L'auteur Michel Châteauneuf présente une deuxième aventure de son chevalier Perce-Neige, L'Odyssée de Perce-Neige, un roman de littérature jeunesse aux référents pouvant aussi plaire aux adultes.

Jouer avec les époques

Dans son premier roman jeunesse, Michel Châteauneuf pastichait la chanson de geste pour raconter les aventures de Perce-Neige au royaume d'Engelure, à l'époque (inventée!) du Moyen-Âge québécois. La suite des péripéties du chevalier s'inspire de L'Odyssée d'Homère, et s'amuse encore à mêler et distordre les références temporelles et culturelles avec humour et fantaisie.
Natif de Trois-Rivières et détenteur d'une maîtrise en création littéraire de l'UQTR, Michel Châteauneuf est professeur de littérature au Collège Laflèche depuis 1995. Sur les tablettes des libraires dès demain, L'Odyssée de Perce-Neige est le sixième livre qu'il publie, neuf ans après son premier, La Quête de Perce-Neige, vendu à plus de 3000 exemplaires. Entre les deux, il a entre autres exploré le roman noir.
La quête de Perce-Neige a été écrit dix ans avant sa publication. «Mais ça vient de l'enfance! Je faisais des bandes dessinées, et l'idée d'un Moyen Âge québécois vient d'une maladresse d'un jeune de 11 ans qui racontait les aventures de Perce-Neige, mais en mêlant toutes les époques», commence celui qui s'est par la suite particulièrement intéressé à la chanson de geste lors de ses études en lettres («en texte intégral en ancien français!», précise-t-il).
«Puis comme créateur, je me suis donné le droit de créer le Moyen Âge québécois, selon le principe de l'uchronie, c'est-à-dire la description d'une époque qui n'existe pas. J'ai donc reconstruit cet univers-là en ajoutant des référents pour assurer une cohérence», continue-t-il.
Ainsi, dans l'univers de l'auteur, c'est Érik le Rouge (orthographié Éric Lerouge) qui a conquis l'actuel Québec en drakkar et non Jacques Cartier avec sa Petite Hermine, ce qui permettait de reculer de 1000 ans dans l'histoire.
Michel Châteauneuf a aussi puisé dans les légendes québécoises pour narrer les premières aventures de Perce-Neige, qui devait retrouver le Saint-Graillon afin de ramener le temps doux dans le Royaume d'Engelure, figé dans un hiver perpétuel. Crachoir orné de pierres précieuses, le Saint-Graillon contenait le crachat d'Éric Lerouge....
Cette première épopée se déroulait sous le règne de sa majesté Frimas XIII, qui revient dans le deuxième tome, tout comme le sergent d'armes Geaifroid de Labanquise, promu conseiller principal du roi, et les officiers Frisson Deffroi, Sorbet Degivre et Frisquet Dunord.
Dans L'Odyssée de Perce-Neige, le héros part à la recherche de la fiancée du roi Frimas XIII, Rose Latulipe, la reine du carnaval enlevée par des loups-garous.
Les références à L'Odyssée d'Homère - qui raconte le retour d'Ulysse à Ithaque après la guerre de Troie - , sont nombreuses, mais revisitées, évidemment. Le cyclope rencontré sur le chemin de Perce-Neige est complètement aveugle puisque son unique oeil est miné par la cataracte; le cerbère est son animal de compagnie à trois têtes. Quant aux sirènes, elles se révéleront des femmes-lamproies qui croqueront une partie de l'équipage de Perce-Neige.
Le Minotaure et son labyrinthe, aussi tirés de la mythologie grecque, sont également évoqués dans L'Odyssée de Perce-Neige, côtoyant des référents beaucoup plus contemporains et d'actualité. En effet, Michel Châteauneuf a réussi à intégrer la «tour maléfique de Jean Tilly» (oui, Gentilly-2!) et l'exploration pétrolière à l'île d'Anticosti à son histoire médiévale avec références antiques. Le livre est d'ailleurs dédié «aux militants environnementalistes québécois».
Le premier roman jeunesse de Michel Châteauneuf, La quête de Perce-Neige, doit une partie de son succès à son utilisation en milieu scolaire. «Il a été adopté par des profs au secondaire, au collégial et même à l'université comme outil pédagogique au certificat en enseignement», précise l'auteur qui a participé à une centaine de rencontres d'écrivain dans diverses écoles du Québec.
Même les adultes peuvent apprécier pleinement le ton, le style et le scénario des aventures de Perce-Neige. «C'est le principe du film Shrek. Il est conçu pour la famille, mais il contient des clins d'oeil avec des référents plus relevés pour que les adultes ne s'ennuient pas», compare-t-il.
Michel Châteauneuf travaille déjà sur le troisième tome de sa série. Si le premier était plus confiné à la région de la Mauricie et que le deuxième explorait le Québec et son fleuve, le prochain, lui, se déroulera en Antarctique. D'ici là, on pourra rencontrer l'auteur au Salon du livre de Trois-Rivières à la fin du mois.