Bertrand Godin, ancien pilote de course automobile maintenant instructeur à l'École nationale de police.

La conduite hivernale pour les nuls avec Bertrand Godin

Neige abondante, poudrerie, pluie verglaçante... Du pire au meilleur conducteur, une erreur de jugement est vite arrivée. Une collision et les secours aussi. Au terme d'une semaine où le froid polaire et la chaussée glissante ont agrémenté les conversations autour de la machine à café, place aux conseils de Bertrand Godin sur la conduite hivernale. Éviter de prendre le clos, ça s'apprend.
Pas évident de démarrer avec, côté passager, l'ancien pilote de course automobile devenu instructeur à l'École nationale de police, à Nicolet. Le gars est gentil et charmant, mais il n'y a pas de risque à prendre. Quand il boucle sa ceinture de sécurité, on jette un coup d'oeil dans ses angles morts.
«Je te conseille d'enlever les gants», dit-il avant de s'élancer dans une théorie voulant que même engourdies par le facteur éolien, nos paumes sur le volant ressentent davantage les vibrations de la route. Par solidarité, Bertrand Godin parle et gesticule à mains nues. J'aurais dû me méfier. C'était pour mieux agripper la mienne. «Mets tes deux mains sur le volant, à 9 h 15», sourit-il en me regardant droit dans les yeux, question de vérifier si je balaie du regard, tel que fortement suggéré, la voie empruntée.
Moi qui croyais impressionner le porte-parole du Salon international de l'auto 2014 de Montréal en gardant ma main gauche à midi et la droite, sur le bras de vitesse, me voilà agrippée à neuf heures et quart, le positionnement idéal pour se donner toutes les chances inimaginables de réagir au quart de tour lorsqu'on est surpris par une plaque de glace ou malmené par une tempête.
Pendant que nous roulons tranquillement sur une rue noire lustrée d'un quartier résidentiel de Nicolet, Bertrand Godin s'informe de la qualité de mes pneus d'hiver. Plutôt que de lui répondre que je n'en ai aucune idée et poursuivre la discussion sur les nouvelles tendances déco, je le rassure en lui annonçant que dans ma carrière de conductrice, j'enregistre une seule sortie de route. C'était il y a 26 ans, sur l'autoroute 55, à la hauteur de Saint-Étienne-des-Grès, avec la Oldsmobile à propulsion arrière de mon père à qui j'ai confessé mon erreur de jeunesse... l'année dernière. Dans ma malchance, j'ai été chanceuse, j'étais seule sur la voie. La voiture est revenue intacte à la maison, mais pas mon ego.
Bertrand Godin estime qu'on devrait choisir nos pneus d'hiver comme on magasine une nouvelle paire de skis alpins: avec un bel enthousiasme, une grande attention et un budget non négligeable. Ensuite, on devrait emprunter une route comme on s'élance du sommet de la montagne: avec un bon sens de l'observation, des connaissances de base et une grosse dose d'humilité.
«Tu as beau être le meilleur conducteur, s'il n'y a pas d'adhérence sur la route, ton talent vaut zéro», soutient un gars qui a déjà pris le champ «plusieurs fois» à l'époque où il était jeune, inconscient et casse-cou. Assagi et aguerri, Bertrand Godin estime qu'on devrait prendre le temps d'évaluer la chaussée avant de passer à l'action.
«Où placer notre véhicule afin d'optimiser notre sécurité? Comment effectuer un virage dans une tempête? Comment s'ajuster à l'instabilité de la route?», énumère celui qui déplore le manque d'anticipation d'un grand nombre de personnes. On démarre sans se poser des questions et sans, surtout, se remettre en question. «La cause d'une sortie de route, ce n'est pas la vitesse, c'est l'inaction», ajoute le formateur avant d'expliquer qu'un dérapage n'amène pas forcément une perte de contrôle.
«Un dérapage est une perte d'adhérence. Une perte de contrôle survient quand on ne sait pas quoi faire quand on dérape», nuance Bertrand Godin qui reprend ici l'exemple du ski dont la technique consiste à effectuer des virages et des transferts de poids dans la neige folle ou entre des bosses glacées, tout en demeurant en équilibre sur ses planches. Le prof Godin admet que l'avantage avec le ski, c'est qu'on apprend à force de tomber et de se relever. C'est plus embêtant de multiplier les dérapages sur la route.
«Une personne qui conduit régulièrement va mettre de quatre à cinq ans avant d'avoir vécu toutes les conditions possibles de la route», dit-il avant d'ajouter que ces quatre à cinq années de pratique ne font pas de nous des pilotes de course pour autant. Même un pro comme Bertrand Godin n'hésite pas à faire un subtil test de freinage lorsqu'il a un doute sur l'efficacité de l'asphalte blanchi par les abrasifs. Il garde également ses distances avec le véhicule qui le précède, au cas où ce dernier se retrouve en mauvaise posture. Dans les entrées et les sorties d'autoroute, l'instructeur se montre deux fois plus prudent. C'est vrai qu'on y retrouve n'importe quoi, incluant la sloche, une substance et un anglicisme dont il faut se méfier comme tout le reste.
«Être prudent ne veut rien dire si tu n'es pas capable de reconnaître les dangers», affirme Bertrand Godin qui, dans une tempête, baisse le volume de sa radio pour bien entendre le son de son moteur, un indicateur sur la façon dont réagissent les pneus sur la chaussée.
La conduite hivernale est complexe. La Oldsmobile qui dérape en est un bel exemple. La présence d'un système anti-blocage de roues n'aurait rien changé. Freins ABS ou non, Bertrand Godin rappelle qu'un véhicule ne sait pas dans quel angle il va se retrouver. C'est à nous de le guider. Idéalement, il aurait fallu que la conductrice inexpérimentée sur l'autoroute 55 relâche l'accélérateur et regarde là où elle voulait orienter sa voiture. Elle n'aurait pas dû fixer, terrorisée, le banc de neige sur l'accotement, l'endroit exact où la voiture du paternel a atterri.