Julie Boulet a fait le point, jeudi, après avoir été écartée du Conseil des ministres.

Julie Boulet: «Je suis une battante»

«Je continue. Je ne reste pas à terre. Je me relève. Je vais bien faire mon travail de députée et je ne le ferai pas à moitié. Je suis une battante et c'est ce que je vais continuer de faire, me battre pour la Mauricie qui a de grands besoins.»
<p>Julie Boulet a concocté un traditionnel spaghetti à son mari, jeudi, mais aussi à ses invités, journaliste et photographe.</p>
C'est une Julie Boulet qui commençait à se ressaisir, après le choc de la veille, qui avait accepté de nous recevoir à son domicile de Shawinigan, en fin de matinée jeudi matin. «Il y a pire que cela dans la vie. Ç'aurait pu être une mauvaise nouvelle concernant un de mes enfants, par exemple. Faut revoir cela, remettre tout cela en perspective», racontait-elle, avec un brin de philosophie.
Ce qui ne l'empêchait pas d'être encore un peu secouée que son chef Philippe Couillard ne l'ait pas nommée à son Conseil des ministres et de ne pas comprendre les raisons. «Ne me demandez pas pourquoi, je ne le sais pas», a-t-elle répété. Toutes les explications qui ont pu être avancées pour justifier le choix du premier ministre ne lui apparaissent pas fondées, même le fait de ne l'avoir pas appuyé lors de la course au leadership du parti.
Bien au contraire, ses relations avec Philippe Couillard avaient toujours été chaleureuses. Ses interventions comme critique de l'opposition dans le dossier de la forêt l'avaient rapprochée de son chef auquel elle avait expliqué tous les enjeux de cette industrie. Elle était même allée le soutenir dans Roberval durant la campagne électorale où elle avait rencontré avec lui des travailleurs de l'industrie forestière. Elle l'avait aussi accompagné quelques semaines plus tôt sur la Côte-Nord pour une visite des alumineries de la région.
Cela pourra surprendre, mais malgré tout ce qui avait pu être suggéré sur ses hésitations à être à nouveau candidate à la dernière élection, elle était plus décidée que jamais à remettre ça. À cause de Philippe Couillard.
«C'est vrai qu'à l'élection précédente, je n'étais pas convaincue de vouloir continuer. J'étais un peu lasse de la joute parlementaire. Ce que j'aime, moi, c'est monter des dossiers, les défendre et les porter à terme, surtout ceux de ma région. Mais cette fois-ci, c'était décidé. J'avais vraiment le goût de faire équipe avec Philippe Couillard, de relever de nouveaux défis. C'est un homme d'une grande intelligence. D'une intelligence supérieure. Il m'inspirait. Je me suis sentie redynamisée. Il va devenir un grand premier ministre.»
Le choc en a donc été d'autant plus grand quand elle a compris, contre toute attente, qu'il n'allait pas l'appeler à son cabinet, même pas pour ce nouveau ministère de la Forêt qui lui semblait promis et pour lequel elle était la candidate la mieux préparée.
Elle en avait eu le pressentiment lors de l'assermentation des députés libéraux, la semaine précédente. Des regards qui fuient, des attentions moins prononcées, des poignées de main molles? «Je ne saurais dire. Mon instinct de femme, peut-être. Mais j'avais déjà un mauvais sentiment à cet égard.»
Mardi, la veille de la présentation du nouveau cabinet, il n'y avait plus de doute dans son esprit. Elle n'attendait plus d'appel de Québec. «Même si je savais qu'à la dernière minute, il se fait parfois des petits réajustements ministériels, je ne me faisais plus d'illusion.» Elle avait compris que l'appel n'allait pas venir. Si ç'avait dû être le cas, il serait rentré plus tôt.
Elle s'est dès lors plongée dans sa bulle et y restera toute la journée de mercredi. On le sait, elle ne s'est pas rendue à Québec. Elle n'a pas non plus ouvert le téléviseur. «Il faut se protéger. J'ai fait ce que je fais dans de telles circonstances. J'écoute de la musique. Je lis. Je fais des marches. Je vais magasiner.» Non, cette fois-ci, elle n'a pas fait de shopping. Elle s'est repliée chez elle pour y vivre sa douleur.
Julie Boulet ne fera pas de cachette. Elle ne s'attendait pas du tout à ne pas faire partie du Conseil des ministres. «Ce n'était pas prévisible». Même avec un peu de recul, elle n'en trouve toujours pas les explications. Elle a vécu durement ce grand moment d'incompréhension. «Ça été pénible pour moi. Je suis déçue. J'ai été blessée. Mais il faut guérir sa plaie. J'ai éprouvé plus de peine que de rage.» Elle n'a pas claqué le plancher du talon, ni échappé de gros mots, comme elle sait le faire quand elle veut faire bouger les choses.
Même si on pouvait la sentir encore très affectée et que les larmes (elle a beaucoup pleuré) étaient encore difficilement refoulées, la vie avait déjà repris son cours un peu plus normal dans la maison familiale jeudi midi et les sourires réapparaissaient. Sam, le springer anglais, sentait moins le besoin de coller sa maîtresse, comme il l'avait fait les jours précédents. «Il sent nos sentiments.»
Et pour le repas de Marc, son mari, elle avait fait bouillir une grande casserole de pâtes et fait dégeler la sauce à spaghetti qu'elle avait préparée avant le déclenchement des élections. Une façon de réconforter son compagnon de vie de trente ans qui la réconfortait en contre-partie par ses bons mots. «Toute la famille, on est derrière elle à 100 %», dira-t-il, en la félicitant sur le bon goût de sa sauce. «Même quand elle était ministre et que son temps était compté, elle préparait toujours les repas de la famille pour toute la semaine à venir.»
Elle a quatre ans et demi devant elle, comme députée de Laviolette. Elle entend compléter son mandat. «Être députée, c'est ma première satisfaction. Je ne suis peut-être pas ministre, mais j'ai mes entrées partout à Québec. Je vais continuer d'avoir mes accès privilégiés et pouvoir y plaider mes dossiers.» Sans compter que d'ici les prochaines élections, il va forcément y avoir au moins un remaniement ministériel. Qui sait? Elle y pense.
En attendant, rien de spécial n'est prévu pour se changer les idées. Si ce n'est quelques moments de repos au chalet familial du lac des Piles, quand il aura dégelé.