Le maître-chien Patrick Sullivan et Hyke, son collègue de travail.

Hyke, le policier qui jappe

L'agent Patrick Sullivan ne peut plus se passer de son collègue qui s'acquitte de ses tâches avec une efficacité digne de mention. Jamais en train de perdre son temps à bavarder autour de la machine à café.
C'est le partenaire idéal même s'il lui arrive de roupiller sur les heures de job, de lécher la main du boss ou de se désennuyer en déchiquetant une casquette oubliée sur le siège, côté passager.
Le policier et son compagnon de travail se comprennent sans se parler. L'un sait à quel moment précis donner les instructions, l'autre réagit au doigt et à l'oeil. Une question de flair. 
Hyke est un chien, un superbe berger allemand âgé de 5 ans et demi. Il a l'air d'un gentil toutou comme ça, mais ce n'est pas le genre à se laisser gratter la bedaine. C'est un mâle dominant qui ne cherche pas à faire le beau, mais à mettre la main, entre autres, sur les pas fins.
«Pas fins »... L'expression est de Patrick Sullivan, un maître-chien qui ne manque pas d'images pour décrire son quotidien avec un confrère qui trépigne d'enthousiasme chaque fois qu'on lui verse son salaire. Tu as débusqué un suspect en fuite dans le boisé? Bon chien. Tiens, attrape! 
Hyke n'attend que ça, faire ce que le patron lui demande dans l'espoir de mériter sa balle rouge. Son univers gravite autour du jouet en caoutchouc. Il a beau avoir complété avec sérieux une formation pointue pour faire régner l'ordre public et venir en aide à ses concitoyens, aussitôt sa besogne terminée, il veut sa ba-balle. Un gros bébé au fond.
L'agent Sullivan et son associé au pelage noir font équipe depuis trois ans. Assigné au poste de la Sûreté du Québec de Drummondville, le duo se rend là où on a besoin de ses services, un peu partout au Québec.  
Hyke mord dans sa mission à belles dents. Il peut être appelé à intervenir pour dépister une personne disparue, égarée ou en détresse, détecter des drogues, armes ou explosifs, effectuer des rondes lors d'un grand rassemblement, etc. «Tu ne sais jamais ce qui t'attend. C'est Noël tous les jours!»
Patrick Sullivan ne s'ennuie pas aux côtés de son collègue même s'il ne peut pas échanger avec lui sur la pluie et le beau temps, le dernier épisode de District 31, les enfants qui grandissent, les rénos au sous-sol...
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Le flic adore son confrère qu'il ramène chaque soir à la maison, y compris les jours de congé. Entre eux, c'est plus qu'une relation de travail même si chacun dort dans son lit. Hyke n'a pas accès à l'intérieur de la demeure. Il n'a pas été dressé pour être un membre à part entière de la famille. Les trois garçons de Patrick Sullivan le savent. Hyke est le chien de police de papa, un prédateur-né qui ne fait qu'une bouchée du porc-épic qui entrave son chemin. C'est déjà arrivé.
Un chenil a été spécialement aménagé à l'extérieur. Hyke coule des jours heureux dans sa niche isolée et chauffée pour le garder au chaud l'hiver. Le véhicule de la SQ a également été adapté pour offrir le plein confort au patrouilleur canin: tapis, bol d'eau, système automatique qui gère aussi bien le refroidissement que le chauffage de l'habitacle, des croquettes de survie... Manque juste le Wi-Fi.
Les fenêtres du Ford Explorer sont dotées d'un grillage pour empêcher les curieux d'y glisser leurs doigts et «de se faire faire les ongles», indique le policier, sourire en coin, avant de me montrer une manette qu'il porte en permanence à la ceinture. C'est au cas où, à titre d'exemple, un automobiliste fâché de se voir remettre un constat d'infraction aurait envie de monter le ton en ignorant qu'un deuxième patrouilleur ronge son os en attendant de faire appliquer le Code de la route.
L'agent n'a qu'à mettre le doigt sur le dispositif et la porte arrière droite du véhicule s'ouvre toute grande, comme par magie, permettant ainsi au chien de sortir pour aller se mettre au pied de son maître et attendre son signal pour assurer sa protection, quitte à montrer les crocs. Ça n'a pas encore été nécessaire. Par sa seule présence, Hyke a le don de refroidir les esprits échauffés.
Il carbure à l'adrénaline autant que son maître. «Nous sommes deux hyperactifs», souligne le plus bavard d'entre eux avant d'expliquer que chaque matin, il vérifie le niveau d'énergie de son partenaire, examine ses coussinets, s'il a des tiques... Les chiens de l'escouade canine (une dizaine pour la SQ) ne sont pas à l'abri des blessures puisqu'ils travaillent dans toutes sortes de conditions. L'âge de la retraite? Autour de 8 ou 9 ans.
Originaire de Sherbrooke, le policier a dû s'y reprendre à trois reprises avant d'être finalement retenu au concours de recrutement. On exige du candidat d'avoir des connaissances en cartographie, boussole et en race canine, mais surtout une excellente condition physique pour suivre son chien sur la piste de quelqu'un ou de quelque chose.
Patrick Sullivan n'oubliera jamais sa première rencontre avec Hyke. C'était dans le cadre d'un camp d'évaluation en forêt, le dernier test menant au choix final des maîtres de chiens. 
«Il est arrivé avec son chest bombé, comme un king», raconte l'agent qui n'a pas osé le remettre à sa place par crainte de faire une correction inappropriée. Mal lui en prit.
«J'ai eu droit à vingt-et-une morsures! J'avais des bleus à la grandeur du corps et il m'avait déchiré tout ce que j'avais de vêtements», rit encore le policier en caressant le museau de celui qu'il a finalement su mettre au pas, avec un mélange de fermeté et de douceur.
Trois ans plus tard, le respect qu'ils ont l'un pour l'autre ne fait aucun doute.
«Je passe plus de temps avec Hyke qu'avec ma propre famille. Ce n'est pas juste un collègue de travail. C'est mon ami.»