Le moins que l'on puisse dire, c'est que le choix d'Alexis Deschênes comme candidat dans Trois-Rivières fait jaser dans les rangs péquistes.

Il va être beau sur les poteaux

Il aura suffi de 90 minutes dimanche après-midi à Alexis Deschênes pour que les membres de l'exécutif du Parti québécois de Trois-Rivières, subjugués semble-t-il par sa personnalité et ses propos, portent leur choix sur lui pour être candidat dans Trois-Rivières... à une défection près. On l'aurait «cuisiné» d'aplomb pour vérifier ce qu'il a dans «le ventre, dans la tête et dans le coeur», selon les mots mêmes du président Yves Rocheleau.
On ne sait ce qui les a le plus marqués dans les réponses qu'ils ont obtenues, mais on peut penser que son indéfectible profession de foi indépendantiste est ce qui a le plus secoué dans son «ventre, dans sa tête et dans son coeur», le président Rocheleau.
Avec Deschênes comme avec Rocheleau, on ne fait plus dans la dentelle diplomatique verbale. On parle d'indépendance, de pays, pas de cette mielleuse souveraineté qu'on a traînée longtemps au PQ et encore moins de la mièvre souveraineté-association un peu trop «chicken» à la René Lévesque. C'est «l'indépendance», point final, comme du temps de Chaput ou de Bourgault et de tous ceux qui n'ont pas peur des mots ou de s'enfarger dans les fleurs du tapis national.
Cela réglé, on peut se demander jusqu'à quel point l'exécutif péquiste de Trois-Rivières peut parler de choix, ou d'avoir agi pour stimuler les candidatures. La question est simple.
Des personnes qui auraient été au goût de l'exécutif local ont bel et bien été approchées, mais elles ont toutes décliné l'invitation. Et celles qui auraient aimé qu'on considère leur candidature, comme l'ex-bloquiste Paule Brunelle, l'avocat militant François Rioux ou l'homme d'affaires André Poirier, ont été ignorées.
Même Djemila Benhabib, «trifluvianisée» depuis, n'aurait pas détesté un nouvel essai dans Trois-Rivières. Certes, on a bien invité in extremis l'avocat Rioux à une rencontre polie d'évaluation de sa candidature, mais celui-ci a refusé de s'y rendre. Il avait bien compris que ce n'était que pour la forme et que les dés étaient pipés. Quand on milite depuis toujours au sein du Parti québécois, que ça été le cas de toute la famille, qu'on a pu dans le passé contribuer largement au financement du parti, on n'a plus besoin de présentation. C'est peut-être ça le problème.
C'est d'autant plus frustrant dans les circonstances d'être écarté, surtout quand on laissait flotter son nom dans l'espace public depuis plusieurs semaines.
Quand on s'organise pour ne pas avoir de choix, l'exécutif péquiste peut-il prétendre en avoir exercé un? Si la rencontre avec Alexis Deschênes n'avait pas été concluante, d'une part comme de l'autre, est-ce que cela aurait signifié qu'il ne restait plus de candidat péquiste valable pour Trois-Rivières? Ce ne peut être le cas. Puisqu'il y avait des volontaires à la candidature péquiste, la façon la plus démocratique de régler le cas aurait été de convoquer une assemblée d'investiture et de laisser aux membres la possibilité de faire valoir leur préférence.
On avait encore un peu de temps pour cela d'ici le déclenchement des élections. Alexis Deschênes aurait pu s'y présenter, faire valoir la force de ses idées et de ses ambitions, laisser travailler son charisme et faire sombrer sous le charme qu'on lui prête toute la grande famille péquiste trifluvienne. C'aurait été une bonne pratique, et une belle mise en place, avant de se lancer dans la grande séduction de l'électorat trifluvien.
Les péquistes qui assistaient à sa présentation jeudi matin faisaient valoir les qualités de leur candidat en concluant que c'était là l'essentiel au bout du compte. Il faut reconnaître que l'homme, s'il parvient à refaire les rangs péquistes un peu disloqués en ce moment et à chasser l'idée qu'il est un parachuté, présente de bonnes dispositions.
Homme de communications, puisque c'est un ancien journaliste devenu avocat, il aura d'évidence le contact facile avec les électeurs et une facilité d'expression qui le servira dans ses sorties publiques et dans les débats.
Il a d'ailleurs fait la démonstration jeudi matin qu'il avait une forte capacité d'assimilation en dressant une liste rapide des grands dossiers de sa circonscription et en multipliant les références à la vie trifluvienne. Ou il a rapidement et bien fait ses devoirs, ou il a été plutôt bien «briefé». Il a été premier de sa promotion en droit à Laval et, malgré une tête angélique, on le dit capable de descendre dans la ruelle si nécessaire pour livrer bataille.
Bien sûr, ça ne compte pas. Tout le monde le sait. Mais, lui que ses détracteurs appellent déjà en dérision «Boucles blondes», fera de belles photos sur les poteaux qui n'auront pas eu besoin d'être trop photoshoppées.