Mathieu Quesnel et Stéphane Rousseau forment un duo contrastant dans Le vrai du faux.

Le vrai du faux: funambulisme cinématographique

Cet été le film québécois qui se pointera sur nos écrans joue au funambule. Entre le drame et la comédie, Le vrai du faux ne nous laisse jamais s'installer dans un état d'esprit bien défini. On ne rit pas à en pleurer, on ne pleure pas à torrent. On valse entre la légèreté et l'émotion. Un équilibre fragile qui peut facilement basculer d'un côté ou de l'autre.
Le synopsis appuie le côté dramatique. Après de gros succès populaires, le réalisateur Marco Valois décide de prendre une pause à la suite d'un événement qui va le déstabiliser. C'est alors que l'inspiration le heurte de plein fouet, sans qu'il n'ait la force d'y résister. Il rencontre donc Éric, un soldat de retour d'Afghanistan, qui souffre du syndrome de stress post-traumatique. Il décide de s'immiscer dans la vie du jeune homme pour découvrir son histoire et en faire un film sérieux.
C'est tout un défi qu'Émile Gaudreault a décidé de mettre sur sa table à dessin avec cette comédie dramatique. Il est important ici de faire une distinction entre comédie et humour. Il y a des moments plus légers mais la grande majorité du film est plus grave, plus dense. On ne s'y tape pas sur les cuisses.
On est loin de la démesure du Sens de l'humour (2011) et loin des rires spontanés provoqués par De père en flic (2009). Mais la candeur des répliques, le ton absurde de certaines scènes et la cadence comique habilement maîtrisée par les comédiens, renforcent le côté comique.
La recette n'a certainement pas été facile à réaliser. Trop de comédie aurait ridiculisée le propos sérieux du film (on parle quand même du syndrome de stress post-traumatique) et trop de sérieux aurait fait basculer le tout dans le tragique.
Pas difficile de croire que le réalisateur Émile Gaudreault est resté longtemps en salle de montage pour tenter de trouver le dosage parfait, aussi fin qu'essentiel. Même si on le sent pencher un peu plus vers le côté dramatique, il livre un produit honnête et c'est pour cette raison qu'on embarque. Il y a de la pureté, du vrai dans son long métrage. Grosse différence avec son dernier succès estival.
Mathieu Quesnel est impressionnant. Loin de la caricature facile, son personnage d'Éric incarne sans artifice un soldat en pleine détresse, avec un côté humain, maladroit et candide, drôle même. Il fallait que le tout soit fait avec beaucoup de nuances, parce que sa détresse est d'une telle profondeur qu'elle aurait pu entraîner le film vers un drame plus troublant que souhaité.
Même s'il avait interprété le rôle du soldat dans la pièce de théâtre Au champ de Mars qui a inspiré le film, il est clair que sans la finesse dont il fait preuve le résultat aurait eu beaucoup moins d'intérêt, voire pas du tout. Cette véracité émotive est ce qui distingue Le vrai du faux du Sens de l'humour ou tout était plus grand que nature, bien que totalement assumé.
Stéphane Rousseau aussi s'en tire pas mal mais on détecte un peu plus le cliché. Son personnage est dans un tel délire fantasmique qu'il transpire la détresse. Par contre, le registre crédible est mince. On le sent aux limites.
L'un des moments savoureux est un cadeau de Guylaine Tremblay, qui joue la mère d'Éric. Elle condense dans un seul souffle l'équivalent de plusieurs séances de thérapie qu'elle livre à la psy (Julie Le Breton) de manière tout aussi efficace qu'inattendue. Drôle dans la manière, intense dans le propos. Un véritable numéro de funambule.
La gravité du sujet, la tourmente des personnages est habilement appuyée par les images. Tourné en grande partie à Black Lake, un secteur de Thetford Mines, les paysages de mine, qui rappellent les points de vue désertiques de l'Afghanistan, ne font pas que servir une futile volonté de faire dans le grandiose, ils insinuent une symbolique de dévastation et font corps avec le récit.
Bref, si vous cherchez à vous détendre lors d'une journée pluvieuse, à rire un bon coup et à manger du pop corn à l'air conditionné, il ne faut pas croire qu'il est impossible que vous en ressortiez bouleversé.