L'arrivée de Pierre Karl Péladeau au PQ continue de faire jaser. On le voit avec sa chef, Pauline Marois, lors de l'annonce de sa candidature.

La FTQ largue le PQ

L'entrée en politique du magnat de la presse Pierre Karl Péladeau dans les rangs du Parti québécois n'en finit plus de provoquer des ondes de choc. Cette fois c'est le milieu syndical qui s'émeut de la possible arrivée à l'Assemblée nationale de celui qui détient le championnat des lock-out au Québec.
<p>Le conseiller régional de la FTQ, Michel Dupont.</p>
Du côté de la FTQ d'abord, une centrale qui avait appuyé le Parti québécois aux dernières élections, le conseiller régional Michel Dupont a fait savoir que cette fois, aucune recommandation ne sera faite aux membres sinon celle de voter pour le parti qui se rapproche le plus de la «plateforme électorale» de la FTQ.
«Cette année, il n'y aura aucun appui à un parti politique. C'est vrai que la dernière campagne électorale nous a laissé un goût amer, mais le pire, c'est l'arrivée de M. Péladeau. Ça devient impossible pour nous d'appuyer un parti politique qui a dans ses rangs un des employeurs les plus anti-syndicaux au Québec. C'est clair que cette fois-ci, il n'y aura pas d'appui.»
Lorsqu'on fait remarquer à M. Dupont qu'il ne reste plus beaucoup de partis qui puissent se rapprocher de la plateforme de la FTQ, il répond qu'en effet, c'est le cas. «Il n'y a que Québec solidaire qui reste campé à gauche mais, entre nous, disons que ce n'est pas demain qu'on risque de les voir au pouvoir.»
Rappelons qu'aux élections de 2012, la FTQ avait appuyé le Parti québécois malgré sa position sur Gentilly-2. La FTQ militait à l'époque afin de protéger les centaines d'emplois en jeu. Bien conscient des positions divergentes des deux groupes sur l'avenir de la centrale, M. Dupont avait affirmé qu'une rencontre était prévue avec le parti avant qu'une décision soit prise.
Au lendemain des élections, alors que le nouveau gouvernement minoritaire du Parti québécois s'empressait de fermer la centrale à peine arrivé au pouvoir, Michel Dupont déclarait «qu'au niveau régional, la FTQ s'est sentie trahie». Ce dernier avait ajouté que la fermeture de Gentilly-2 était «une catastrophe» et que la région perdait 800 emplois de très bonne qualité.
M. Dupont reprochait au PQ non pas d'avoir fermé la centrale mais de ne pas avoir pris le temps de rencontrer des représentants de la centrale syndicale avant de le faire. «On est profondément déçus de cette attitude», avait déclaré M. Dupont au Nouvelliste, le 27 décembre 2012.
Du côté de la CSN, le président Jacques Létourneau tient sensiblement le même discours en ce qui concerne l'arrivée de Pierre Karl Péladeau dans la famille péquiste. Ce dernier a déclaré, en marge d'une rencontre avec ses membres à Montréal, qu'il ne serait pas étonné que des militants remettent en question leur appui au Parti québécois ou à l'indépendance du Québec.
Contrairement à d'anciens présidents de la CSN qui ont donné leur appui à M. Péladeau, M. Létourneau a tenu des propos critiques à son endroit, particulièrement en ce qui concerne sa façon de gérer les relations de travail.
Le président de la CSN a également dénoncé le retrait du programme du PQ de la proposition pour moderniser le Code du travail, notamment sur la question des briseurs de grève. «Il parait qu'il n'y a pas de lien avec M. Péladeau, mais on pourrait en douter», a lancé Jacques Létourneau.
La CSN compte d'ailleurs talonner la première ministre Pauline Marois pour qu'elle s'engage à moderniser les lois du travail. Le président de la centrale CSN dit vouloir «dompter les comportements d'employeurs qui provoquent des lock-out comme M. Péladeau en a provoqué à répétition. Là-dessus, la CSN sera intraitable.»
Signe du malaise à l'approche de l'élection, la CSN s'est bien gardée cette année de recommander à ses membres comment voter et elle ne recommandera pas de vote stratégique.
Rappelons qu'en 2012, le Conseil central du Coeur-du-Québec de la Confédération des syndicats nationaux avait invité ses 17 000 membres à voter de façon à barrer la route du Parti libéral et à la Coalition avenir Québec. Paul Lavergne, président du Conseil central, avait alors demandé à ses membres de voter pour un parti qui a des valeurs se rapprochant de celles de la centrale. «Le Parti québécois et Québec solidaire sont deux partis près de nos valeurs. Option nationale a aussi des valeurs de gauche», avait alors déclaré le leader syndical.
Il n'a pas été possible de parler à M. Lavergne mercredi.