Mariette Cheney est décédée à l'âge de 90 ans.
Mariette Cheney est décédée à l'âge de 90 ans.

L'âme du Moulin seigneurial s'éteint

François Houde
François Houde
Le Nouvelliste
Le monde trifluvien de la culture est en deuil d'une de ses plus prestigieuses représentantes: Mariette Cheney est décédée dimanche à l'âge de 90 ans.
Cette figure marquante de la culture régionale est aujourd'hui surtout reconnue pour le long combat qu'elle a mené pour la restauration du Moulin seigneurial de Tonnancourt dans le secteur Pointe-du-Lac dont elle habitait le logis du meunier depuis 1974. C'est beaucoup grâce à son acharnement que le site a été classé officiellement site patrimonial par le Ministère de la Culture et des Communications en 2006 même si un avis de classement avait été signé dès 1991.
Mariette Cheney l'a habité avant même que le moulin ne soit rénové puisque cette étape ne s'est réalisée qu'à partir de 1975. Cette implication qui a marqué sa vie ne doit pas faire oublier qu'elle a été une artiste de grand talent qui s'est exprimée principalement par l'émail sur cuivre et la peinture.
Elle a reçu la plus haute distinction civique municipale quand elle a été décorée de l'Ordre de La Vérendrye en 2004 pour sa contribution au rayonnement de la Ville de Trois-Rivières et au bien-être de ses concitoyens. Elle a également été couronnée du Grand Prix de la culture Le Nouvelliste en 2002. En 2011, la Ville de Trois-Rivières a fait l'acquisition d'une toile de grand format de l'artiste intitulée Mariages d'oiseaux pour enrichir sa collection.
Il reste que c'est pour son travail d'émailleuse qu'elle est davantage connue, elle qui a été nommée membre honoraire de la Corporation des émailleurs du Québec. En 1967, lors de la visite du général Charles de Gaulle au Québec, le gouvernement québécois avait remis à ce distingué visiteur une oeuvre de Mariette Cheney en cadeau.
«Elle était une grande émailleuse, de commenter l'écrivain Réjean Bonenfant qui l'a bien connue. Ses émaux sur cuivre, ce sont des oeuvres uniques. Je suis allé la voir à l'hôpital la semaine dernière et je lui ai rappelé qu'elle avait un émail à Colombey-les-deux-églises chez les héritiers de Charles de Gaulle. Elle était toujours très heureuse que quelqu'un se souvienne de choses comme celle-là.»
«C'était une femme extraordinaire. Elle avait un petit look à la Juliette Gréco avec ses vêtements noirs et son petit bonnet et on l'appelait la môme Cheney. Elle s'est battue énormément pour la rénovation du Moulin seigneurial de Pointe-du-Lac. Quand il a été rénové, elle s'est occupée d'y présenter des expositions. Je me souviens d'une cérémonie de première pelletée de terre qui avait eu lieu et on était près de 125 personnes présentes exclusivement pour lui manifester notre appui. Elle a été une véritable égérie pour les artistes d'ici et elle a connu de nombreux peintres majeurs: Réjean Ducharme y a même présenté une exposition de ses oeuvres de sculpteur sous le pseudonyme de Roch Plante.»
«Elle conservait chez elle, au moulin, plus d'oeuvres exceptionnelles que bien des musées n'en possèdent, des Villalonga ou des Jordi Bonet, par exemple. Tous les grands artistes sont passés chez elle. Elle a été une inspiratrice pour Raymond Lasnier et c'est elle qui a accueilli Stelio Sole quand il est arrivé ici.»
«J'ai déjà proposé que Culture-Mauricie nomme son prix pour le patrimoine ou les métiers d'art du nom de Mariette Cheney et je pense que c'est plus pertinent que jamais.»
Pour Michel Jutras, ancien directeur des arts et de la culture à la Ville de Trois-Rivières, Mariette Cheney était l'âme du Moulin seigneurial.
«Elle accueillait les visiteurs et les touristes avec beaucoup de chaleur. Dans les années 60 et 70, elle a été un pivot de la vie culturelle d'ici. Elle faisait partie d'un petit groupe d'artistes qui ont établi les assises de la vie culturelle qu'on connaît aujourd'hui à Trois-Rivières. Par la suite, elle a fait du Moulin seigneurial un foyer culturel en y accueillant les artistes. De plus, c'était une personne tellement attachante. C'est une très grosse perte.»
«À cause de son implication, on en oublie parfois qu'elle a elle-même été une artiste de très grand talent. Malheureusement, il ne reste pas beaucoup de ses oeuvres parce qu'elle les donnait.»
Suivant les volontés de Mme Cheney, son corps ne sera pas exposé. Cependant, un hommage lui sera rendu dans le cadre d'une soirée à la Maison de la culture de Trois-Rivières. Ce vendredi, de 17 h à 20 h, la salle Louis-Philippe-Poisson accueillera les gens qui ont bien connu Mme Cheney afin d'échanger de bons souvenirs.