Le Théâtre des gens de la place présentera sa version du classique Roméo et Juliette pour sept représentations à compter de ce jeudi à la salle Anaïs-Allard-Rousseau.

Le TGP s'approprie Roméo et Juliette

Deux ans après avoir sorti de sa capsule espace-temps le procès des sorcières de Salem d'après le texte d'Arthur Miller, le metteur en scène Stéphane Bélanger extirpera de la Vérone du XVIe siècle nul autre que le célébrissime couple Roméo et Juliette, de la plume du non moins emblématique Shakespeare, aussi pour le compte du Théâtre des gens de la place.
Malgré les différences évidentes entre les deux pièces, le metteur en scène annonce pour Roméo et Juliette une continuité dans l'approche épurée qu'il avait privilégiée pour Les sorcières de Salem en février 2012. Il faut donc oublier les clichés d'un Roméo solennellement agenouillé sous le balcon d'une Juliette au revers de la main posé sur le front, ou les scènes de duels où les épées virevoltent et s'entrechoquent dans un ballet chorégraphié.
C'est davantage du film de Baz Luhrmann que Stéphane Bélanger s'est inspiré pour livrer sa vision du grand classique mille fois joué en théâtre conventionnel, en opéra, en ballet, en comédie musicale ou au cinéma. «J'ai été marqué par le film avec Leonardo Di Caprio. Baz Luhrmann avait réussi à garder le texte intégral en le plaçant dans un contexte de 1996», partage le metteur en scène en parlant de la production de facture très moderne, campée à Verona Beach.
«Roméo et Juliette est un des textes de Shakespeare qui s'adapte le plus à n'importe quelle époque. Et moi, je l'avoue, je suis un romantique fini, alors j'y crois», ajoute-t-il pour motiver le choix de cette tragédie publiée en 1597.
Les défis d'une tragédie
«On a coupé une heure dans le texte. C'est très rythmé, il n'y a pas de place pour reprendre son souffle. J'ai voulu que ce soit très moderne», commence Stéphane Bélanger pour décrire la concrétisation de sa vision. «Mais il ne faut pas oublier que c'est une tragédie. Il y a deux meurtres et deux suicides. Le grand questionnement était de décider ce qu'on allait montrer et ce qu'on ne montrerait pas», ajoute-t-il en faisant référence à l'histoire comme telle.
Rappelons que sur le fond d'une rivalité entre deux clans, les Montaigu et les Capulet, les jeunes Roméo et Juliette - évidemment de maisons ennemies, bravent les interdits dans l'espoir de vivre leur amour défendu. Et tout ne sera pas «bien qui finit bien»...
«Il y a d'un côté la violence et une superficialité latente, et de l'autre côté, la pureté de l'amour. Je voulais que ce soit l'amour qui prenne le dessus et non pas la violence», indique Stéphane Bélanger, rassuré par les commentaires de gens qui ont assisté à des répétitions et qui furent séduits par le romantisme de son traitement.
Comme il l'avait fait pour Les sorcières de Salem, le créateur a fait appel à un groupe de danseuses de Corpus Rhésus pour enrichir sa mise en scène. Sept danseuses animeront trois tableaux, et des toiles d'Isabelle Clermont s'ajouteront au volet multidisciplinaire de ce Roméo et Juliette trilfluvien.
Pour ce qui est du décor, comme on s'en doute, il ne faut pas compter sur la présence de structures, d'ameublement ou de cours de riches palais de la Renaissance. «Pour ce qui est de l'espace, ce sera un no man's land. Les comédiens seront sur des plate-formes, et parfois certains éléments vont suggérer certaines choses», explique le metteur en scène qui favorise l'évocation dans l'épuration.
Joliane Dufresne et Nicolas Demers-Jutras incarneront le couple mythique. «Joliane Dufresne offre une performance comme j'en ai rarement vues depuis mes débuts. Ça me permet de travailler à un niveau où je ne suis pas allé depuis longtemps», vante Stéphane Bélanger, qui a aussi recruté des vétérans comme Patrick Lacombe, Carolle Lafrance et Martin Bergeron. Plusieurs nouveaux visages compléteront la distribution d'une vingtaine de comédiens au total.
«J'ai voulu mettre l'emphase sur le jeu. Avec les années, j'ai appris à me placer "avec'' et non "contre''. Avant, je me disais: "On va brusquer le public et les comédiens, on va prendre des chemins différents, les gens vont être bousculés''. Là, c'est plus un rendez-vous avec l'émotion. L'émotion dans tous les sens, autant dans la beauté que dans la violence», conclut-t-il.
La pièce sera présentée à la salle Anaïs-Allard-Rousseau de la Maison de la culture du 13 au 16 et du 20 au 22 février inclusivement.