René Richard Cyr a confié à Éveline Gélinas le rôle de Bec-de-Lièvre dans Le chant de Sainte Carmen de la Main. La comédienne originaire de Saint-Boniface se dit privilégiée de faire partie du projet.

Jouer du Tremblay est un privilège pour Éveline Gélinas

La comédienne Éveline Gélinas répète le mot «privilège» à quelques reprises pendant l'entrevue. Non pas qu'elle manque de vocabulaire, au contraire, mais il est clair que sa participation au spectacle Le chant de Sainte Carmen de la Main représente pour elle un cadeau professionnel à apprécier et à chérir.
Diplômée de l'École nationale de théâtre du Canada en 2001, l'artiste originaire de Saint-Boniface a également perfectionné son chant auprès de Monique Cardinal de 2002 à 2005. Elle a déjà pu exploiter le mariage entre le jeu et la chanson dans les comédies musicales Les parapluies de Cherbourg et L'homme de la Mancha, toutes deux mises en scène par René Richard Cyr, le même qui l'a sollicitée pour Le chant de Sainte Carmen de la Main, d'après la pièce de Michel Tremblay.
«J'étais tellement contente! Quand on nous demande de jouer du Tremblay, c'est un honneur. On peut penser que c'est comme jouer du québécois du quotidien, familier, mais ça n'a rien à voir! C'est une langue à part. Pour moi, jouer du Tremblay, c'est comme jouer du Shakespeare ou du Molière. Michel Tremblay, c'est notre auteur classique québécois», commence Éveline Gélinas.
«Ça demande toute une rigueur, mais c'est stimulant et prestigieux. La langue de Tremblay n'a rien du lieu commun. Ce n'est pas un parler du quotidien. C'est un calque sur les tragédies. Quand on l'interprète, il faut un soutien incroyable, ça demande un souffle comme dans la tragédie», poursuit celle qui avait plongé dans l'univers du dramaturge en incarnant Manon dans À toi pour toujours ta Marie-Lou en 2011.
Dans la galerie de personnages qui peuplent les romans, chroniques et pièces de Michel Tremblay, Manon est la soeur de Carmen, toutes deux filles de Léopold et Marie-Louise (Marie-Lou) Brassard. Le personnage de Carmen se retrouve au coeur de la pièce Sainte Carmen de la Main, créée en 1976, et revisitée en version musicale par René Richard Cyr et Daniel Bélanger en 2013.
Éveline Gélinas y personnifie Bec-de-Lièvre, une employée du club où chante Carmen, et que celle-ci prendra un peu sous son aile. «Elle représente ce que Carmen veut accomplir. Le message de Carmen est que si on donne confiance aux gens, peut-être qu'on peut découvrir des talents cachés, et peut-être qu'on pourrait changer le monde. Bec-de-Lièvre reçoit ça en plein coeur. Elle qui gardait les toilettes du club, s'ouvre un peu plus. C'est une incarnation du rêve de Carmen», analyse la comédienne et chanteuse.
La Bonifacienne apprécie que son personnage serve en quelque sorte de trait d'union entre le choeur et les personnages principaux. «C'est aussi un privilège de travailler avec Daniel Bélanger. Là aussi, c'est extrêmement stimulant. C'est complexe, exigeant et ça touche droit au coeur», formule-t-elle devant l'expérience de création d'une toute nouvelle oeuvre, en compagnie de l'auteur-compositeur-interprète qui a signé la musique du Chant de Sainte Carmen de la Main.
Tout comme l'interprète de Carmen, Maude Guérin, Éveline Gélinas souligne la résonance du propos de la pièce auprès des publics de partout en province, et non pas seulement de Montréal, où l'action se déroule.
«On parle des éclopés. Même si on ne vient pas du quartier de la Main à Montréal, on veut tous être aimé, on veut que quelqu'un nous donne une chance. Et il y a le thème du rejet: tout le monde a déjà été rejeté! Ça va au-delà du contexte de la Main. Et avec Tremblay, on va au-delà du quotidien, du misérabilisme. Ça touche tout le monde. Je suis vraiment privilégiée de faire partie de ce projet», conclut la comédienne qui éprouve une émotion spéciale à jouer devant les siens, à Shawinigan et à Trois-Rivières.