Yves Gélinas avait réalisé des travaux sans permis l'an dernier, mais il croit que bien des agriculteurs agissent de la même façon.

Gélinas réclame... l'équité

Même si la Ville de Shawinigan a déjà annoncé qu'elle ne sévira pas à son endroit pour cette fois, Yves Gélinas veut savoir jusqu'où ira l'administration municipale dans sa volonté d'exiger un permis pour des manoeuvres sur des terres agricoles.
Le coloré éleveur de moutons souhaite donc des inspections chez des agriculteurs afin de s'assurer que les travaux qu'ils effectuent respectent la réglementation municipale.
M. Gélinas a fait cette suggestion lors de la dernière assemblée publique du conseil municipal. L'automne dernier, la Ville l'avait pris en défaut, lui reprochant d'avoir installé un drain pour favoriser l'écoulement de l'eau vers la rivière Grand-Mère, qui traverse sa propriété. Pour l'administration municipale, il avait canalisé un cours d'eau, une interprétation confirmée par le ministère du Développement durable, de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques. 
Les travaux d'enrochement et l'installation d'un avaloir avaient aussi été réalisés sans permission, contrevenant ainsi au Règlement de contrôle intérimaire relatif à la protection des rives, du littoral et des plaines inondables de la Ville.
M. Gélinas avait alors prétexté l'urgence de la situation pour avoir procédé sans permis. Il faisait remarquer que l'érosion provoquait l'accumulation de sédiments dans le petit cours d'eau et éventuellement, jusqu'au parc de la Rivière-Grand-Mère où des citoyens se plaignent de la dégradation des lieux.
Le fait que M. Gélinas ait agi sans permis l'empêchait également de toucher une aide financière en vertu du programme Prime-Vert du ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec.
Finalement, la Ville a décidé d'émettre simplement un avis de non-conformité au résident du chemin des Pionniers, sans plus. Pas d'amende, mais pas de permis non plus, ce qui l'empêche de toucher l'aide financière désirée.
En séance publique, M. Gélinas a défié l'administration municipale à se lancer à la chasse aux travaux non conformes, tels que ceux qui ont été réalisés sur ses terres l'automne dernier. Un fonctionnaire lui aurait déjà répondu, à la fin avril, que la Ville ne possédait pas les ressources humaines et financières pour répondre à cette demande.
«Je suis bien prêt à collaborer, à perdre ma subvention», déclare-t-il. «Je n'entretiendrai plus les ouvrages sur la rivière Grand-Mère. Des milliers de mètres cubes de sable vont descendre dans le parc de la Rivière-Grand-Mère. Vous expliquerez ça aux 3500 personnes qui ont signé une pétition pour le nettoyer. Tant que vous ne nettoierez pas en haut, n'investissez pas en bas, ce serait ridicule.»
«Mais si je suis bloqué et que je n'ai plus le droit d'investir, il faut que vous réserviez le même traitement à tout le monde», enchaîne-t-il.
«Présentement, de grosses compagnies achètent des terres à Shawinigan. Elles ont les moyens de vous envoyer promener et de ne pas demander de permis, car elles n'ont pas besoin de subvention comme j'en avais besoin. En refusant de prendre ma plainte et d'envoyer des gens sur le terrain, les fermes familiales qui occupent le territoire depuis des générations sont mieux de fermer leurs livres et d'arrêter d'investir. On n'est plus capables.»
Le maire, Michel Angers, a assuré à M. Gélinas qu'il ferait «personnellement» un suivi de ce dossier.