Maude Roux-Pratte habite désormais Sorel-Tracy, mais c'est à Trois-Rivières qu'elle a tenu à effectuer le lancement du livre Le Bien public, publié aux éditions du Septentrion.

Le Bien public à travers les années

Les éditions du Septentrion ont lancé cette semaine Le Bien public, un ouvrage qui nous plonge dans l'histoire trifluvienne via cette institution qui s'est déclinée en journal, en maison d'édition et en imprimerie, entre 1909 et 1978, et qui a fait rayonner les sphères littéraires de la Mauricie.
<p>Le regretté Clément Marchand, l'une des figures marquantes du <em>Bien public</em>, a contribué largement aux recherches de l'auteure pour faire revivre la vie culturelle de l'époque.</p>
L'ouvrage de 328 pages est l'oeuvre de Maude Roux-Pratte qui, riche d'un doctorat en histoire et d'une maîtrise en études québécoises, nous fait visiter le XXe siècle et le bouillonnement culturel qui y a régné. Un contexte qui nous mène indéniablement à croiser le destin de Clément Marchand, qui a dirigé Le Bien public pendant des décennies, jusqu'à sa retraite en 1978. L'homme, décédé au printemps dernier à l'âge de 100 ans, figure d'ailleurs de belle façon en page couverture du bouquin.
Au fil de ses études, Maude Roux-Pratte avait écrit une thèse sur Le Bien public et avait, pour ce faire, réaliser plusieurs entrevues avec M. Marchand. «Il était tout jeune à ce moment-là, il venait d'avoir 89 ans», dit-elle. Aujourd'hui, c'est cette thèse que l'on a remaniée pour atteindre un plus large lectorat. «J'ai coupé une centaine de pages qui représentaient des passages plus académiques et j'ai ajouté une soixantaine de photos et d'illustrations.»
Le lancement du livre Le Bien public s'est déroulé mercredi soir, au Séminaire de Trois-Rivières, le lieu même où l'abbé Albert Tessier avait repéré le talent de son jeune élève Clément Marchand. «Le Séminaire, c'est aussi un centre d'archives formidable où j'ai passé des semaines, pendant des années, à chercher, boîte par boîte, des documents qui allaient me permettre d'écrire cette histoire», précisait-elle le soir du lancement.
Le Trifluvien Denis Vaugeois, qui a été le fondateur des éditions du Septentrion, a signé la préface de ce livre qui relate une période faste de la vie culturelle de Trois-Rivières. C'est d'ailleurs au Bien public que Vaugeois a publié son premier livre, tout comme Gérald Godin d'ailleurs.
Un journal, une maison d'édition, une imprimerie
Le Bien public, c'est l'histoire de cet hebdomadaire, d'abord propriété de l'évêché de Trois-Rivières, qui échappera à la faillite et qui se révélera une fois confié par Mgr Tessier à deux laïcs, soit Clément Marchand, alors poète de la relève, et Raymond Douville, ancien journaliste du Nouvelliste. C'est l'histoire du journal, mais aussi celle de la maison d'édition qui sera créée en 1932, puis celle de l'imprimerie qui verra le jour en 1938. Autant d'institutions qui participeront et qui témoigneront de l'effervescence culturelle des années 30.
Inévitablement, on croisera dans ces pages les belles heures de plusieurs écrivains et intellectuels de ce temps, que l'on pense aux Claude-Henri Grignon, Alfred DesRochers ou Albert Pelletier, pour ne nommer qu'eux. «Quand je pense à mon livre, il me semble voir les personnages s'animer comme dans un film. Je les vois vivants, tous, en train d'écrire des lettres, de critiquer des livres. J'entends le bruit des presses et les conversations emboucanées des soirées littéraires», décrit l'auteure.
L'ouvrage visite par ailleurs abondamment les ramifications politiques et cléricales qui se jouaient alors, et souligne l'importance du réseau de contacts qu'entretenaient les dirigeants du Bien public.
«J'ai voulu montrer comment l'entreprise mauricienne, dirigée pendant près d'un demi-siècle par Clément Marchand, avait survécu grâce à ses nombreux contacts, tant dans les milieux littéraire et journalistique que parmi les politiciens et le monde clérical», observe-t-elle.
«Pour expliquer cette longévité étonnante, j'ai eu accès à la riche correspondance de Clément Marchand et Albert Tessier. J'ai également réalisé de nombreuses entrevues avec monsieur Marchand et quelques individus ayant gravité autour de l'entreprise.»
L'histoire des 69 ans du Bien public témoigne du rayonnement de cette entreprise à la grandeur du Québec, tant du côté de la maison d'édition où l'on a publié au moins 250 titres, que du côté de l'imprimerie, qui a profité d'importants contrats du gouvernement du Québec (particulièrement sous Duplessis) et de la part de certains éditeurs québécois, que l'on pense à Fides, le Boréal express ou les Écrits des Forges.
Outre le lancement privé à Trois-Rivières, l'ouvrage fera aussi partie d'un lancement collectif à Montréal, le 7 novembre.