Sotchi accueillera les Jeux olympiques d'hiver 2014.

La face obscure des jeux de Sotchi

Du 7 au 23 février prochain, le monde entier aura les yeux rivés sur Sotchi, ville hôte des Jeux olympiques d'hiver. Ces 22e jeux d'hiver constitueront une occasion rêvée d'admirer les efforts d'athlètes du monde entier. Il pourrait également s'agir d'un excellent prétexte pour questionner le choix de l'emplacement, compte tenu du comportement voyou de la Russie à bien des égards.
Aux championnats du monde d'athlétisme (août 2013), les athlètes russes Kseniya Ryzhova et Tatiana Firova s'embrassent sur le podium comme signe de protestation contre la législation russe jugée homophobe.
Plusieurs atteintes aux droits humains
La Russie représente un contre-exemple en matière de droits humains. Le 11 juin dernier, une loi punissant tout acte de «propagande» homosexuelle a été adoptée par la Douma (la chambre basse du parlement russe). Elle prévoit de lourdes amendes pour tout acte «prohomosexuel». Human Rights Watch condamne ces politiques hautement discriminatoires. La législation réduit aussi le droit de protester pacifiquement.
Selon Amnesty International, en 2013, 600 personnes furent arrêtées arbitrairement, dans les environs de Moscou seulement. Il faut se rappeler aussi, en septembre dernier, l'arrestation de 30 militants de Greenpeace qui dénonçaient les risques de l'exploitation d'hydrocarbures en Arctique.
Une année plus tôt, les lois sur le «blasphème» avaient mené à l'emprisonnement des membres du groupe musical Pussy Riot. Elles furent condamnées pour «hooliganisme» en raison d'actes profanatoires dans une église orthodoxe. Surtout, elles défendaient les droits des femmes russes et s'opposaient vivement aux politiques du président Vladimir Poutine.
Pour l'organisation non gouvernementale Reporters sans frontières, la Russie se situerait au 148e rang mondial au niveau de la liberté de presse (classement 2013). Selon son site web, le pays est marqué par «l'impunité intolérable de nombreux assassins et agresseurs de journalistes». Sur le plan électoral, les leaders des partis d'opposition sont fréquemment emprisonnés, ou forcés au retrait de leurs candidatures aux élections (Kasparov, Limonov, Lavlinski). Des soupçons de fraudes électorales laissent d'ailleurs croire à des simulacres d'élections pour les législatives de 2011 et les présidentielles de 2012.
Coûts astronomiques des Jeux de Sotchi
Le budget initial prévu pour la tenue des Jeux a déjà été multiplié par trois. Sotchi sera l'hôte des jeux les plus onéreux de l'histoire, une explosion des coûts s'expliquant par la quasi-inexistence des infrastructures originelles. Des dizaines de milliers d'ouvriers travaillent à l'édification des amphithéâtres, du village olympique, des routes et voies de chemin de fer. Plusieurs seraient des travailleurs immigrants d'anciennes républiques soviétiques, victimes d'escroquerie et d'exploitation.
Ajoutons que la Russie investira des millions de dollars en sécurité, situation normale pour un événement d'une telle ampleur. Mais cela s'avère un impératif encore plus grand, compte tenu du comportement hargneux du gouvernement russe face aux oppositions «dérangeantes» et face à la menace terroriste, tchétchène entre autres, que le gouvernement n'a rien fait pour apaiser dans les dernières années.
Coût des Jeux olympiques (en dollars américains)
2008 Pékin: 43 milliards
2010 Vancouver: 9,2 milliards
2012 Londres: 13,9 milliards
2014 Sotchi: 50 milliards (estimation)
Pour en savoir plus
Comité de Solidarité/ Trois-Rivières
Amnesty International
Human Rights Watch
Reporters sans frontières