Les coupes forestières sont suspendues en territoire atikamekw.

La Cour donne raison aux Atikamekws

Le Conseil des Atikamekws d'Opitciwan a obtenu gain de cause devant la Cour supérieure du Québec, mercredi. Le juge a ordonné la suspension des coupes forestières orchestrées par l'entreprise Rémabec sur le territoire ancestral d'Opitciwan jusqu'au 15 septembre. Les discussions devront reprendre avec le gouvernement du Québec dans un délai de trois semaines.
Christian Awashish
Le président, chef des opérations et actionnaire fondateur du Groupe Rémabec, Réjean Paré.
«C'est un très grand soulagement! Je suis très content pour la famille. On ne demandait que ça, l'arrêt des opérations. Maintenant, il faut que de véritables consultations se fassent», a lancé Christian Awashish, chef du Conseil des Atikamekws d'Opitciwan.
Cette décision fait suite à la demande d'injonction déposée le 21 août dernier par le Conseil d'Opitciwan. Les élus demandaient l'arrêt de l'opération spéciale de récupération de 200 000 m3 de bois lourdement endommagé par des vents violents qui ont sévi dans le secteur à l'automne 2015. 
Il s'agit d'une partie du territoire qui représente également la dernière portion de forêt mature du territoire de la famille Weizineau selon les Atikameks. Le Conseil avait affirmé et dénoncé le fait qu'il n'avait pas été consulté.
«Le juge a considéré que le plus grand préjudice dans tout ça était subi par la famille parce que ça portait atteinte à notre culture», a noté Christian Awashish peu de temps après sa sortie de l'audience.
La suspension des travaux a été accordée afin que le gouvernement et l'entreprise «mènent de véritables consultations sur l'objectif du plan spécial de coupes forestières tout en assurant une protection des zones d'intérêts de la famille».
Le groupe Rémabec a réagi par voie de communiqué au jugement rendu, mercredi. 
Arbec, Bois d'oeuvre inc. et Rébec inc. (deux filiales du Groupe Rémabec) ont mentionné qu'ils allaient se conformer à la décision rendue à l'égard de la demande judiciaire déposée par les Atikamekws d'Opitciwan. 
Le groupe Rémabec a tenu à insister sur le fait qu'aucun reproche ne lui a été fait dans le jugement. «Il questionne plutôt la conduite du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) qui devait, selon le tribunal, consulter la Bande avant d'ordonner les opérations forestières conduites par Arbec, Bois d'oeuvre inc. et Rébec inc. Les opérations forestières ont cessé suivant la réception du jugement, respectant ainsi l'ordonnance du tribunal».
«Le juge nous a indiqué que s'il y a eu défaut de consultation de la part du ministre, nous pourrions avoir un recours contre le gouvernement pour les pertes encourues», a souligné Réjean Paré, président et chef des opérations. 
«Cet arrêt des opérations forestières représente assurément des inconvénients et dommages importants pour nous ainsi que pour les travailleurs forestiers. Notre équipe s'affaire d'abord à revoir son plan annuel de récolte, qui doit être rapidement remanié et ensuite, nous évaluerons le préjudice causé par cet arrêt», a poursuivi M. Paré.
Un jugement favorable aux Atikamekws
Selon le Conseil des Atikamekws, le juge a mis en lumière dans son jugement plusieurs lacunes quant à la façon de procéder du gouvernement et il a mis l'accent sur les inconvénients subis par les Atikamekws. 
«Il (le juge) note dans un premier temps que l'information préalable remise au Conseil d'Opitciwan était insuffisante et n'accordait pas un délai suffisant pour permettre au Conseil d'analyser la demande et de préparer des solutions. Il stipule également que le plan de travail n'avait pas été exposé dans son entièreté, particulièrement quant à la méthode et le contexte de récolte. Il ajoute enfin que la décision avait été prise par le ministère avant même de tenter de consulter et de donner un avis, ce qui est nettement insuffisant. Enfin, le juge a cru bon de souligner que les préjudices à la culture et aux pratiques traditionnelles des Atikamekws étaient supérieurs aux inconvénients de l'entreprise qui doit arrêter les coupes et l'exploitation commerciale de la forêt», a fait savoir le Conseil.
Aucune rencontre n'a encore été prévue pour discuter du dossier, mais on espère que les discussions pourront débuter le plus rapidement possible.
«On veut exposer au gouvernement qu'il y a des zones sensibles où on ne peut pas aller. [...] On veut bien comprendre c'est quoi le plan spécial. Il a été déposé seulement lundi devant le juge», a souligné M. Awahish.
Le groupe Rémabec a fait savoir pour sa part qu'il demeurait en mode collaboration. «Nous avons déjà écrit au MFFP et aux Atikamekws pour confirmer notre intérêt et notre ouverture à participer à cette rencontre afin de maintenir les liens avec la communauté Atikamekw avec qui nous collaborons de façon harmonieuse depuis des années», conclut M. Paré.