Elle a beau être allergique aux chiens, Danielle St-Amand ne peut résister aux demandes de caresses de Charlie, un magnifique Labrador âgé de 7 ans.

La dame de coeur

Danielle St-Amand aime trop les gens pour faire une croix définitive sur la politique active. La volonté ne suffit pas toujours cependant. À compter de maintenant, la députée libérale de Trois-Rivières doit reprendre son souffle et c'est dans son oasis de paix, à Sainte-Thècle, qu'elle est venue se régénérer le corps et l'esprit.
Élue pour la première fois en 2008, Danielle St-Amand a un pied-à-terre dans sa circonscription trifluvienne et un autre à deux pas du parlement de Québec, mais c'est dans la petite municipalité qui l'a vue naître et grandir qu'elle revient instinctivement. Question d'équilibre. 
«À Sainte-Thècle, je peux aller au dépanneur pas maquillée et en pyjama. Personne ne me parle de politique parce qu'ici, je ne suis pas la députée, mais la fille à Léo ou la blonde à Jo», raconte Mme St-Amand en parlant de son père, aujourd'hui décédé, et du gars qui a fait chavirer son coeur lorsqu'elle avait 16 ans.
«Jocelyn (Tellier), c'est mon mari, mon amoureux, mon pilier», dit-elle pour rendre hommage à son chum. Le contremaître au service des travaux publics de la Ville de Shawinigan a toujours préféré se tenir à l'écart de la routine de sa douce, mais il a été le premier à lui exprimer son vote de confiance et à se porter volontaire pour accrocher ses pancartes.
Danielle et Jocelyn vivent dans la maison où il est né, sur le chemin Saint-Michel Sud. Ils sont les parents de deux enfants, Gabrielle et Benoît, 26 et 25 ans, qui n'habitent plus avec leurs parents, mais avec qui ils forment une équipe très soudée.
Leurs voisins immédiats sont des membres de la famille Tellier qui se partagent une vue imprenable sur le lac des Chicots. Recouvert de neige, il laisse toute la place au clocher de l'église qui se confondait avec l'horizon brumeux le matin de notre rencontre. Rien cependant pour déprimer la dame en convalescence qui se promettait d'enfiler ses skis de fond une fois l'entretien terminé. Elle allait se contenter de quelques kilomètres, à basse vitesse. 
Ses médecins lui ont dit et répété: l'ischémie cérébrale transitoire (ICT) dont elle a été victime le 24 octobre dernier exige beaucoup de repos. Or, ce mot n'a jamais fait partie du vocabulaire de Danielle St-Amand qui s'est rendue disponible sept jours sur sept auprès de ses concitoyens, et ce, en parcourant annuellement près de 60 000 km entre Trois-Rivières, Québec et Sainte-Thècle afin d'être présente partout en même temps.
D'ailleurs, à ceux qui ont pu protester contre le fait que son adresse principale se situe en dehors du comté qui l'a élue, l'ancienne Trifluvienne s'est toujours fait un plaisir de leur répondre qu'elle était probablement déjà au travail avant qu'ils se servent un premier café... et qu'elle quittait vraisemblablement le bureau alors qu'ils dormaient déjà.
En plus de défendre bec et ongles ses dossiers, la député libérale s'est toujours fait un devoir d'entretenir ses relations avec son monde, quitte à transmettre tard le soir ses voeux d'anniversaire personnalisés à l'un ou l'autre de ses quelque 4300 amis Facebook.
Danielle St-Amand ne s'en cache pas, elle a nié la fatigue qui s'est accumulée depuis cinq ans et elle en paie le prix aujourd'hui. Cette semaine, la politicienne a confirmé qu'elle ne sera pas candidate aux prochaines élections provinciales. Pause forcée. «Ma tête va super bien, mais mon corps ne suit pas. Le plus difficile, c'est de ne pas avoir de gaz quand tu en as eu toute ta vie», avoue celle qui ne se sent pas en vacances puisqu'elle n'a pas l'énergie pour en profiter pleinement.
Nouveau chapitre
Les murs de sa maison sont colorés de photos de famille et de tableaux d'artistes peintres trifluviens. Sur les meubles et les étagères se bousculent des dizaines de livres qui ont à peu près tous en commun le thème de la spiritualité. 
D'un tempérament passionné, Danielle St-Amand a toujours été en quête de sens et c'est en se plongeant dans ses livres, en faisant des retraites de silence à l'abbaye de Saint-Benoît-du-Lac ou en se rendant «assez souvent» à la messe des Ursulines, des Filles de Jésus et du curé de Sainte-Thècle, qu'elle aspire plus que jamais à la sérénité. «La spiritualité a toujours fait partie de ma vie», concède la femme de bientôt 50 ans. Mme St-Amand porte une petite croix dorée au cou, alors que des statuettes de Bouddha trônent sur son piano. 
«Ma religion est celle du coeur», dit-elle simplement avant de suggérer le titre d'un ouvrage, puis celui d'un autre, des bibles à ses yeux. Quand elle aime un auteur, c'est pour toujours. C'est plus fort qu'elle, Danielle St-Amand a besoin de partager ses réflexions sur la vie, mais aussi sur la mort.
Elle n'avait que 18 ans quand son frère Pierre, alors âgé de 26 ans, s'est suicidé. «J'étais très proche de lui», souligne Mme St-Amand qui a entendu le coup fatal provenant d'une autre pièce de la maison familiale. «Avec un suicide, tu n'as pas de réponse. J'imagine qu'inconsciemment, j'en cherche depuis ce temps-là», laisse-t-elle tomber avant de parler du moment intime et privilégié qu'elle a pu partager en décembre 2012 avec sa mère, alors gravement malade.
«Elle m'a demandé si j'étais prête à l'accompagner», raconte Danielle St-Amand qui, pendant quatorze jours et nuits, est demeurée au chevet d'une femme qui se savait condamnée. Ensemble, elles ont bu du vin, mangé des fruits de mer, choisi les vêtements, les prières et les chants pour les funérailles à venir... «J'ai composé son hommage et je lui ai lu. Ma mère me disait qu'elle se trouvait extrêmement chanceuse de vivre un moment aussi riche», ajoute-t-elle, reconnaissante à son tour.
Claire St-Amand est décédée le 4 janvier 2013 et elle ne le sait peut-être pas, mais la fierté qu'elle a exprimée pour sa fille quatre mois auparavant compte parmi les plus beaux souvenirs de la députée.
Le 4 septembre 2012, journée d'élection générale au Québec, Danielle St-Amand était entourée de ses proches, sa mère de 82 ans en tête, pour célébrer sa réélection après une lutte serrée. «Je suis heureuse de lui avoir permis de vivre un moment fort en politique», souligne Danielle St-Amand avec la satisfaction du travail accompli.
Danielle, Martine et les beaux malaises
Danielle St-Amand a toujours pensé que l'unité régionale devait s'élever au-dessus de toute partisanerie. Un an après avoir rigoureusement défendu la réfection de la centrale nucléaire, elle est sortie blessée d'une bataille où, sur le plan personnel, elle a perdu quelques illusions.
Le vendredi 21 février 2013, le nom de la députée libérale de Trois-Rivières est sur toutes les tribunes, associé à celui de Martine Ouellet, ministre des Ressources naturelles. Les députés péquistes des comtés de Champlain et Saint-Maurice, Noëlla Champagne et Luc Trudel, dénoncent leur homologue régionale sur la place publique. 
Durant une séance de travail dans le cadre de la commission parlementaire sur le déclassement de Gentilly-2, Danielle St-Amand a tenu des propos injurieux à l'égard de la ministre Ouellet. On a rapporté que des «va chier» et «crisse de folle» sont sortis de la bouche de la députée.
«Nous étions dans une discussion assez musclée, à huis clos», admet Danielle St-Amand. Elle s'est emportée quand il lui est apparu évident que la ministre n'avait pas l'intention de déposer le rapport des travaux alors que plusieurs intervenants de la région plaidaient sans relâche pour la survie de la centrale nucléaire.
«Je n'ai jamais dit qu'elle était une crisse de folle. Ce n'est pas mon genre. J'ai dit: ''Crisse! T'es folle. Ça ne se peut pas qu'il n'y ait pas de rapport. Ça ne marche pas ton affaire!''», tient à nuancer Danielle St-Amand qui prétend que des altercations entre politiciens sont fréquentes durant les séances de travail et on n'en parle pas autant dans les médias.
«Ce qui m'a le plus attristée, c'est de voir que 24 heures plus tard, une députée ait utilisé cet événement-là purement par partisanerie politique», déplore Mme St-Amand. «Les gens me connaissent. J'ai un langage coloré, mais je n'ai jamais aimé la confrontation. Je suis une fille de négociation et de concertation», assure-t-elle dans la quiétude de sa demeure où, à pareille date l'an dernier, elle était venue se réfugier.
Après s'être excusée publiquement pour ses mots grossiers à l'endroit de Martine Ouellet, Danielle St-Amand a quitté Québec pour rentrer à Sainte-Thècle. Elle raconte: «Je suis revenue chez nous et je me suis roulée en petite boule sur mon divan pendant deux semaines. J'étais vraiment malheureuse d'avoir porté ombrage aux gens de Trois-Rivières, mais aussi parce que mon mari et mes enfants se sont fait dire toutes sortes d'affaires».
Durant la tempête, Danielle St-Amand a pu compter sur le soutien constant de sa famille et de ses amis, dont l'ex-ministre libérale, Line Beauchamp, qui s'est pointée à Sainte-Thècle pour la sortir de son divan...
Puis est survenu le décès de Monseigneur Claude Thompson. La députée de Trois-Rivières a quitté sa tanière pour assister aux funérailles de cette grande figure trifluvienne de la musique au Québec. Croyante, elle avait également besoin de se retrouver dans un lieu où on prêche le pardon.
Au moment d'arriver sur place, Danielle St-Amand a cependant réalisé que l'endroit allait être rempli de personnes qui avaient nécessairement une opinion sur les paroles offensantes de leur députée à l'égard de la ministre Ouellet. Toutes les congrégations et tous les curés du coin étaient là. Malaise.
«J'avais honte de me présenter parce que j'avais sacré», confesse la politicienne qui est néanmoins entrée dans la cathédrale, s'est faite toute petite en ne sachant pas trop où prendre place, puis une voix s'est élevée, celle de soeur Estelle Lacoursière.
«Danielle, viens-tu t'asseoir avec nous autres?», lui a-t-elle spontanément proposé. Les larmes aux yeux, la députée de Trois-Rivières a demandé à son tour, hésitante: «Ça ne vous dérange pas?» La réponse et le sourire de la religieuse ne se sont pas fait attendre: «C'est sûr que ça ne nous dérange pas et à part ça, j'te souhaite la paix du Christ!»