L'auteur-compositeur-interprète Alexandre Désilets, qui vient de lancer un troisième album, sera en spectacle à la salle Anaïs-Allard-Rousseau de la Maison de la culture le 27 février à 20 h.

La nuit d'Alexandre Désilets

Alors que certains auteurs-compositeurs-interprètes cumulent dans leurs calepins une série de textes qui n'attendent qu'à être mis en musique, Alexandre Désilets, lui, procède tout autrement. Ce sont d'abord des canevas de musique qui inspirent des thèmes, qui à leur tour inspirent des textes à l'artiste. Son troisième album, Fancy Ghetto, est issu de ce processus de création aussi rationnel qu'artistique.
Issu d'un père trifluvien, le chanteur qui a grandi à Kingston et à Aylmer a étudié en sciences pures au cégep puis en sciences de l'agriculture à l'université avant de s'inscrire en musique à l'Université Concordia.
Il était alors temps pour lui de finalement exploiter son intérêt et son talent pour la chanson. Grand lauréat du Festival international de la chanson de Granby en 2006, il a fait paraître un premier album (Escalader l'ivresse) en 2008, puis un second (La garde) deux ans plus tard.
«Dans le deuxième disque, j'avais mis des trucs à l'essai, des trucs un peu plus pop, moins vaporeux que sur le premier. J'avais commencé à expérimenter les grooves, un peu de rythm'n'blues», commence-t-il en expliquant la tangente qu'a pris sa musique entre ses deux derniers opus. Une tangente définitivement plus rythmée, moins planante que ce à quoi le chanteur nous avait habitués.
«Premièrement, j'ai eu envie de m'outiller de musique qui allait me permettre de m'éclater sur scène, de danser. Le style rock mélancolique planant, je l'avais déjà fait. Deuxièmement, j'avais envie d'explorer la voix autrement, d'aller plus à fond dans le rythm'n'blues. Sur le disque, ce sont toutes des tounes qui groovent, qui ont un son black: soit soul, rythm'n'blues ou Motown», poursuit-il.
Une fois ces prémisses établies, le chanteur et musicien a enregistré des maquettes faites de rythmes et de basse. «Ces maquettes, je les ai amenées le plus loin possible, et ça a fait ressortir des angles, des thèmes», indique le créateur qui a constaté que les ambiances des pièces de ces maquettes évoquaient la rue et la vie nocturne. Le concept du disque prenait forme.
«En discutant avec Mathieu Leclerc, on s'est dit que ce serait cool que ça se passe en une nuit, du coucher du soleil à son lever. Puis on a imaginé des personnages qui vivent chacun leur histoire. Ce sont tous des antihéros, du genre Don Quichotte, Quasimodo ou Woody Allen. Ce sont des personnages très romantiques, très passionnés, prêts à tout pour l'amour et qui n'ont rien perdre», illustre Alexandre Désilets, qui a écrit les textes en collaboration avec le Mathieu Leclerc auquel il fait référence.
Parmi ces personnages, on rencontre un homme qui se pointe soir après soir au même resto pour y voir la serveuse dont il est amoureux, un autre qui a abusé des plaisirs de la vie et qui, usé, rêve maintenant «en noir et blanc», ou alors un gars qui, dans un bar, voit son ancienne conquête le provoquer en séduisant d'autres prétendants. Le premier extrait de l'album, Renégat, est inspiré des manifestations à Montréal, mais dénonce l'obsession de la consommation.
«Fancy Ghetto, comme titre, ça représente le côté très contemporain, et le côté antihéros. Ça fait référence aux vieux quartiers qu'on retrouve dans toutes les villes et qui sont devenus «in». Dans cet univers-là, c'est facile de trouver des personnages», précise l'artiste.
L'album coréalisé par Alexandre Désilets et François Lafontaine (Karkwa) a pu compter sur le batteur Samuel Joly, le guitariste Olivier Langevin (Galaxie, Gros Méné), le basssite François Plante (Plaster), le claviériste et coréalisateur François Lafontaine, avec des collaborations de Robbie Kuster (batteur pour Patrick Watson) et Julien Sagot (percussionniste de Karkwa). De cette équipe, seul Samuel Joly suivra le chanteur sur scène.
Deux lancements-spectacles ont eu lieu, un à Montréal le 11 février et un à Québec deux jours plus tard. Alexandre Désilets en sera aux tous débuts de sa tournée, le 27 février, lorsqu'il foulera les planches de la salle Anaïs-Allard-Rousseau entouré de quatre musiciens («Un band de feu!», s'enthousiasme le chanteur).
«Le spectacle sera comme le disque. Il faut que ça bouge, que ça soit l'fun! C'est très rythmé c'est assez flyé. Musicalement, c'est assez audacieux. C'est un gros trip de musiciens. Aussi, on a restructuré cinq, six tounes des autres albums. Il y a beaucoup de place pour la voix; c'est un show vraiment essoufflant!», décrit-il.
<p>Issu d'un père trifluvien provenant d'une grande famille, Alexandre Désilets compte encore une parenté nombreuse à Trois-Rivières. </p>
Incursion dans la danse et l'international
Entre la parution de ses deux derniers albums, Alexandre Désilets a collaboré avec différents artistes pour divers projets ponctuels. Plus étendu dans le temps, un de ces projets semble l'avoir plus profondément marqué.
Jusqu'à récemment, le spectacle multidisciplinaire Danse, Lhasa Danse l'a mené de Sept-Îles à Vancouver en passant par Québec, Montréal, Toronto, Regina et Whitehorse pour ne nommer que ces endroits.
Créé et mis en scène par le chorégraphe Pierre-Paul Savoie, ce spectacle réunit chanteurs, musiciens et danseurs pour rendre hommage à la chanteuse montréalaise Lhasa de Sela, décédée du cancer le 1er janvier 2010. Alexandre Désilets s'est joint aux chanteuses Bïa, Alejandra Ribera et Karen Young qui, en compagnie de cinq musiciens, reprennent une partie du répertoire de Lhasa, animé par sept danseurs.
«C'est un beau spectacle, très touchant. J'ai beaucoup grandi à travers ce projet», apprécie-t-il. «C'est la danse qui est mise de l'avant, dans différents styles; il y a du flamenco, du gumboots, du néo-classique contemporain... C'est très romantique. C'est inspirant de chanter devant des danseurs. L'émotion se trouve amplifiée. Et pour les danseurs, c'est rare de pouvoir performer sur de la musique live», continue le chanteur.
«Il y a un abandon à chanter les chansons des autres. On se les approprie, mais on se met moins de pression que quand c'est notre répertoire. On a fait de grosses salles, de gros publics avec ce spectacle. Jusqu'à 3000 personnes», indique le trentenaire plus familier avec les petites salles dans sa carrière à lui.
Aussi, parmi les aventures professionnelles plus inusitées vécues par le chanteur depuis 2010, on peut mentionner un séjour en Chine en mars 2012. L'artiste québécois s'est produit dans une dizaine de villes chinoises dans le cadre de la tournée Mars en Folie, mars étant désigné Mois de la francophonie.
«Les Chinois n'ont pas été aussi surexposés, aussi gavés que nous de matériel musical de l'extérieur, alors ils sont vraiment ouverts. On a ressenti un intérêt, une effervescence pour la musique en français», observe le chanteur qui a aussi participé à une vitrine (showcase) en Angleterre et qui se produira au festival Pully à l'heure du Québec en Suisse en juin prochain.
Quelques prix remportés par Alexandre Désilets
2012: Independant Music Awards: Album de l'année adulte contemporain (La garde), et Prix du public pour le meilleur site web et la meilleure pochette.
2010: SPAQ: Prix André «Dédé» Fortin Scène émergente
2009: Prix Félix-Leclerc
2008-09: Révélation Radio-Canada musique
2006: Festival international de la chanson de Granby: Grand lauréat