La cinéaste Carolane Saint-Pierre vient de réaliser une série de films de nature pédagogique portant sur l'approche préconisée à la Maison Carpe Diem pour intervenir auprès des personnes souffrant de la maladie d'Alzheimer.

Le cinéma, outil d'accompagnement

On a l'habitude de voir la cinéaste Carolane Saint-Pierre collaborer à des projets artistiques ou, carrément, diriger les siens propres. Elle présentera mardi prochain, en première à Ciné-Campus, cinq documents de nature nettement plus pédagogiques qu'elle a réalisés en collaboration avec Nicole Poirier, de la Maison Carpe Diem, et qui traitent de l'approche qu'on y a développée pour accompagner les gens atteints de la maladie d'Alzheimer. La série s'intitule Carpe Diem, un regard, une approche, un combat.
Cette série de quatre films d'une vingtaine de minutes et un autre, d'une dizaine de minutes, témoignent de la méthode d'intervention qui est mise de l'avant chez Carpe Diem, une approche qui priorise la relation humaine avec la personne malade dans un contexte de respect, d'autonomie et de dignité.
Ces documents serviront à faire connaître cette approche, mise au point à Trois-Rivières et qui commence à essaimer, en France, notamment.
La réalisatrice admet que c'est, pour elle, une démarche qui est un peu différente de sa production habituelle mais qui rejoint néanmoins parfaitement ses convictions et sa passion.
«C'était un défi mais il est évident chez moi que la vie, c'est l'art et l'art, la vie. Il était ici question de l'humain et du social comme dans pratiquement tout ce que je fais, alors, ça s'inscrivait très bien dans ma démarche artistique même si la forme était quelque peu inhabituelle. Normalement, je travaille plutôt seule en fonction d'un scénario déjà écrit. Ici, le contexte était différent mais n'en était pas moins passionnant.»
Un des défis à surmonter, était d'obtenir un regard vrai et naturel sur la vie quotidienne des gens qui fréquentent la Maison Carpe Diem, à Trois-Rivières et cela implique parfois des moments plus intimes.
«On s'est assuré de toujours avoir une caméra sur l'épaule quand on y allait pour que les gens s'y habituent et finissent par ne plus en faire de cas. Par ailleurs, on a priorisé la relation avec les personnes plutôt que notre document visuel. Si on filmait un événement et qu'une des personnes impliquéesavait envie de parler de cet événement, c'est ce qu'on faisait avec elle d'abord, avant de poursuivre le tournage.»
«C'est important de faire connaître au plus large public possible cette façon d'accompagner les gens atteints de la maladie d'Alzheimer, dit Carolane Saint-Pierre, parce qu'on peut améliorer de façon très considérable leurs conditions de vie. Une des idées de base, c'est de ne pas empêcher les gens atteints de faire des choses par lesquelles ils se valorisent ou qui leur font du bien. C'est important qu'ils puissent encore se sentir utiles et continuer à vivre dignement dans les meilleures conditions possibles.»
«En plus, il y a beaucoup de faussetés qui sont véhiculées sur la maladie et il est important de rectifier certains faits pour qu'on approche d'une façon plus humaine les gens malades. Ça part du regard et des mots qu'on utilise.»
«Ces films peuvent servir d'outils pédagogiques et on aimerait qu'ils deviennent disponibles sur Internet pour que le plus grand nombre possible de personnes y aient accès.»
Nicole Poirier est présentement en France pour faire mieux connaître son approche dont l'impact est déjà considérable dans les milieux spécialisés là-bas et encourager l'implantation de maisons sur le modèle de Carpe Diem dans l'Hexagone et elle utilise déjà ses films.
D'ailleurs, elle et Carolane Saint-Pierre veulent réaliser d'autres films avec, notamment, du matériel déjà filmé.
«On n'a pas tout couvert, loin de là, d'indiquer la cinéaste. Il y a encore énormément à dire sur la maladie et la façon d'accompagner les malades de même que leurs proches pour qui il s'agit d'un parcours très difficile et épuisant. On a conçu les films pour qu'ils suscitent des discussions et des réflexions de la part des auditeurs dans l'espoir que ça aide à changer les conditions de vie des malades et de leurs proches.»
La première diffusion officielle de Carpe Diem, un regard, une approche, un combat aura lieu le mardi 12 février, à 19 h 30, au Séminaire de Trois-Rivières et le tout est parrainé par Ciné-Campus.
La projection sera suivie d'une discussion avec Carolane Saint-Pierre, Blandine Prévost, fondatrice de l'association AMA Diem, en France, et Nicole Poirier, directrice de Carpe Diem - Centre de ressources Alzheimer.