Les mauvaises conditions climatiques aux États-Unis ont eu un impact sur la distribution du gaz propane.

Le gaz propane se fait rare partout

Les Québécois ne seront pas les seuls à garder un mauvais souvenir de la météo du mois de décembre. Les Américains en ont vu eux aussi de toutes les couleurs avec les tempêtes et le froid exceptionnel.
Tout cela a eu un impact inattendu. Le gaz propane se fait rare au point où les clients de partout en Amérique du Nord vivent un problème d'approvisionnement depuis quelques semaines.
Michel Deslauriers, président de l'Association québécoise du propane, jure qu'il y a pourtant assez de propane sur le continent pour satisfaire tout le monde.
Le problème, dit-il, c'est que «la livraison ne va pas bien, et ce, du milieu des États-Unis jusque dans l'est et ça nous touche jusqu'ici», dit-il.
La situation s'est détériorée un peu avant Noël et les usagers du propane n'ont pas le choix de se rationner.
Janie Cloutier, propriétaire avec sa soeur Isabelle de Gaz P & B, à La Tuque, fournit des institutions, des commerces et beaucoup de pourvoiries. L'entreprise a reçu un avis de la part de son fournisseur à l'effet de ne plus prendre de nouveaux clients, le temps que se règle la situation.
Gaz P & B a le gaz qu'il faut pour desservir ses clients, mais le prix du propane a monté de 28 % à cause de sa rareté au pays. «Tout le monde m'appelle pour dire que j'ai fait erreur sur la facture, mais ce n'est pas le cas. Il a fallu écrire aux clients pour expliquer la situation», dit-elle.
Certains des plus gros clients de Mme Cloutier ont un contrat à prix fixe avec elle pour plusieurs années. C'est alors son entreprise qui doit payer pour le propane livré. «Il y en a un qui me coûte 0,18 $ le litre», illustre-t-elle.
«On demande aux gens qui ont des foyers décoratifs de ne pas les allumer. On est obligé de rationner tout le monde», déplore-t-elle. Même si son entreprise dispose de ce qu'il faut pour fournir sa clientèle habituelle, «les gens sont tellement inquiets que lorsque leurs réserves sont à 60 %, ils nous appellent», dit-elle.
«Moi, je souhaite que le gouvernement réagisse», demande Mme Cloutier.
Chez Hamel Propane, à Victoriaville, on demande la collaboration des clients. Il n'a pas été possible de parler au propriétaire, Alexandre Hamel, mais sur le site Web de l'entreprise, on peut lire ceci: «Nous aimerions également faire appel à la collaboration de nos clients qui n'utilisent pas le propane comme service essentiel. En réduisant leur consommation autant que possible, comme par exemple limiter l'utilisation d'un foyer décoratif, ils peuvent nous aider à mieux gérer les stocks jusqu'à ce que la situation revienne à la normale.»
Or, l'Association québécoise du propane n'a aucun moyen de savoir quand, justement, la situation reviendra à la normale. «Les trains sont pleins de propane, mais il n'y a pas de livraison», constate Michel Deslauriers.
C'est au climat et au système de transport ferroviaire qu'il attribue principalement la faute. «On a eu un hiver, cette année. Un vrai. Et ils en ont eu un vrai dans l'Ouest canadien et ils en ont eu un extraordinaire aux États-Unis», rappelle-t-il, des conditions qui ont paralysé partiellement le système de distribution.
M. Deslauriers a rencontré les gens du ministère des Ressources naturelles, jeudi, pour discuter de la situation.
À la succursale trifluvienne du distributeur Rainville gaz propane, Guy Duhaime indique qu'il n'y a pas de problème pour l'instant «parce qu'on a de bons contrats d'approvisionnement», dit-il, tout en reconnaissant qu'avec ce qui se passe en Amérique du Nord, présentement, aucun distributeur n'est à l'abri.
«Je sais qu'il y a certaines compagnies qui ont cessé de livrer du propane au niveau résidentiel là où le chauffage principal n'est pas au propane», dit-il. «Il y a d'autres compagnies qui remplissent les réservoirs à moitié.»
Du côté de Rainville, précise-t-il, on arrive à fournir aux clients sans imposer de restrictions. «On a deux terminaux où l'on reçoit le gaz et l'on en vend à d'autres. Donc avant qu'on en manque, il y en a beaucoup d'autres qui vont en manquer», fait-il valoir.
Guy Duhaime aussi croit que le climat et les conditions routières ont fortement contribué à causer des retards dans les livraisons.
«On annonce un redoux, en fin de semaine et du temps beaucoup moins froid la semaine prochaine. Ce sont des conditions qui vont nous aider à reprendre le dessus», espère-t-il.
Dans une lettre envoyée par l'Association québécoise du propane à ses membres, on indique que d'autres facteurs viennent aggraver la situation, notamment une diminution de production au raffinage, un retard des bateaux qui livrent le brut aux raffineries, une exportation des Américains quatre fois supérieure à l'an passé, des problèmes de pipeline, voire un manque de wagons sur rails.
«On dirait que les étoiles se sont alignées», résume Michel Deslauriers.