Frédéric Dion et sa chienne Nanook au lac Mistassini.

«Le risque était grand»

J'ai l'impression de renaître. Imaginez, dormir dans un lit. Ça fait du bien après n'avoir dormi que neuf heures en quatre jours. Ç'a été vraiment l'épreuve d'endurance psychologique la plus extrême que j'ai vécue de ma vie.
C'est la combinaison d'éléments qui fait que c'était très difficile. Si tu combines le froid, la famine et la solitude, ça crée un cocktail de difficultés. Je crois que c'est l'aventure que j'ai faite où le filet de sécurité était le plus mince.
Le risque était grand. J'ai vécu les premiers symptômes de l'hypothermie plusieurs fois par nuit. À chaque fois, je devais me réveiller pour me réchauffer, ce qui n'était pas du tout le cas de ma chienne Nanook.
La grande différence entre la survie en été et celle en hiver, c'est véritablement le froid. Les risques d'avoir un pied gelé et d'être amputé sont là en hiver. Et les déplacements sont extrêmement difficiles. C'est aussi beaucoup plus difficile de s'hydrater et de manger dans la forêt en hiver. Je crois que le seul avantage, c'est qu'il n'y a pas de mouches et de moustiques.
Malgré le danger, c'était un choix conscient de me mettre dans cet état de survie. Les membres de mon équipe se sont consultés quelques fois au sujet de mes souffrances. Ils étaient mal à l'aise, mais pas ma conjointe. Elle savait que c'était mon choix.
Je suis allé bien plus loin que des techniques de survie. La force psychologique que j'ai acquise dans ce défi va me servir pour toutes les facettes de ma vie. À chaque fois que j'ai tenté d'atteindre les limites physiques ou psychologiques, je me suis rendu compte que les limites de l'être humain sont tellement plus loin.
Propos recueillis par Gabriel Delisle