Nicolas Boivin, professeur de fiscalité à l'UQTR.

Fiscalité en ligne pour le grand public

Les personnes à faibles revenus pourront faire faire leur déclaration de revenus gratuitement, le 22 mars, en se rendant dès 8 h 30 au Hall Gilles-Boulet du pavillon Albert-Tessier de l'UQTR. Depuis 10 ans, trois professeurs de fiscalité, Nicolas Boivin, Marc Bachand et Nicolas Lemelin ainsi qu'une centaine de leurs étudiants offrent ce service gratuitement à la communauté.
Cette façon sympathique de faire descendre le savoir universitaire dans la rue n'est toutefois pas la seule qu'utilisent ces professeurs pour diffuser leur savoir.
Ils ont en effet créé le site fiscaliteuqtr.ca, un guichet unique Web très vaste dans lequel toute la formation donnée aux étudiants de l'UQTR durant leurs études en fiscalité est mise en ligne gratuitement. N'importe qui peut donc désormais apprendre tout ce que les étudiants verront au cours de leur formation. La seule différence, c'est qu'il n'y aura ni crédits, ni diplôme au bout.
Il s'agit d'un cours asynchrone. Cela signifie qu'on peut y accéder quand on veut et apprendre, en totalité ou en partie, à son rythme.
Nicolas Boivin explique que cette démarche, la première du genre à l'UQTR, répond à sa philosophie voulant que l'État lui paie son salaire, donc que la connaissance appartient à tous les contribuables.
La direction de l'UQTR appuie sa démarche entièrement. Le vice-recteur aux études et à la formation, Sylvain Delisle, indique que «c'est le premier cours en ligne pour lequel on procède de cette façon, c'est-à-dire l'ouverture gratuite sur le monde.» Et ce ne sera certainement pas le dernier, dit-il.
L'UQTR annoncera en effet ce printemps qu'elle veut s'ouvrir au monde «en termes de ses contenus», dit-il.
Actuellement, l'Université utilise un portail de cours pour toutes les formations données dans lequel tout le matériel didactique en format numérique est déposé. «En ce moment, le portail n'est accessible qu'aux étudiants qui sont officiellement inscrits au cours», explique-t-il. Toutefois, «on se prépare à donner aux professeurs la possibilité de rendre accessible au grand public des parties de leur contenu de cours», dit-il, c'est-à-dire les parties qui ne sont pas soumises à des droits d'auteur.
Le professeur Boivin et ses collègues, eux, ont contourné cette difficulté en rédigeant eux-mêmes tous les volumes. «Les volumes de fiscalité sont trop lourds, couvrent trop de matière. On a choisi de faire des volumes plus restreints», explique-t-il. Par la suite, ils ont été mis en ligne «et une fois qu'on a goûté à ça, on n'a jamais voulu retourner en arrière», raconte-t-il.
«Les étudiants sont très satisfaits», fait valoir le professeur Boivin. Ils n'ont plus à payer des centaines de dollars pour des livres épais et lourds à transporter.
Les professeurs bénéficient aussi amplement de cette façon de faire. «Si vous saviez comment c'est ardu de faire des notes de cours, d'envoyer ça au service d'imprimerie et de demander que ce soit boudiné», raconte le professeur Boivin. «C'est trop épais; ça ne se boudine pas; les couleur sortent mal; les sauts de pages ne tombent pas bien; autant de problèmes qui n'existent plus avec les formations en ligne», plaide-t-il.
«Je ne pense pas que dans d'autres universités, les visiteurs bénéficient d'une porte d'accès à des cours en ligne institutionnels crédités», indique le professeur Boivin. «C'est là la grande innovation», dit-il.
Récipiendaire d'une multitude de mentions, dont le Prix d'excellence en enseignement et le Prix du ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche, de la Science et de la Technologie, Nicolas Boivin avoue humblement que le site fiscaliteuqtr.ca s'est bâti graduellement au fil des dernières années au point de prendre des proportions vraiment impressionnantes, incluant un forum de discussion en ligne et la participation aux réseaux sociaux Facebook, Twitter, Linkedin, Flickr, en plus de vidéos sur YouTube. D'ailleurs, les professeurs mettent une publication par jour sur Facebook afin de susciter les échanges.
L'innovation ne s'arrête pas là. Le professeur Boivin et ses collègues s'apprêtent à mettre en ligne un CLOM ou cours en ligne ouvert aux masses (MOOC ou Massive Online Open Course, en anglais). Il s'agit, dans ce cas, de cours vraiment structurés, mais destinés au grand public et gratuits. Ce projet ne sera pas le seul, indique le vice-recteur Delisle, puisque deux autres seront disponibles d'ici quelques mois.