Les funérailles des trois victimes du triple meurtre ont attiré plusieurs personnes venues partager la douleur de ces familles qu'ils ne connaissent pas nécessairement, mais dont tout le monde s'est senti proche, ces derniers jours à Trois-Rivières.

Le coeur a répondu à l'horreur

Il y avait un petit ange qui ornait chacun des quatre coins des trois cercueils. C'est ce qu'ils renfermaient: des anges. Trois petits anges, dans la fleur de l'âge, qu'on transportait à l'intérieur de la cathédrale de Trois-Rivières.
«On aurait entendu une mouche voler», commentera après la cérémonie l'abbé François Doucet, qui officiait les funérailles des trois jeunes gens assassinés la semaine dernière.
La sobriété et la dignité ont marqué la cérémonie. Tous ceux qui y ont assisté ont éprouvé cette impression. Un sentiment étrange dans les circonstances qui témoigne de grandeur humaine dans un moment qui aurait pleinement justifié les réactions les plus déchirantes.
Une réponse du coeur peut-être au crime le plus insensé et le plus révoltant que la communauté trifluvienne n'ait jamais vécu, de mémoire d'homme. La réponse qu'il fallait sans doute apporter pour qu'il reste un sens à la vie de ces trois innocentes victimes. Pour que le dessein meurtrier perde du sien.
On ne sait pas si ces funérailles, décrites de grande beauté, dans une cathédrale remplie de gerbes de fleurs, avec les photos agrandies des deux jeunes soeurs et du jeune homme, une cathédrale pleine à craquer, qui s'émouvait avec une surprenante retenue de la musique, des chants et des hommages sentis qu'on rendait aux victimes, parviendront à apaiser ce grand malaise qui s'est installé dans la ville depuis une semaine.
Il y a eu communion entre les parents, les proches, les amis et tous ceux qui ont voulu apporter leur soutien. Si tous ceux qui ont éprouvé de l'affection pour les familles éprouvées s'étaient présentés hier après-midi, il aurait fallu des dizaines de cathédrales pour les y accueillir. La solidarité qui s'est manifestée sur place s'étendait à toute la ville et bien au-delà. «Il s'est passé quelque chose dans notre coeur», racontera encore l'abbé Doucet.
Les parents et les proches auront un deuil que l'on sait long et éprouvant à traverser. Dans ce cas-ci, c'est un deuil qui s'est élargi à toute la société. L'oubli n'arrivera pas.
Certes, l'incrédulité devant ce qui s'est produit persiste et la rage que ces crimes ont fait naître ne pouvait être contenue par tous. On pouvait le constater à écouter certains propos de personnes qui avaient préféré demeurer à l'extérieur de l'église.
Un jeune homme hurlait qu'il réglerait le cas des deux meurtriers à coups de hache, si la possibilité lui en était donnée. Une dame d'un certain âge réclamait qu'on rétablisse la pendaison. D'autres souhaitaient que des peines cumulatives d'emprisonnement à perpétuité viendront sanctionner les crimes des deux coupables.
Ils ne baignaient pas dans l'esprit d'amour qui régnait à l'intérieur. La plupart étaient avant tout sans mots, perdus dans leurs réflexions, étranglés par leurs émotions.
Mais on peut aussi comprendre que la révolte intérieure ait aussi besoin d'être extériorisée pour se libérer.
Il faut réaliser la charge émotive qu'a générée ce triple meurtre de jeunes gens par d'aussi jeunes gens. Il suffisait d'écouter les échanges de journalistes qui ont été impliqués dans le dossier depuis le tout début pour s'en rendre compte. Plusieurs avouaient avoir à un moment ou l'autre craqué et fondu en larmes. On le sait, à la demande des familles, les médias avaient été invités à ne pas assister à la cérémonie des funérailles, afin de se préserver un minimum d'intimité. Une requête qui a été respectée sans discussions.
Mais sur le trottoir de la rue Bonaventure où ils s'étaient regroupés pour l'arrivée de l'impressionnant et émouvant cortège, ils ne parvenaient pas à chasser ces événements de leur tête et de leurs échanges, malgré toutes leurs tentatives de se changer les idées en discutant un peu d'autres choses. C'était impossible.
Cet état d'âme troublée et torturée de gens qui sont pourtant habitués d'être au coeur de l'action et qui en ont vu beaucoup rendait plus immense encore la dignité dont faisaient montre les parents et les proches des victimes. Il y a eu bien sûr à l'issue de la cérémonie, quand les cercueils, précédés de trois grandes gerbes de fleurs, au son des dernières cloches, sont apparus sur le parvis de l'église avant de disparaître dans les corbillards, des émotions qu'il fallait évacuer. L'heure était à la consolation mutuelle. Au réconfort. À cette force d'amour qui a fait défaut une fois de trop la semaine dernière.
Dans ce contexte particulier, c'était une scène irréelle. Comme cette fillette, montée dans une voiture de tête du cortège, dont le regard vide se perdait en direction de la foule. Ces funérailles communes, c'était dur, dur, dur. C'est tout ce que l'on peut dire.