Coordonnatrice de la Maison l'Entr'Amis, Jocelyne Lupien est la «Mamie Jojo» des jeunes qui fréquentent l'organisme, à commencer par les membres du band de garage qui a été mis sur pied avec la collaboration du Conservatoire de musique de Trois-Rivières.

Le band de garage de Mamie Jojo

C'est jeune, 59 ans, pour se faire appeler «Mamie». Jocelyne Lupien ne s'en offusque pas. Parions que ça lui fait même plaisir. Chaque fois que les jeunes la surnomment ainsi, ils lui disent d'une certaine façon qu'elle est des leurs.
«Et toi Laurie, tu sais c'est quoi mon vrai nom?»
La presque ado de 12 ans hausse les épaules, étonnée par la question de celle qu'elle rebaptise également «Jojo». 
Non. Laurie n'en a aucune espèce d'idée et pour être honnête, n'a jamais vraiment cherché à savoir. Elle est Mamie Jojo, une femme qui rock, un point c'est tout. À preuve, c'est elle qui a eu l'idée de former le band de garage pour les jeunes du quartier.
On entre un peu comme chez soi à la Maison L'Entr'Amis, en poussant la porte, sans s'annoncer. Mamie Jojo est sur place, comme toujours. Elle ne vit pas ici, mais c'est tout comme. La confidente des lieux a pratiquement mis au monde cette deuxième demeure pour les jeunes du quartier et leurs parents. 
On dit «Maison», mais L'Entr'Amis se confond discrètement parmi les logements sociaux en rangées - communément appelés HLM - de la place Georges-H.-Robichon.
Si vous connaissez le moindrement Trois-Rivières, vous savez que c'est un coin de la ville marquée par la pauvreté. Ce que trop peu de gens savent par contre, c'est que depuis vingt ans, une femme issue du coin s'efforce de faire mentir les préjugés qui ont le don d'être tenaces envers les personnes démunies.
De sa voix rauque et chaleureuse, Jocelyne Lupien se dit en mission. Elle enseigne aux jeunes du quartier que la fierté est leur plus grande richesse et elle invite tous ceux et celles qui n'y ont jamais mis les pieds à venir le constater de visu.
Mamie Jojo est née et a grandi ici, à l'époque où le secteur s'appelait «Notre-Dame-de-la-Paix» et que des gens y vivaient sans électricité, ni toilettes, ni eau courante et sur des planchers en terre battue. Ça peut paraître invraisemblable cinquante ans plus tard, mais c'était la réalité des Lupien, une famille composée de... vingt enfants! Ils se marchaient sur les pieds, mais Jocelyne affirme qu'il y avait du bonheur dans la place.
«On avait du fun ensemble. On aimait danser et chanter», se rappelle celle qui a toujours cru au pouvoir de la musique pour oublier les petites et grandes misères.
Jocelyne Lupien pourrait nous entretenir pendant des heures sur la vie d'hier à aujourd'hui d'un quartier inscrit dans son ADN. «Je l'aime parce qu'il y a toujours eu de l'entraide ici.»
Pendant qu'elle me parle, on peut entendre des ados chanter au sous-sol, jouer du djembé, de la batterie ou de la guitare. On peut également saisir leurs éclats de rire, de la musique aux oreilles de Mamie Jojo dont le boulot à temps plein est de faire changer les mentalités envers les citoyens qui habitent les rues avoisinant la Maison l'Entr'Amis. 
Jocelyne Lupien n'a peut-être pas fréquenté l'école aussi longtemps qu'elle l'aurait souhaité, mais c'est à elle qu'on a tout naturellement confié les clés de l'organisme. À force de s'occuper des enfants des autres comme des siens, la Trifluvienne est devenue la personne qui parle en leur nom, dirige les adultes vers les bonnes ressources, rencontre les intervenants sociaux, directions d'école...
Bref, elle est celle qui se bat pour tout le monde en cherchant constamment des solutions et en mettant sur pied des projets susceptibles de mettre du baume au coeur... et du rythme. 
Mamie Jojo ne rate jamais les pratiques du band de garage qu'elle a mis sur pied avec la participation du Conservatoire de musique de Trois-Rivières.
Dirigés par Maxime Le Meur, ils sont une dizaine d'adolescents, des gars et des filles de toutes les origines et aux multiples accents, particulièrement de l'Afrique et de l'Amérique du Sud. Ce groupe est à l'image du quartier qui a évolué avec l'arrivée d'immigrants.
Tout le monde joue en harmonie. Ou du moins, essaie. L'objectif du groupe est justement de favoriser le sentiment d'appartenance. Et si je me fie à l'enthousiasme de Laurie et des autres jeunes croisés ce soir-là, s'initier à la musique peut faire des petits miracles. 
«Ils viennent ici pour se retrouver entre amis et exprimer leurs émotions», se réjouit Jocelyne Lupien en racontant qu'il n'y a pas si longtemps encore, les enfants qui grandissaient dans les HLM n'osaient pas donner leur adresse ou s'en inventaient une en dehors des limites du quartier. 
C'est beaucoup moins le cas aujourd'hui. «Mes jeunes n'ont plus peur de dire où ils habitent et d'ajouter qu'ils ont du fun à rester ici.»
Mamie Jojo veille au grain, impatiente qu'elle est de les applaudir à tout rompre. La formation Univox est attendue, l'été prochain, sur une scène du FestiVoix pour faire entendre tout son talent et, surtout, montrer sa fierté.