François Désaulniers lance ce soir son premier roman pour adultes intitulé L'Aiguilleur, publié aux Éditions Druide.

Hasard et humour fin: François Désaulniers lance son premier roman

Son premier roman intitulé L'Aiguilleur mijotait depuis un long moment déjà. Voilà 14 ans, François Désaulniers avait déposé ce projet dans son cours de création littéraire à l'Université de Montréal. Sa copie lui est revenue de la main de son professeur avec la mention: «Je n'ai rien compris. A+». Comme quoi même devant un contenu nébuleux, l'enseignant ne pouvait passer à côté de la plume habile et imagée qui lui était présentée.
L'anecdote fait encore sourire François Désaulniers. Il la raconte d'ailleurs à la toute fin de ce roman qu'il publie aux Éditions Druide et dont le lancement s'effectuera ce soir à la librairie Clément Morin de Trois-Rivières en compagnie de l'animatrice Patricia Powers. Il est à préciser que ce «5 à 7» est ouvert à tous.
François Désaulniers est originaire de Saint-Tite, mais réside aujourd'hui à Trois-Rivières, où il évolue dans les bureaux des Éditions d'art Le Sabord. C'est à cet endroit qu'il s'apprête à publier le 6e tome de sa série pour enfants Sur le bout de la langue, des petits bouquins amusants qui entraînent les mini-lecteurs dans le merveilleux monde de la langue française et des petits monstres qui la peuplent.
Aujourd'hui, c'est toutefois aux Éditions Druide qu'il publie son récit pour adultes et l'expérience est toute autre, dit-il. «C'est un projet qui infuse et qui se prépare depuis si longtemps», sourit-il en se remémorant son travail universitaire lorsqu'il avait 22 ans. «Je n'avais pas ce qu'il fallait encore», en retient-il. «J'avais sûrement des choses à vivre encore avant de le terminer.»
L'Aiguilleur demeure un récit déroutant, qui nous propose de suivre un narrateur au gré de ses pensées, de ses impressions, de ses émois, de ses observations et de l'humour fin qui le caractérise. Le thème du récit lui-même est issu des pensées de Désaulniers, des idées qui le taraudent depuis belle lurette, à savoir: «Qu'est-ce qu'on a comme contrôle dans notre vie?», observe-t-il, en relevant toutes ces petites choses du quotidien qui peuvent sembler anodines, qui peuvent même passer parfois inaperçues, et qui peuvent pourtant faire bifurquer une vie.
«En sortant de cette entrevue (nous sommes dans un café de la rue des Forges), je peux me faire frapper par une voiture, ou encore tomber sur quelqu'un qui sera très significatif dans ma vie», image-t-il. «Qu'est-ce qui nous fait tourner à droite ou tourner à gauche? Quand on se met à penser à toutes les possibilités qu'on a chaque jour et qu'on est conscient de ça, on peut virer crackpot. Mon travail d'écrivain, c'était de montrer que c'est là, et que ça dort...»
C'est dans cet esprit que le lecteur suit son narrateur et qu'il flâne avec lui à travers les 200 pages de son récit, soit 130 pages de textes et 70 autres imagées par des dessins qu'il a lui-même réalisés et qui, une fois combinés, en formeront une autre.
Il était donc dans le début de la vingtaine lorsqu'il a imaginé les prémisses de ce récit. «J'étais à Montréal et je marchais beaucoup dans la ville.» François Désaulniers observait, imaginait et fabulait sur toutes ces petites choses du hasard qui pourraient changer le cours de sa vie. «À un moment donné, j'avais un peu trop conscience de cela, mais je m'en suis sorti», sourit-il. «À cet âge, on est dans un moment de notre vie où on vit beaucoup de moments décisifs.»
Cette époque lui rappelle cette autre anecdote, puisée celle-ci dans La Mouette, de Tchekhov, où une jeune fille mentionne à un écrivain qu'il doit être merveilleux d'exercer ce métier et que l'homme lui répond que c'est plutôt une malédiction. «Car il n'y a pas de moment de détente. C'est ça le lot des créateurs», fait valoir M. Désaulniers. «À la période universitaire, je vivais cela à une très grande intensité. Quand on tombe dans la création, dans la pratique, ça libère.»
On parle donc ici d'une auto-fiction. Au départ, l'auteur avait suggéré le terme «auto-fabulation», mais il aurait été difficile de le classer en librairie, fait-il remarquer. François Désaulniers a même été guidé par son subconscient pour écrire le dernier chapitre de son roman. «Cette fin m'est vraiment apparue en rêve. Cette image-là était si fortement ancrée qu'il fallait que cela se termine comme ça.»
Tout comme il est aujourd'hui évident que les livres vont se suivre sous sa plume. Les idées de projets d'écriture se bousculent actuellement.
«J'ai juste hâte», dit-il. «Je suis tellement content de goûter à cela que ça me donne le goût de l'écriture encore plus. Ça ne prendra pas 14 ans pour sortir le prochain!»