La présidente et chef de la direction de Gaz Métro, Sophie Brochu.

«IFFCO sera notre plus gros client» - Sophie Brochu, de Gaz Métro

Selon la présidente et chef de la direction de Gaz Métro, Sophie Brochu, l'entreprise IFFCO ne serait pas venue s'établir dans le parc industriel de Bécancour sans un approvisionnement en gaz naturel.
«Ce sera notre plus gros client», a-t-elle annoncé au Nouvelliste, au terme de sa conférence devant quelque 300 membres de la Chambre de commerce et d'industries de Trois-Rivières.
Le responsable des communications régionales chez IFFCO Canada, Yvan Martin, a confirmé que la question du gaz naturel fut l'un des facteurs importants dans le choix du site pour la future usine de production d'engrais azoté sous forme d'urée.
«Le prix concurrentiel, la capacité d'approvisionnement en fonction de nos besoins et l'existence d'infrastructures de transport ont été de forts incitatifs dans le choix de Bécancour», a-t-il admis.
Cependant, dit-il, d'autres facteurs ont joué en faveur de la région. La présence d'une zone industrielle bien conçue, un site avec accès par bateau, train et camion, des infrastructures de qualité, un approvisionnement sécurisé non seulement en gaz mais aussi en électricité et en eau, une zone tampon entre les activités industrielles et les résidences privées sans oublier la présence d'une main-d'oeuvre qualifiée et disponible.
Il n'en demeure pas moins que le gaz naturel est un intrant nécessaire pour faire de l'engrais azoté. «Les deux tiers de notre consommation serviront de matière première pour obtenir l'hydrogène et le carbone qui, une fois mélangés à l'air, permettront d'obtenir l'ammoniac et le gaz carbonique nécessaires à la production d'urée», signale M. Martin. Et sur la base d'un scénario de production à 120 %, les procédés requièrent la quantité de gaz suivante: 1 025 millions de mètres cube par année.
D'entrée de jeu, l'invitée du jour aura glissé rapidement un mot sur l'entreprise qu'elle dirige: 1400 employés avec près de six milliards d'actifs dont la moitié aux États-Unis. En Mauricie, Gaz Métro compte près de 4500 clients, dont plus de 3000 uniquement à Trois-Rivières.
Outre des établissements tels que l'UQTR et le centre hospitalier qui sont de grands consommateurs de gaz naturel, plusieurs grandes industries font partie de la clientèle régionale: l'Aluminerie de Bécancour, Produits forestiers Résolu, Kruger, CEPSA Chimie, TRT ETGO et Marmen, pour ne nommer que celles-là.
«Oui, notre métier, c'est la distribution de gaz naturel au Québec. Mais on est un grand joueur énergétique», a-t-elle tenu à préciser, évoquant une distribution électrique majeure au Vermont ainsi que l'éolien et le solaire.
C'est sous un angle humaniste qu'elle a posé la question suivante, dans un contexte où les Québécois veulent une société plus juste, plus verte et plus prospère: quelles doivent être nos choix énergétiques?
«Le tiers de la population mondiale n'a pas accès aux formes d'énergie», a fait remarquer celle qui prône le développement durable comme trajectoire énergétique. «Et il faut arrêter d'antagoniser l'économie et l'environnement», renchérit la conférencière.
À son avis, le gouvernement, quel qu'il soit, doit donner l'heure juste à la population et mettre à contribution différentes formes d'énergie, l'hydroélectricité ne pouvant tout faire.
Par exemple, alors que la cible québécoise pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre (GES) est de 25 % d'ici 2020 par rapport à 1990, la baisse enregistrée n'est que de deux pour cent.
«Ça va pas bien. C'est difficile faire du développement durable. Faut prendre les moyens», a-t-elle commenté tout en soulignant que le Québec est tout de même l'endroit avec les émissions de GES les plus faibles, le portefeuille énergétique se répartissant comme suit: 40 % d'électricité, 40 % de produits pétroliers et 13 % à 15 % de gaz naturel.
Or, selon Mme Brochu, pour réduire l'empreinte du pétrole, «on a besoin du tandem électricité-gaz naturel».
Et en matière de transport, source importante de GES, Gaz Métro propose aujourd'hui du gaz naturel liquide pour les camions de marchandises. «Et ça marche pour les navires et les trains», a-t-elle fièrement souligné.
Au plan industriel, Mme Brochu explique que des procédés nécessitent une flamme directe. «C'est plus propre et moins cher», affirme celle qui «ne parle pas de production de gaz de schiste».
Sur ce sujet fort controversé, elle a précisé en entrevue que Gaz Métro n'est pas un producteur de gaz de schiste. «Cela appartient au Québec de déterminer les conditions. Cela se fait ailleurs dans le monde. Il faut comparer les modèles», a indiqué la pdg.
Finalement, la baisse du prix du gaz naturel est synonyme de réduction de coûts et par conséquent, d'attraction de nouvelles entreprises comme IFFCO.
«Il faut qu'on raisonne comme si on était immortel», a conclu celle qui a également touché la question du biométhane au cours de son exposé qui lui a valu une rare ovation debout au déjeuner de la Chambre.