est un fit parfait.»