Marilyn Castonguay et Guy Nadon sont en vedette dans le film L'ange gardien.

L'ange gardien: une superbe surprise

Doucement blotti dans une routine rassurante, Normand est un ex-policier recyclé comme gardien de nuit dans un édifice montréalais. À l'abri du monde, il travaille quand la ville dort et dort quand celle-ci besogne.
Un soir, il surprend un duo de cambrioleurs, leur court après, rattrape dans un escalier le plus lent des deux qui s'avère être une jeune femme. Ils s'écroulent violemment tous les deux. Le fragile coeur de Normand flanche. C'est elle qui lui donne la pilule qui lui sauve la vie. En retour, Normand la laisse partir.
Quelques jours plus tard, elle apparaît à la porte de l'édifice. Elle n'a nulle part où aller en plein hiver. Normand la fait entrer. Pour une nuit. Encore, le lendemain puis encore. Se tisse entre les deux une relation trouble qui chamboule la vie de Normand, son coeur, puis fait basculer sa vie rangée. Tout cela, de son plein gré, ou presque.
L'ange gardien se présente comme un drame psychologique sans prétention mais très adroitement et joliment ciselé dans des dialogues naturels, une intrigue minimale, des interprètes subtils et convaincants. Ce genre de films de l'intime dans lequel les Français excellent. De la part d'un réalisateur et scénariste assez peu connu, Jean-Sébastien Lord, voilà une remarquable réussite.
Seulement, celui-ci a une surprise en réserve, surprise qu'on vous réserve. Quelque chose d'inattendu qui survient aux deux-tiers du film et qui change tout pour donner un tout autre caractère à cette réalisation impeccable qui soutient le virage avec la même conviction qu'elle a porté une première partie très convaincante.
On parle de deux portions distinctes alors que c'est un tout parfaitement cohérent. Un excellent film dont on a peu entendu parler. Une histoire touchante qu'on veut revoir aussitôt sorti de la salle pour la goûter de nouveau.
Si le film est aussi bon, ça tient d'abord à un scénario en béton simple et efficace. Jean-Sébastien Lord a éliminé tout ce qui pouvait ressembler à de l'esbroufe ou à de l'éclat surfait. Il va à l'essentiel sans détour superflu. Il nous captive sans qu'on le voit travailler et nous entraîne habilement là où on n'avait aucune idée qu'on pourrait aller et ce, pour notre plus grand plaisir.
Il compte, pour ce faire, sur trois interprètes d'exception, en totale symbiose avec son approche. Au premier chef: Guy Nadon, en gardien de sécurité bousculé. Tout passe dans ses yeux souvent légèrement hébétés. Tout en finesse, Nadon, en simple incarnation du personnage. C'est grâce à lui que le film touche le coeur de sa cible, son aspect universel. C'est lui, l'interprète, qui nous guide dans le chemin intérieur de son personnage vers une libération, une émergence de la torpeur qui nous rejoint.
Pour le faire bouger, il fallait un personnage fascinant et pour créer ce personnage, il fallait le charme inexplicable de Marilyn Castonguay encore superbe après L'affaire Dumont et Miraculum. Quel talent! Son pouvoir ne tient pas à une relation unique et privilégiée avec Podz; c'est avec la caméra qu'elle a un lien fusionnel qui engendre une émotion subtile et vraie. Elle convainc totalement.
Dans un autre registre, celui d'un petit malfrat méprisable, Patrick Hivon est quasiment au niveau des deux interprètes principaux. On le déteste comme il doit l'être.
Il reste que la vedette de ce film, c'est le scénario, brillant, et sa mise en forme, absolument irréprochable.
C'est intelligent, fin, solide, surprenant, émouvant. Un tour de force qui offre un film sans prétention mais non moins exceptionnel et captivant. Il ne jouira pas d'une mise en marché clinquante mais sûrement d'un bouche à oreille enthousiaste qui pourrait en faire un des gros succès de l'année, succès qui serait parfaitement mérité. À ne pas manquer.
L'ange gardien
De Jean-Sébastien Lord avec Guy Nadon, Marilyn Castonguay et Patrick Hivon.