Martin Provencher

«Le sort de Cédrika n'est plus entre nos mains»

Rien n'a vraiment changé au parc Chapais, à Trois-Rivières. Trois ans après la disparition de Cédrika Provencher, les modules de jeux sont toujours au même endroit, les balançoires attendent toujours que les enfants du quartier arrivent à bicyclette pour venir s'y balancer. Mais le souvenir de la fillette plane encore aux alentours. Personne ne peut passer à cet endroit sans penser que, quelques mètres plus loin, le 31 juillet 2007, Cédrika était aperçue pour la dernière fois, cherchant un petit chien noir et blanc.
C'est à une des tables à pique-nique du parc que son père, Martin Provencher, a accepté de rencontrer Le Nouvelliste. Revenir dans ce parc n'est pas plus douloureux pour lui que n'importe quel autre moment qu'il a dû traverser depuis trois ans. La douleur ultime, il l'a vécue à l'intérieur de lui-même, le soir où sa petite est disparue.
«C'est un drôle de sentiment, car autant le temps nous semble infini, autant j'ai l'impression qu'hier, elle était encore avec nous», laisse tomber le père. En regardant autour de lui, il se désole toujours de voir la cicatrice que l'événement a laissée dans ce quartier paisible de Trois-Rivières. «On ne voit plus autant d'enfants au parc ou dans les rues qu'avant. C'est comme si ça avait tué le quartier. Dans les années qui ont suivi, il y a près d'une vingtaine de familles qui ont déménagé», fait-il remarquer.
Au lendemain de la disparition de sa fille, Martin Provencher s'était lancé dans une lutte pour tenter de retrouver Cédrika et de chercher le moindre indice qui aurait échappé aux nombreuses recherches menées partout au Québec.
Aujourd'hui, il a repris le travail dans le milieu des assurances et a recommencé une vie un peu plus «normale», comme il se plaît à dire. «Il fallait reprendre le beat, retrouver un milieu de travail, un rythme de vie un peu plus normal, une vie sociale. Les premières fois que je me suis surpris à sourire après l'enlèvement, je me sentais presque coupable d'avoir du plaisir. Aujourd'hui, je comprends mieux que j'ai le droit de recommencer à sourire, parce que ça ne nous avancera à rien de rester dans notre coin à pleurer», lance Martin Provencher.
Mais de reprendre une vie normale ne veut pas dire pour autant que le père a abandonné l'idée de retrouver sa fille vivante un jour. «Ça ne s'explique pas, mais c'est un sentiment qui ne trompe pas. Je crois qu'elle est vivante, et plusieurs personnes y croient aussi. C'est comme quelqu'un qui apprend qu'il a le cancer. La meilleure façon de s'en sortir, c'est de croire qu'on a une chance et de rester positif. Évidemment, on demeure logique aux alternatives, mais j'aime mieux croire qu'on a une chance», évoque-t-il, en rappelant des histoires récentes ayant connu ce dénouement, comme celle de Jaycee Dugard en Californie. La jeune fille, enlevée à l'âge de 11 ans, a été retrouvée vivante en octobre dernier, 18 ans plus tard. Elle avait été gardée captive dans la cour arrière de son ravisseur.
Alors, pourquoi ne pas poursuivre les recherches avec la même énergie qu'au premier jour, s'il y a encore un espoir de la retrouver vivante? «Le sort de Cédrika n'est plus entre nos mains. On a essayé des choses, on a tenté des expériences, comme avec Guy Bertrand. Si des gens avaient eu à parler contre de l'argent, ça ferait longtemps que ça serait fait. Maintenant, je crois que c'est le hasard de la vie qui va nous amener l'information dont nous avons besoin, la réponse qui va nous dire ce qui s'est produit et où elle se trouve. Les gens sont toujours alertes et je ne pense pas qu'elle tombe dans l'oubli demain matin», se console le père.
Et si elle devait revenir demain matin? «Sa chambre l'attend toujours, rien n'a bougé», laisse tomber Martin Provencher.