Sylvie Lampron

La cuisinière des enfants

Des enfants de familles à faible revenu du quartier Adélard-Dugré, du niveau de la maternelle à la 1re secondaire, ont droit à un déjeuner sain et nourrissant. Et depuis cinq ans, Sylvie Lampron, qui reçoit de l'aide dans sa mission, voit à ce que ces jeunes commencent la journée du bon pied. Un accomplissement qui a une incidence plus qu'intéressante sur la performance de ces écoliers dans leurs études.
Banale comme action? Pas du tout. Femme au grand coeur? Assurément. «Ça commence très tôt le matin. Les jours d'école, on se lève à 5 h. J'arrive au local à 6 h, je prépare la partie froide du déjeuner (fruits, fromage, yogourt, céréales, lait, jus, eau), et de 6 h 30 à 7 h 45, on sert les déjeuners avec rôties, bagels, «grilled-cheese» et oeufs durs. Il n'y a pas beaucoup de gens dans le secteur qui voulaient venir. Comme je suis une grand-maman et que j'avais de la disponibilité, je me suis impliquée», confie-t-elle.
Il ne s'agit pas ici du Club des petits déjeuners tel qu'il existe, car l'école Sainte-Thérèse n'est pas équipée pour offrir un tel service. Qu'à cela ne tienne, on a opté pour une autre avenue. «La Ville a décidé de s'impliquer en nous donnant l'opportunité de faire des collectes de fonds pour les enfants. Ainsi, les dirigeants de l'école ont constaté une grande amélioration des enfants sur le plan scolaire. Ce qui fait que le programme des déjeuners se poursuit», fait-elle valoir.
«Quand ils arrivent le matin, ils sont encore endormis. Mais quand ils partent, ils sont pleins d'entrain pour la journée», enchaîne-t-elle avec une grande satisfaction.
Notre Tête d'affiche se rappelle avoir entendu une conversation entre deux petites copines alors qu'elles déjeunaient. «L'une dit à l'autre: "Sais-tu pourquoi j'aime venir ici?'' Devant la réaction négative de son amie elle répondit: "Premièrement, je déjeune avec mes amis. Deuxièmement, le monde est toujours de bonne humeur ici. Et troisièmement, je pars pour l'école avec mes amis.''»
Mme Lampron retire bonheur et sérénité de son implication. «Le matin, quand ta journée commence mal, tu n'as qu'à regarder le sourire des enfants. Des fois, je suis dans la cuisine et j'entame une chanson. Ce n'est pas long avant que les enfants unissent leurs voix à la mienne. Juste leurs sourires et leurs succès scolaires, c'est énorme. Et en plus, je me lève de bonne heure: donc, j'ai le temps de voir passer ma journée. C'est plaisant.»
Le dévouement de Mme Lampron ne se limite pas qu'au déjeuner. Une fois sa tâche accomplie, elle n'hésite pas à accompagner les enfants à l'extérieur jusqu'à ce que l'autobus scolaire passe les prendre. Et c'est sans compter que le dimanche soir, elle va à l'épicerie pour faire les achats nécessaires pour la semaine afin que les produits (comme les fruits) soient le plus frais possible.
Selon «la cuisinière des enfants», il y a espoir que la situation change cette année à Sainte-Thérèse. «En principe, les déjeuners devraient débuter à l'école en septembre 2014.» Les gens concernés devraient être fixés le mois prochain.
Aussi longtemps qu'elle se souvienne, Mme Lampron a toujours fait du bénévolat. Elle se souvient encore très bien du moment où le déclic s'est fait. Issue d'une famille de six enfants, elle allait à l'école primaire. Son père travaillait et sa mère ne pouvait pas s'occuper de tous ses marmots en même temps. C'est ainsi qu'elle a eu de l'aide.
«C'était un Africain qui était venu faire des études pour être professeur. Il m'aidait avec mes devoirs et mes leçons. Il faisait cela bénévolement. Et un jour, je lui ai demandé pour quelle raison il faisait cela pour moi. Il m'a répondu: "Je sens que je suis utile à quelqu'un''. C'est là que j'ai pris goût au bénévolat".» Ses débuts ont pris la forme d'aide à deux personnes âgées pour qui elle faisait des courses.
Mme Lampron est heureuse quand elle aide les autres. Il n'est pas rare que ce soit les enfants qui profitent de son dévouement, car elle fait aussi partie du conseil d'administration de la maison des jeunes Action-jeunesse et de la maison Coup de pouce, dans le même secteur de la ville.
Ne se limitant pas aux jeunes (et aux ados), elle admet qu'elle aime leur compagnie. «Tout m'intéresse. C'est sûr que j'ai une attirance vers eux: ça prend des jeunes autour de moi. Je suis comme ma grand-mère. Mais si on a besoin de moi pour les personnes âgées, il n'y a pas de problème: je vais répondre présente.»
Vous pouvez entendre l'entrevue avec notre Tête d'affiche dans l'émission matinale Chez nous le matin, animée par Frédéric Laflamme, au 96,5 FM, entre 6 h et 9 h, ainsi que le reportage présenté au Téléjournal Mauricie du dimanche.