Où va atterrir la collection de voitures de luxe de la famille Demers? Shawinigan est sur les rangs.

Histoire de chars, de très gros chars

Il a beau posséder une Rolls Royce Silver Shadow, une Ferrari Testarossa, une Mercedes grand format, une luxueuse Continental et même un «van» Chrysler hors dimensions, et il en a eu d'autres, mais ça ne lui suffit pas.
Robert Trudel, le directeur général de la Cité de l'énergie, en voudrait 500 autres, des voitures de valeurs inestimables. Il a évidemment des vues sur la plus prestigieuse collection d'automobiles au monde. Celle de la richissime famille Demers, de Thetford Mines, qui veut absolument la garder au Québec, dans la mesure où une ville ou une organisation leur fera une proposition de mise en valeur à la mesure de la collection.
La famille Demers, qui a fait fortune dans les mines, l'immobilier et la distribution, collectionne les plus belles voitures au monde depuis une centaine d'années. Mais on a jugé que le moment était venu de disposer de la collection, d'en faire profiter idéalement le Québec afin de valoriser, dans la mentalité des Québécois, l'esprit d'entreprise, en démontrant que rien n'est hors de portée à qui a de l'audace et le désir de réussir. C'est une oeuvre pédagogique qu'on veut réaliser.
Car la famille Demers ne demande pas un sou pour sa collection. Simplement qu'elle puisse être logée dans un espace qui lui convient et qui est forcément d'exception et qu'elle devienne accessible au grand public. On vient de partout de par le monde faire la visite des bâtiments de Thetford Mines où les voitures sont entreposées.
Des visites pour lesquelles on exige quelques milliers de dollars, parce que ce sont plutôt de richissimes visiteurs qui s'y présentent. Les revenus, et ils peuvent dépasser le million de dollars en une seule année, sont redistribués à des oeuvres caritatives.
Mais depuis la fin de l'année, quand Roger Demers, le porte-parole de la famille, a fait connaître l'intention de se départir de cette incroyable collection, on se bouscule au Québec pour l'accueillir.
Montréal, Québec, Drummondville, bien sûr aussi Thetford Mines, ont manifesté de l'intérêt. Même Trois-Rivières a tenté de s'insérer dans les rangs des acquéreurs. Mais surtout Shawinigan.
La bataille au finish se ferait entre Drummondville et Shawinigan. Drummondville, qui invoque qu'elle a été la première à vouloir recevoir la collection des Demers - ce qui n'est pas tout à fait exact - a cette fois le total appui du ministre régional Yves-François Blanchet, même s'il dort et roucoule à Shawinigan. Mais Robert Trudel reconnaît que Drummondville, qui propose de construire une super salle de montre de 40 millions $, dont 10 millions $ viendraient de la ville, a fait une très belle proposition qui a impressionné Roger Demers.
Sauf que Robert Trudel a joué ses cartes et qu'il possède de très bons atouts qui lui donnent l'assurance que Shawinigan a de «très, très, très bonnes chances» de coiffer malgré tout Drummondville. Jeudi dernier, par exemple, il a accroché Jean Chrétien, qui séjournait aux Piles, pour l'amener à Thetford Mines rencontrer Roger Demers en confiant à l'ex-premier ministre le mandat d'user auprès de celui-ci de ses plus belles qualités de persuasion. Il a fait son effet.
Robert Trudel était déjà en contact depuis quatre ans avec Roger Demers auquel il avait fait faire la visite de l'espace dont il pourrait disposer à la Cité de l'énergie pour bien installer cette fabuleuse collection et l'homme avait été impressionné.
La Cité dispose de deux grands anciens entrepôt de l'Alcan, l'un de 85 000 pieds carrés et l'autre de 80 000. Les entrepôts étant existants et disponibles, le coût du musée de l'automobile serait donc beaucoup moins onéreux que ce que veut construire Drummondville. Si une aide gouvernementale devait intervenir, on devrait prendre en considération cet aspect.
La collection possède tous les modèles Cadillac de 1903 à 1976, la série des Lamborghini depuis 1963, la Vector de Michael Jackson, la Jaguar d'Elton John, la Bugatti de Jean-Paul Riel, une multitude de Ferrari dont la première voiture de course d'Enzo Ferrari, une Alfa Romeo, des Rolls... Il y en a 500.
Combien vaut une telle collection? On peut dire qu'elle est unique au monde et inestimable par la qualité et l'histoire de ses véhicules. On sait tout de même qu'un roi d'Arabie a offert 1,3 milliard $ pour l'acquérir. La famille Demers est riche, mais elle n'est pas à l'argent... dans ce cas-ci. Shawinigan, avec un pitbull comme Bob Trudel, a donc une grosse chance.