Le biochimiste Christian Linard, au centre, est entouré des membres de la Coalition trifluvienne pour une eau très saine: Philippe Giroul, Monique Meunier et Jean-François Gaudette.

Fluoration: «Une aberration morale, éthique et démocratique»

À moins d'un revirement de situation de dernière minute, les conseillers municipaux de Trois-Rivières devront se prononcer le 3 février prochain, lors de la séance publique du conseil, sur la poursuite ou non du programme de fluoration de l'eau potable. Le débat qui se tient actuellement divise déjà le conseil municipal, mais est également suivi par l'ensemble de la province, qui voit en la décision de Trois-Rivières un point tournant dans les efforts de la Direction de santé publique à élargir au plus grand nombre le programme de fluoration de l'eau potable.
À l'heure actuelle, à peine 3 % des municipalités y ont adhéré, mais la Santé publique voudrait rejoindre plus de 50 % de la population d'ici cinq ans. Dans ce débat scientifique, éthique et aussi très émotif, plusieurs points de vue s'affrontent. Dans un souci de permettre au public de se faire sa propre opinion, Le Nouvelliste propose aujourd'hui à ses lecteurs deux entrevues, mettant en opposition les arguments en faveur et contre la fluoration de l'eau potable.
Si les conseillers municipaux de Trois-Rivières voulaient agir de façon éthique et responsable dans le dossier de la fluoration de l'eau potable, ils devraient tout simplement s'abstenir de voter lundi prochain pour trancher cette question. C'est du moins l'avis de Christian Linard, biochimiste clinicien et professeur à l'UQTR.
Ce dernier estime que le vote que s'apprête à prendre le conseil municipal trifluvien est une aberration morale, éthique et démocratique. «On s'apprête à faire une requête médicale globale, une ordonnance collective qui ne sera même pas prescrite par un médecin. Et même si c'était le cas, la loi est claire que nul ne peut être soumis sans son consentement à des soins. Je ne vois pas pourquoi on demande aux conseillers municipaux, qui n'ont pas de formation et n'ont clairement pas toutes les informations en main, de se substituer au corps médical», mentionne M. Linard, qui ajoute qu'il s'agit là d'une mesure qui porte outrage au code de déontologie des médecins. «Et le comble, c'est qu'on demande un vote à main levée au lieu d'un vote secret. Je n'ai jamais vu ça», ajoute-t-il.
Le biochimiste s'était rendu, en avril dernier, témoigner devant la Commission parlementaire portant sur la fluoration de l'eau potable. Il reproche que dans ce dossier, aucune étude scientifique sérieuse, dite à «double aveugle», n'ait été menée, et que la Santé publique n'appuie pas sa réflexion sur ce type d'études, qui compare notamment l'administration d'un traitement à un groupe et l'administration d'un placebo à un autre.
«Nous avons vu des études épidémiologiques et moléculaires, mais desquelles nous ne pouvons tirer de conclusions sérieuses et fiables sur les effets bénéfiques de la fluoration sur la carie dentaire», ajoute-t-il.
Selon M. Linard, le fluor transforme le cristal qui assure la solidité de nos os, l'hydroxyapatite, en un autre cristal appelé le fluorapatite. Ces deux cristaux ne peuvent s'assembler et fragilisent les dents et les os, affirme-t-il. «Des études ont prouvé que le taux de fractures osseuses chez les femmes post-ménopausées traitées avec du fluor était en hausse. Dire que ça solidifie les dents est une aberration, ça fait plutôt l'effet inverse, ça les effrite», clame-t-il.
Par ailleurs, le fluor agirait comme inhibiteur enzymatique, c'est-à-dire qu'il détruirait plusieurs enzymes importantes pour les organismes vivants, en plus d'agir comme électronégatif et de s'attacher à des métaux comme le plomb ou l'aluminium, «des métaux très toxiques pour le système nerveux central».
Pour Christian Linard autant que pour la Coalition trifluvienne pour une eau très saine (CTETS), la meilleure façon de combattre la carie dentaire serait de s'attaquer au problème numéro un qui cause la carie: la consommation de sucre.
«Si les autorités voulaient bien agir, c'est à la source du problème qu'il faudrait s'attaquer, ce qui aurait en plus des effets bénéfiques sur d'autres problèmes de santé, comme le diabète, les maladies cardiovasculaires et même l'Alzheimer», croit M. Linard. Des cliniques sur la santé buccodentaire des jeunes enfants et des élèves du primaire pourraient aussi facilement s'organiser, notamment chez les clientèles plus à risque, note Jean-François Gaudette de la CTETS.
Ce dernier affirme par ailleurs que les statistiques sur le taux de carie dentaire entre les enfants ontariens et québécois véhiculées par la Santé publique sont fausses. «Les gens de Cap-de-la-Madeleine n'ont jamais bu de l'eau fluorée de leur vie. Ont-ils plus de caries que les gens de Trois-Rivières? Personne ne peut l'affirmer. Et la Direction de santé publique refuse le débat contradictoire», déplore M. Gaudette.
Selon les calculs réalisés par la CTETS, il en coûterait plus de 200 millions $ par année au gouvernement pour fluorer l'eau des 180 municipalités de plus de 5000 habitants qu'elle vise. «Et 99 % de cette eau n'est même pas bue, mais utilisée pour les tâches ménagères, les entreprises et les industries. C'est cher payé pour une si petite utilisation», ajoute Philippe Giroul, de la CTETS.
Advenant une réponse positive du conseil municipal à la fluoration de l'eau potable, la coalition envisagerait même un recours collectif contre la Ville de Trois-Rivières pour faire renverser cette mesure.