Sous la férule d'Éric Bédard, l'Italie a raflé trois médailles en courte piste à Sotchi... le même nombre que le Canada!

Le scénario rêvé

L'écho des feux d'artifice s'est tu, la flamme s'est éteinte, c'est le temps de plier bagage et de quitter Sotchi. Tout de même, j'aurais difficilement pu demander mieux comme scénario et je considère avoir beaucoup appris en tant qu'entraîneur lors de ces deux folles semaines.
Il s'agissait pour moi de mes deuxièmes Jeux olympiques, mais de mes premiers avec des athlètes capables d'aspirer au podium. L'Italie espérait répéter la médaille de bronze de 2010, mais dès la deuxième journée, on a bien vu que ça se déroulerait peut-être mieux que nous l'espérions, et ce, même si personne ne nous donnait une chance.
À Vancouver, avec les Allemands, une place sur le podium n'était pas réaliste. Mais cette année, nous avons livré la marchandise avec trois médailles, dont deux pour Arianna Fontana. C'est ainsi que j'ai appris plusieurs trucs que tu ne peux connaître que lorsque tu fais face à une telle situation, lorsque tu fais partie de l'élite mondiale.
Je me sens donc beaucoup mieux outillé pour faire face aux prochains Jeux. Les Olympiques, c'est une si grosse scène qu'il faut s'assurer de calmer nos athlètes et leur faire comprendre qu'ils doivent aborder le tout comme s'il s'agissait d'une coupe du monde, même s'il y a beaucoup plus d'appareils photo. Si on ne réussit pas, ils peuvent devenir nerveux et adopter de mauvaises stratégies qui, au final, risquent de coûter une médaille.
Je ne dis pas que je serai moins stressé lors des prochains Jeux, mais au moins, je vais connaître la recette du succès et elle servira à tous les quatre ans, surtout qu'Arianna n'a que 23 ans.
D'ailleurs, en parlant d'elle, ma prédiction s'est avérée juste. C'est elle qui a été choisie afin de transporter le drapeau italien lors de la cérémonie de fermeture. Contrairement au Canada, il n'y a pas de conférence de presse pour annoncer à qui reviendra cette chance. Le tout est simplement annoncé sur le site Internet de la délégation.
C'est un bel honneur, mais ça signifie aussi que nous avons bien fait les choses, ce qui pourrait se faire ressentir lorsqu'il sera temps d'adopter les prochains budgets. Une augmentation de ceux-ci serait bien, mais honnêtement, j'espère tout simplement qu'ils ne seront pas réduits de 20 % comme ce fut le cas lors des deux dernières années.
La cérémonie de fermeture s'est bien déroulée, même s'il y a toujours un petit sentiment de nostalgie qui nous envahit, surtout lorsque la flamme s'éteint. Après tout, il s'agit de la fin du party. La Russie avait toutefois mis le paquet sur le spectacle pyrotechnique, qui était tout simplement incroyable.
À l'heure où vous lirez ces lignes, je serai dans un avion en direction de l'Italie où je passerai la prochaine semaine avant de revenir à Montréal pour les Championnats du monde de la discipline.
Je me promets aussi de faire une escale dans les prochains mois au quartier général de Ferrari à Maranello. Depuis trois ans, le constructeur automobile et ses ingénieurs offrent leur aide à diverses disciplines olympiques, dont le patinage de vitesse, afin d'améliorer les équipements. Il n'y a pas de doute que ce partenariat nous a aidés à améliorer nos résultats lors des Jeux. J'espère que cette collaboration se poursuivra, mais tout est une question de budget.
Les gens de Ferrari ont un plaisir fou à nous aider et une belle relation s'est tissée au fil des mois. D'ailleurs, nous avons reçu une invitation afin d'aller sabrer le champagne à proximité de la célèbre piste de course. Souhaitez-moi de pouvoir faire quelques tours à bord d'un des célèbres bolides rouges.
Propos recueillis par Nicolas Ducharme