Le chef du NPD, Thomas Mulcair.

La Coalition Proprio-Béton lance un appel à l'aide à Ottawa

La Coalition Proprio-Béton a tenu une conférence de presse à Ottawa, lundi, en compagnie du chef du NPD, Thomas Mulcair, dans l'espoir de sensibiliser le reste du Canada au drame de la pyrrhotite qui sévit en Mauricie depuis quatre ans.
Malgré des appels à l'aide répétés acheminés au gouvernement de Stephen Harper, depuis quatre ans, par l'entremise du député de Trois-Rivières, Robert Aubin et de la députée de Berthier-Maskinongé, Ruth Ellen Brosseau et malgré des demandes de la Ville de Trois-Rivières et même du gouvernement du Québec, Ottawa maintient son refus de verser toute forme d'aide financière aux victimes.
Interrogé par Le Nouvelliste, lundi, le chef du NPD estime que le mot qui résume le mieux l'attitude des Conservateurs, dans ce dossier, est «entêtement.»
«On voit, par leur comportement méprisant et le fait qu'ils envoient systématiquement Denis Lebel pour dire n'importe quoi, (que) c'est une manière d'envoyer paître les Québécois des régions», déplore Thomas Mulcair qui en est à sa deuxième conférence de presse sur la pyrrhotite.
Lundi, la Coalition a publié une analyse portant sur les impacts économiques et sociaux de la pyrrhotite en Mauricie, analyse réalisée à partir des informations recueillies par l'organisme depuis le début de la crise et à partir d'un sondage auquel 299 victimes ont participé.
Il en ressort que 59 % des victimes qui ont répondu au sondage ont indiqué avoir contracté leur prêt hypothécaire auprès de la Société canadienne d'hypothèque et de logement (SCHL), organisme canadien responsable de l'habitation.
Si un nombre important de répondants en viennent à rendre leurs clés pour incapacité de paiement, la SCHL devra alors faire face à des millions $ de travaux pour reconstruire les fondations des maisons avant de pouvoir les revendre, fait valoir la Coalition. Le gouvernement fédéral est donc impliqué malgré lui.
C'est qu'il en coûte en moyenne entre 150 000 $ et 175 000 $ pour remplacer une seule fondation. Il faut ajouter à cela le montant de la taxe sur les produits et services (TPS), ce qui ajouterait des millions $ de plus à la facture régionale, indique la Coalition.
Le document de la Coalition rappelle que le gouvernement fédéral a versé plus de 125 millions $ à 700 victimes d'une inondation survenue en 2007 à Red Earth, en Saskatchewan. Il a aussi versé plus de 40 millions $ aux 1300 victimes d'une inondation survenue à Melita, au Manitoba, en 2005 et 142 millions $ aux 7030 victimes de l'inondation de High River, en Alberta, en 2005.
La tragédie ferroviaire de Lac Mégantic, qui a fait 47 victimes, a quant à elle fait l'objet d'une aide financière de 180 millions $ d'Ottawa, l'an dernier. Le document signale aussi que le problème de pyrite dans la région de Montréal, en 1996, qui avait aussi touché 5000 propriétaires, avait fait l'objet d'un soutien de plus de 17 millions $ du gouvernement fédéral. Le fonds avait d'ailleurs clôturé son activité avec 13 millions $ inutilisés.
En Mauricie, où le béton de 5000 fondations contient de la pyrrhotite, Ottawa s'obstine à ne rien donner pour aider les victimes et la région, et ce, même si le drame s'étend aussi à des infrastructures municipales, institutionnelles et provinciales.
Depuis quatre ans, la Coalition Proprio-Béton lance des appels à l'aide à Ottawa pour soutenir les victimes qui doivent faire démolir et reconstruire à grands frais les fondations de leur maison. Même si la Ville de Trois-Rivières et l'Assemblée nationale du Québec ont aussi demandé la contribution du gouvernement canadien pour faire face à cette catastrophe évaluée à plus de 1 milliard $, le gouvernement de Stephen Harper fait la sourde oreille et estime que la tragédie ne concerne que le gouvernement provincial.
La Coalition réclame une aide de 125 millions $ d'Ottawa sur une période de cinq ans. Elle rappelle que le gouvernement du Québec a déjà fourni 30 millions $ tandis que l'aide municipale se chiffre à 10 millions $.
Selon les statistiques recueillies par la Coalition, la majorité des victimes de la pyrrhotite qui ont répondu au sondage ont entre 35 et 49 ans. Il s'agit principalement de couples avec enfants. Ils sont 65 % à être couverts par un plan de garantie de maison neuve et 80 % ont contracté un prêt hypothécaire pour l'achat de leur résidence.
Dans 21 % de cas, les coûts estimés pour réparer les dommages varient entre 125 000 $ et 149 999 $ tandis qu'ils se chiffrent entre 150 000 $ et 174 999 $ pour 19 % des répondants. Pour 44 % des répondants, l'impact financier sera difficile à supporter ou les plongera dans une situation de vulnérabilité extrême.
Cette situation est pénible pour la Mauricie qui a récemment été frappée par plusieurs autres drames économiques comme la fermeture de Gentilly-2, de l'Aluminerie de Shawinigan et de la Coop fédérée.
La Coalition signale que la pyrrhotite représente aussi un problème de santé publique puisqu'elle est à l'origine d'arrêts de travail, de dépressions, d'épuisement, d'isolement et de consommation de médicaments. La présence de moisissures dans les maisons entraîne aussi des problèmes de santé variés.
Au bureau du ministre responsable du dossier, Jason Kenney, on a fait valoir à nouveau, lundi, que le problème de la pyrrhotite ne relève pas des compétences du gouvernement fédéral. Thomas Mulcair est totalement en désaccord avec cette position et entend continuer à faire de la sensibilisation auprès de ses collègues à Ottawa.
En collaboration avec La Presse