Les documentaristes voyageurs Olivier Higgins et Mélanie Carier présenteront leur dernier-né, Québékoisie, dès la semaine prochaine au Tapis rouge.

Le documentaire Québékoisie présenté vendredi

Passionné d'aventures hors de l'ordinaire, un jeune couple s'est procuré une caméra pour documenter les périples, jusqu'à en faire des documentaires en bonne et due forme.
Le premier a été tourné lors d'un voyage à vélo entre la Mongolie et l'Inde qui a donné naissance à Asiemut en 2007. Mélanie Carrier et Olivier Higgins récidivent aujourd'hui avec Québékoisie, un documentaire tourné dans le cadre d'un voyage à vélo sur la Côte Nord du Québec où les deux cinéastes sont allés à la rencontre des autochtones de la région.
Le film, en nomination pour le titre de meilleur long métrage documentaire dans le cadre des Prix Jutra 2014 sera présenté au cinéma Le Tapis Rouge, dès le 31 janvier.
«La base de notre travail, explique Mélanie Carrier depuis le domicile du couple à Québec, c'est essentiellement d'aller vers l'autre. Après avoir réalisé notre film en Asie, on s'est aperçu qu'on est allé rencontrer des gens au bout du monde alors qu'on ne connaît même pas les autochtones qui habitent chez nous, au Québec. Vous savez, j'étais une tronche à l'école, j'ai énormément voyagé et j'ai des amis partout sur la planète et pourtant, comme la grande majorité des Québécois, je ne connaissais rien des Premières Nations.»
Québékoisie a impliqué six ans de travail incluant la préparation, le tournage et la post-production. Là-dessus, trois ans de recherches ont été nécessaires pour élaborer un scénario.
«C'est un film qui parle d'identité, à la base, explique la cinéaste. Ça tombe pile avec l'actualité. Déjà, on pose une question: qu'est-ce que ça veut dire être autochtone? Automatiquement, ça pose aussi la question à savoir ce que ça veut dire d'être Québécois.»
«Il y a une méconnaissance profonde des autochtones, notamment parce qu'on n'a pas voulu reconnaître leur place dans notre histoire. Les sociologues Serge Bouchard et Pierrot Ross Tremblay, un Innu, démolissent les mythes fondateurs de la société québécoise en nous rappelant à quel point les Canadiens français ont des souches très métissées, bien plus qu'on le pense généralement. Ces liens étroits nous ont été cachés pour différentes raisons qu'on explique dans le film.»
La jeune aventurière de 34 ans avoue que le documentaire peut déstabiliser quelque peu. Son propre point de vue a changé en cours d'élaboration du film. «Je n'ai jamais autant réfléchi sur l'identité. On ne savait pas, au départ, à quel point c'est un concept qui est malléable, flou et qui change constamment. L'identité peut se définir partellement de facteurs différents qui se transforment avec le temps.»
«On ne voulait surtout pas faire la leçon aux gens en leur reprochant de ne pas connaître les autochtones. On a plutôt choisi de dire que nous, on ne savait rien des Premières Nations; et vous? On questionne l'état de nos relations avec eux mais en tentant de toucher aux racines de cette méconnaissance.»
Plusieurs thèmes avaient été choisis par les scénaristes avant le départ mais le film s'est construit autant avec des rencontres programmées que dues au hasard. C'est par hasard qu'ils sont tombés sur Marco Baron qui est devenu un des personnages centraux du film.
«Je pense, poursuit la jeune femme, que nous sommes collectivement arrivés à un point où Québécois et autochtones sont au même endroit: la question qui se pose, c'est comment on va construire le monde du futur non pas chacun de notre côté mais ensemble, avec nos différences. Une des clés, je crois, c'est, pour les non autochtones, de développer la fierté de côtoyer les gens des Premières Nations et reconnaître la richesse de leur culture.
On a des programmes internationaux dans les écoles secondaires dans lesquels les jeunes apprennent à parler des langues étrangères alors qu'ils ne sont pas en mesure de saluer dans sa langue un autochtone qui demeure juste à côté de nous. Nous cohabitons sur le territoire alors, il faut se connaître.»
Comme pour la très grande majorité des films documentaires, le défi qui attend Québékoisie, c'est celui d'une diffusion à suffisamment grande échelle pour rejoindre beaucoup de spectateurs. À ce titre, un pas est franchi avec sa nomination aux Jutra et sa présentation à Trois-Rivières comme il est également projeté au Cinéma Cartier, à Québec et le sera au cinéma Beaubien, à Montréal.
Les deux documentaristes seront sur place, au Tapis Rouge, pour rencontrer le public lors de la première projection trifluvienne publique le vendredi soir 31 janvier.