Les coprésidents du comité du Fonds de diversification économique de 200 millions de dollars, Jean-Guy Paré et Réjean Hardy.

Fonds de diversification: Donald Martel veut une gestion dépolitisée

Au lendemain de la bourrasque électorale qui a balayé le Parti québécois de la carte régionale, les élus provinciaux sont tout de même confiants que le Fonds de diversification économique de 200 millions de dollars puisse survivre au changement de gouvernement. Quant au coprésident du comité, Jean-Guy Paré, reconnu pour son allégeance péquiste, il remet son sort «au politique».
«Je ne panique pas avec ça. J'ai été nommé par un décret, je peux être congédié par un décret. Je fais ça bénévolement pour la région. Et ce fonds existe sous mon initiative et celle de Jean-Martin Aussant. On se disait que si la centrale nucléaire ferme, il faut faire quelque chose», a confié celui qui assume aussi la présidence du conseil d'administration de la Société du parc industriel et portuaire de Bécancour.
Selon lui, «tout va selon les plans» en ce qui concerne le processus de fermeture de Gentilly-2 alors que 300 personnes y travaillent encore avant la période de dormance.
Malgré l'arrivée des libéraux au pouvoir, M. Paré se dit prêt à conserver ses fonctions à la tête du comité pour continuer «à faire ça correctement». L'ancien député péquiste avait été nommé à ce poste alors qu'il était président du CLD de Bécancour. Pour sa part, son coprésident, Réjean Hardy, propriétaire de l'entreprise Hardy Filtration, ne croit pas que le Fonds sera remis en question par le nouveau gouvernement.
«C'est un succès jusqu'à date. Ce Fonds a été créé par décret. S'ils font un autre décret, ils font ce qu'ils veulent. C'est leur choix. Mais c'est un bon outil pour la région», affirme le président du conseil d'administration d'Innovation et Développement économique Trois-Rivières.
Qu'en est-il de l'un des membres du comité, Pierre-André Julien, qui a fait une sortie en règle contre Philippe Couillard? «Il va prendre ses responsabilités», a simplement répondu M. Paré, ce qui laisse poindre une démission prochaine.
Attendant maintenant la nomination d'un nouveau ministre régional, il défend le caractère apolitique du comité qui a récemment accepté 18 autres projets.
Or, cette prétention de neutralité politique ne convainc pas le député de la CAQ, Donald Martel, qui réclame toujours que la gestion du Fonds soit dépolitisée «et qu'on le rende plus transparent», en plus de questionner le mode de nomination.
«Les nominations étaient plus péquistes. C'est quoi le mandat exactement du conseil d'administration alors que ces administrateurs ont été presque six mois sans se rencontrer? Il faut mettre les choses beaucoup plus transparentes», soutient-il.
Par contre, le représentant caquiste n'est pas inquiet pour le Fonds, «étant déjà dans les crédits budgétaires». «M. Couillard ne mettait pas ça en question. C'est une belle occasion de reprendre ce dossier-là», croit-il.
À son avis, l'autre défi, c'est que «la Ville de Bécancour a besoin de se faire attribuer une partie des subventions puisque la centrale nucléaire était à Gentilly. Il faut que le Fonds ait une application particulière pour la ville de Bécancour».
Le changement de garde ne l'empêche pas d'envisager la suite des choses positivement. «Je vais être là de bonne foi. On est capable dans la région de travailler ce dossier-là sans partisanerie. Il faut donner une chance au Parti libéral du Québec. Et avec les députés libéraux de la Mauricie, on peut se faire confiance», croit celui qui attribue d'ailleurs une partie de sa réélection à sa «façon de se comporter».
Pour sa part, le nouveau député libéral de Trois-Rivières, Jean-Denis Girard, tient à ce que le Fonds ne soit pas politique, mais économique, d'où son souhait d'impliquer des gens d'affaires locaux pour regarder les projets au lieu que les membres du comité «soient mis là pour certaines allégeances politiques».
«Au début du Fonds, les chambres de commerce ont été ignorées», déplore celui qui parle d'associer à la démarche la Jeune Chambre de commerce de la Mauricie.
Soulignant que le Fonds a été créé rapidement «pour faire oublier 800 jobs qu'on a perdus», l'ancien président de la Chambre de commerce et d'industrie du Coeur-du-Québec avoue que la problématique n'est pas tant le Fonds que de générer des projets.
«Je ne veux pas travailler à partir du Fonds, mais des projets, et remonter ensuite au Fonds», conclut ce partisan du bottom up et non du top down.