Après les mauvaises nouvelles de Rio Tinto Alcan, l'espoir renaît à Shawinigan avec l'arrivée probable de FerroAtlántica.

La Mauricie est la région qui a perdu le plus d'emplois au Québec

L'enquête sur la population active de Statistique Canada réservait encore de bien mauvaises nouvelles pour la région en 2013. En fait, au cours des deux dernières années, l'agence fédérale a observé une baisse de 12 000 travailleurs en Mauricie, un affaissement qui ne trouve son égal nulle part ailleurs au Québec.
Il s'agit même de la pire séquence régionale depuis le début de la compilation annuelle connue des données sur la population active, en 1987. En Mauricie, le nombre d'emplois est passé de 119 400 en 2011 à 112 900 en 2012, puis à 107 400 l'an dernier.
Sans surprise, le secteur de la production de biens explique une bonne partie des dégâts. Statistique Canada estime que 5500 emplois ont été perdus dans ce domaine entre 2011 et 2013. Il s'agit d'une tendance lourde amorcée depuis plusieurs années. Ainsi, dans le secteur de la fabrication, la région a perdu 50 % de sa main-d'oeuvre depuis 2002. Des 25 800 employés que Statistique Canada dénombrait à ce moment, on n'en compte plus que 12 900.
En 2013, le taux de chômage de la Mauricie s'établissait à 9,4 %, près de deux points au-dessus de la moyenne provinciale. La région affiche le pire taux d'activité au Québec, à 53,4 %.
Seule la Gaspésie déclare un taux d'emploi plus déprimant que la Mauricie. À 48,3 %, cela signifie que moins d'une personne sur deux de 15 ans et plus apte au travail occupe un emploi dans la région. Il faut retourner en 1996 et 1997 pour retracer des taux d'emploi aussi anémiques en Mauricie.
À la direction régionale d'Emploi Québec, la monstruosité des données brutes incite à la prudence dans leur interprétation. Par contre, impossible de nier la tendance par rapport à ce qui se passe dans le reste de la province.
Jules Bergeron, économiste régional chez Emploi Québec, rappelle que les difficultés économiques aux États-Unis ont sans doute nui aux exportateurs de la région. Il observe que l'activité tertiaire, comme le commerce, a aussi souffert de cette conjoncture. Par exemple, en hébergement et dans les services de restauration, Statistique Canada recense une perte de 1200 emplois en Mauricie entre 2011 et 2013.
M. Bergeron souligne que des éléments de nature structurelle plombent le marché du travail régional.
«Les activités industrielles qui ont traditionnellement occupé une place importante et stratégique dans l'économie mauricienne sont en perte de vitesse depuis plusieurs années», rappelle-t-il. «Ces industries fortement concentrées dans la transformation de la ressource affrontent des marchés hautement compétitifs et d'envergure mondiale.»
Frédéric Laurin, professeur en économie à l'Université du Québec à Trois-Rivières et chercheur à l'Institut de recherche sur les PME, n'est pas trop étonné de la tendance. Il observe les mêmes facteurs que M. Bergeron pour expliquer ce bulletin du marché du travail.
«La Mauricie est spécialisée dans des industries en déclin», résume-t-il. «Le bois, les pâtes et papiers, le meuble... C'est beaucoup d'emplois perdus. Ça ne surprend donc pas; on voit même des signes indirects sur le plan commercial, avec des fermetures de boutiques ou de petits restaurants.»
Lendemains meilleurs?
Emploi Québec s'attend toutefois à ce que les perspectives s'améliorent pour la Mauricie d'ici la fin 2016.
La hausse des prix, la lente reprise américaine et la dévaluation du dollar canadien contribueront à instaurer un meilleur contexte pour les entreprises de la région.
M. Bergeron s'attend à ce que les produits de métal, les transformateurs de bois et les sous-traitants de la filière aérospatiale prennent de l'expansion.
«La venue de la firme IFFCO dans le parc industriel de Bécancour permettra de générer quelques centaines de nouveaux emplois dans l'industrie chimique», ajoute-t-il, sans compter ceux engendrés par la construction de ce complexe. Inutile d'élaborer sur l'impact positif que produirait dans l'économie régionale une usine comme FerroAtlántica et ses 300 emplois directs.
L'économiste ajoute l'ouverture d'un centre d'appel du Mouvement Desjardins cet été à Trois-Rivières et l'expansion de l'entreprise Premier Aviation comme sources importantes de créations d'emplois au cours des prochains mois.
Dans la fonction publique, M. Bergeron s'attend à une baisse de personnel dans l'enseignement et en administration d'ici 2016, mais à de l'embauche en santé et en services sociaux.
M. Laurin partage l'optimisme de l'économiste régional. D'ailleurs, il fait remarquer que les statistiques auraient pu être encore bien pires sans les efforts de diversification et le virage PME observés au cours des dernières années, particulièrement à Shawinigan.