La Dre Catherine Hamelin est dentiste-conseil à l'Agence de la santé et des services sociaux de la Mauricie et du Centre-du-Québec.

La Santé publique plaide pour la fluoration à grande échelle

À moins d'un revirement de situation de dernière minute, les conseillers municipaux de Trois-Rivières devront se prononcer le 3 février prochain, lors de la séance publique du conseil, sur la poursuite ou non du programme de fluoration de l'eau potable. Le débat qui se tient actuellement divise déjà le conseil municipal, mais est également suivi par l'ensemble de la province, qui voit en la décision de Trois-Rivières un point tournant dans les efforts de la Direction de santé publique à élargir au plus grand nombre le programme de fluoration de l'eau potable. À l'heure actuelle, à peine 3 % des municipalités y ont adhéré, mais la Santé publique voudrait rejoindre plus de 50 % de la population d'ici cinq ans. Dans ce débat scientifique, éthique et aussi très émotif, plusieurs points de vue s'affrontent. Dans un souci de permettre au public de se faire sa propre opinion, Le Nouvelliste propose aujourd'hui à ses lecteurs deux entrevues, mettant en opposition les arguments en faveur et contre la fluoration de l'eau potable.
Avec à peine 3 % de la population québécoise qui consomme à l'heure actuelle de l'eau fluorée, la Direction de santé publique est bien consciente qu'un énorme travail de sensibilisation doit se poursuivre, si elle souhaite atteindre son objectif de voir au moins 50 % de la population avoir accès à ce programme de santé publique. Car si la Santé publique affirme que les effets bénéfiques de la fluoration de l'eau potable sont prouvés, bien des municipalités hésitent encore à y adhérer.
«C'est faux de dire que c'est un programme qui est efficace pour une petite partie de la population. C'est efficace pour tout le monde. On sait que les bénéfices sont plus grands quand on y est exposé plus tôt dans la vie, mais même un adulte qui débuterait un apport régulier en fluorure profiterait des bénéfices», soutient Catherine Hamelin, dentiste-conseil à la Direction de santé publique de la Mauricie et du Centre-du-Québec.
Le fluor permet de durcir la dent, limitant la carie dentaire, un véritable problème de santé publique, évoque la docteure Hamelin. «En plus de l'infection qui peut être liée à la carie dentaire, c'est un problème qui affecte aussi directement la qualité de l'alimentation, tant chez l'enfant que l'adulte. On a vu des enfants avec des courbes de croissance plus basses, des problèmes de réussite scolaire et de concentration à l'école. Ce n'est pas juste un petit désagrément, une carie», signale Catherine Hamelin, qui rappelle que les soins liés au problème de la carie dentaire représentent chaque année une dépense pour le gouvernement de 80 $ par personne au Québec. Le programme de fluoration de l'eau potable, lui, n'en coûte que de 1 $ à 3 $ par habitant par année. «C'est une mesure préventive qui éviterait bien des frais de soins de santé», croit Mme Hamelin.
En Ontario, tout près de 70 % de la population consomme de l'eau fluorée. Devant ces faits, on constaterait du même coup que les enfants québécois ont 40 % plus de caries que les enfants ontariens, affirme la dentiste-conseil. Les citoyens de Trois-Rivières ont bu de l'eau fluorée de 1962 jusqu'à 2008, moment où les travaux à l'usine de filtration ont débuté.
Mais déjà, en 1989, des études comparatives avaient été réalisées dans les écoles publiques de Trois-Rivières et Sherbrooke, ville où l'eau n'était pas fluorée. On aurait découvert que les enfants trifluviens avaient 24 % moins de caries que les enfants sherbrookois, raconte la Dre Hamelin.
Bien sûr, il existe les méthodes individuelles d'administration du fluor, comme l'utilisation d'une pâte dentifrice au fluoristat mais, selon la Dre Hamelin, c'est une méthode qui a atteint sa limite.
Par ailleurs, les ressources fournies à la Santé publique, spécialement les ressources humaines et financières, pour mener à bien tous les programmes de prévention de la carie dentaire, ne sont pas sans limites. «Mener des campagnes de prévention et de sensibilisation de façon individuelle ou en petits groupes, comme dans les écoles et les milieux de travail, coûterait une fortune et ce serait humainement impossible de rejoindre tout le monde. En fluorant l'eau potable, on sait que la méthode préventive entre dans tous les foyers par le biais du service d'aqueduc», rapporte-t-elle.
La Santé publique constate évidemment que le débat en est un émotif, et que chaque camp s'appuie sur des études qui favorisent un point de vue plutôt qu'un autre.
«Il existe des milliers d'études de toutes sortes, et qui se contredisent. Mais il y a toujours moyen de vérifier quelles sont les études les plus sérieuses et indépendantes. Nous basons nos interventions sur des études indépendantes et qui n'ont aucun biais», affirme la dentiste-conseil. «Et on n'arrête pas là. On continue de suivre tout ce qui se publie sur la chose. On se tient à jour», ajoute-t-elle.