Paul Lavergne, président du conseil central du Coeur du Québec de la CSN.

Le conseil central de la CSN ne prend pas position dans la campagne électorale

Contrairement à ses habitudes, la section régionale de la Confédération des syndicaux nationaux ne prend pas position pour un ou des partis politiques durant l'actuelle campagne électorale.
Le conseil central du Coeur du Québec se limite à dire à ses membres de choisir un candidat qui représente le mieux les valeurs syndicales, une orientation organisationnelle fortement influencée par l'arrivée de Pierre Karl Péladeau au sein du Parti québécois.
En 2012, la CSN avait recommandé à ses membres de ne pas voter pour le Parti libéral du Québec, ni pour la Coalition avenir Québec. La CSN soutenait que différents engagements de ces deux formations politiques contrevenaient aux valeurs de la centrale syndicale. Cette dernière se sentait plus à l'aise avec le Parti québécois et Québec solidaire.
Moins de deux ans plus tard, la donne a changé. La CSN ne propose absolument rien. Paul Lavergne, président du conseil central, reconnaît d'emblée que la situation découle de la présence du grand patron de Québecor dans la course électorale.
«Ce qu'il faut comprendre, c'est que plusieurs des journaux ayant été en lock-out sont syndiqués à la CSN, dont Le Journal de Montréal, et les gens s'en rappellent. On a travaillé très fort sur la révision du code du travail, mais Pierre Karl Péladeau dit que le code est trop permissif pour les syndicats. C'est sûr qu'on ne pense pas pareil. Moi, je ne peux pas recommander aux gens de voter PQ. Et nos membres nous disent qu'ils aimeraient être renseignés, mais pas qu'on leur dise quoi faire», affirme M. Lavergne, qui s'oppose vivement à la volonté de François Legault de proposer une refonte du secteur syndical.
M. Lavergne reconnaît que la CSN a souvent appuyé le Parti québécois par le passé. Mais selon lui, les choses ont changé. «Le PQ était un parti de gauche. Mme Marois a exprimé qu'elle n'est ni à gauche, ni à droite, mais qu'elle est en avant. Le Fonds monétaire international a dit deux ou trois fois que les plans d'austérité ne sont pas une panacée, que ça n'aide pas à sortir d'une crise. Quand le FMI dit ça et que Mme Marois coupe et fait de l'austérité, il y a un os dans le baloney! Le retour à l'équilibre budgétaire, on pourrait le reporter de quelques années, le temps de relancer l'économie.»
De nombreux intervenants prônent une gestion serrée des dépenses de l'État. Selon Paul Lavergne, un réaménagement de la colonne des revenus s'insère tout aussi logiquement dans une politique économique. «Ça prend un impôt progressif pour les gens qui n'en paient pas assez, c'est-à-dire les très, très riches. Depuis 25 ans, l'indice des prix à la consommation monte plus vite que les salaires. Le pouvoir d'achat diminue toujours sur le dos des plus pauvres et de la classe moyenne.»
Le propos de Paul Lavergne s'approche beaucoup du programme de Québec solidaire.
«Si je compare les valeurs syndicales que je défends depuis des années aux programmes des partis, celui qui colle le mieux à ce que je défends est celui de Québec solidaire. On a eu une discussion à savoir si on recommandait de voter pour Québec solidaire. Mais je ne recommande pas de voter Québec solidaire. Les membres veulent plus qu'on les renseigne au lieu qu'on leur dise pour qui voter. J'y vais avec le jugement de chacun.»
La position de la CSN rappelle celle annoncée il y a deux semaines par la Fédération des travailleurs du Québec. Michel Dupont, conseiller régional, avait alors indiqué qu'aucune recommandation ne sera faite par cette centrale syndicale à ses membres. M. Dupont soutenait qu'il est impossible pour la FTQ d'appuyer le Parti québécois depuis que Pierre Karl Péladeau en fait partie.