L'ange gardien: un vétéran et des purs-sangs

En confiant les rênes de son histoire à deux interprètes aussi doués que Guy Nadon et Marilyn Castonguay, le réalisateur Jean-Sébastien Lord s'est fait un cadeau. Si le premier était d'emblée dans la tête de Lord, c'est au terme d'un processus d'auditions que la jeune femme s'est imposée.
«Elle nous a d'abord convaincus, dit le réalisateur, mais c'est quand nous les avons réunis lors de la première lecture du scénario que la magie a opéré.» Une magie imprévisible notamment parce qu'il y trois ans à peine Nadon, en tant que professeur, enseignait à la comédienne en herbe à l'École nationale de théâtre comme il a aussi enseigné à Patrick Hivon, autre protagoniste central du film.
«Dès la première lecture, je leur ai dit que rien ne nous différencie: je suis simplement arrivé dans le métier 25 ans avant eux, commente le vétéran. Il s'agissait de simplement danser ensemble en s'abandonnant à la musique. Qu'importe le passé des danseurs. Je les connaissais tous les deux: ce sont deux véritables pur-sangs. Je me souviens, à l'école, combien ils comprenaient les nuances demandées, combien rapidement ils les intégraient. Ils ont une véritable intelligence du jeu et une extraordinaire souplesse interne.»
À ce stade de sa très brillante carrière, l'acteur admet savoir mieux ce qu'il veut mais il a aussi intégré un aspect essentiel de son métier: la souplesse. «Même si j'avais une vision du film et de l'interprétation, le cinéma est un art tellement collectif qu'on doit s'intégrer dans l'énergie du groupe. Ce qui compte, c'est moins ton interprétation que ce que donne l'ensemble à l'écran.»
«Faire un film, c'est comme prendre le bateau: on s'embarque sans diriger le navire. Dans le genre de personnage que j'ai interprété ici, je devais accepter d'être bousculé intimement parce que ce que vit Normand se nourrit de ce que je suis moi-même. La grande contradiction du jeu au cinéma, c'est qu'il faut être en soi mais très conscient des exigences techniques: où est ta marque, ton partenaire, la caméra, etc. Il faut être totalement dans le moment présent.»
«Il faut être complètement dans l'émotion, explique Marilyn Castonguay, parce que la caméra viendra chercher l'émotion en toi. Il faut être vraie. On a beaucoup fait de travail de préparation dans ce film de telle sorte que les enjeux de fond étaient très clairs. Quand on connaît ces enjeux, on peut se permettre de jouer l'émotion spécifique de la scène et ça va passer parce que l'émotion sous-jacente est présente en-dessous.»
«J'ai senti ma place dans ce personnage qui m'a plu tout de suite, de poursuivre la jeune femme. Déjà, qu'on m'offre un personnage de mère, ça me plaisir. Je ne sais pas pourquoi mais j'ai un faible pour les personnages de mère. Ça m'oblige à nourrir un caractère de femme et pas de fille et c'est intéressant à jouer. Surtout qu'ici, il y a une couche supplémentaire de jeu que je ne peux pas révéler pour ne pas voler de punch mais ça ajoutait au défi.»