L'ancienne aluminerie Rio Tinto Alcan de Shawinigan, récemment fermée, accueillerait l'usine de silicium de FerroAtlántica.

FerroAtlantica à Shawinigan: l'affaire est dans le sac

Il y a une semaine, Pauline Marois annonçait à partir de Davos la venue d'une usine de silicium au Québec, représentant un investissement de 375 millions de dollars et la création de plus de 300 emplois. Dans une semaine, la première ministre pourrait profiter de son passage à Shawinigan, lors du caucus pré-sessionnel de son aile parlementaire, pour confirmer le choix du site.
Car ça ne fait plus de doute, c'est à Shawinigan, sur le site de l'ancienne aluminerie Rio Tinto Alcan, que FerroAtlántica va s'installer. Si au plan politique, on tient à faire durer le suspense, les jeux sont faits sur le terrain.
Pour preuve, Le Nouvelliste a appris qu'une firme d'ingénierie est déjà à l'oeuvre pour identifier les défis techniques de l'usine fraîchement fermée, ce qui a bien faire sourire son propriétaire, en voyant toutes ces suppositions autour du Saguenay et de Bécancour. Et le port de Trois-Rivières n'aurait pas tardé à faire des approches dans le dossier.
D'où la soudaine tiédeur du président-directeur général de l'Administration portuaire, Gaétan Boivin, pour défendre la candidature de Bécancour. Assumant également la présidence de la Chambre de commerce et d'industries de Trois-Rivières, il s'apprêtait à faire une sortie pour plaider la cause du parc industriel et portuaire provincial, aux côtés de son homologue de la Chambre de commerce et d'industrie du Coeur-du-Québec, Jean-Guy Doucet et des maires de Trois-Rivières et Bécancour, Yves Lévesque et Jean-Guy Dubois. Il faut savoir que les deux villes riveraines partagent le même espace économique.
Or, voilà qu'en apprenant les «rumeurs» autour du choix de Shawinigan, M. Boivin a vite fait savoir qu'il mettait sur la glace une intervention de sa part. Même mercredi, devant quelque 300 membres réunis au déjeuner mensuel, il n'a pas fait allusion au projet.
On le sait, le port trifluvien profitera de la venue de FerroAtlántica au Centre-de-la-Mauricie. Il s'en est suivi un communiqué de presse des quatre hommes qui, tout à coup, s'en remettaient à une décision d'affaires. De toute évidence, on leur a fait comprendre que les dés étaient jetés (lire pipés) et qu'ils avaient intérêt à renoncer à une vaine croisade.
Même le maire de Bécancour, Jean-Guy Dubois, dit maintenant vouloir laisser aller les forces du marché par rapport à ce dossier. Lui qui, pourtant, aurait tellement eu besoin d'un tel projet créateur d'emplois pour atténuer les effets de la fermeture de Gentilly-2, le voilà rentré gentiment dans le rang. Ça sent la résignation...
Il faut dire que le premier magistrat pourra attendre le gouvernement dans le détour. En voyant Québec accorder un rabais d'électricité au promoteur espagnol pour venir s'installer dans la Belle Province, il peut s'attendre, en toute logique, à ce que l'État québécois règle son différend tarifaire avec les alumineries, dont celle de Bécancour. Seulement à l'A.B.I., c'est un millier d'emplois qui est en jeu, avec la menace de fermeture évoquée par Alcoa pour la fin de l'année, faute d'une entente.
Consentir à des avantages énergétiques pour attirer des grandes industries, c'est bien. Mais encore faut-il ne pas pénaliser les grands employeurs existants. Et ça, le maire Dubois le sait très bien. Et sa ville n'est pas en reste avec le projet IFFCO et son investissement de 1,2 milliard de dollars. Le parc industriel et portuaire de Bécancour a d'autres projets majeurs sur sa table à dessin, dont celui des terres rares. Et le fonds de diversification économique de 200 millions de dollars, mis sur pied avec la fin du nucléaire, n'a pas fini de profiter à sa municipalité.
Toutes ces considérations n'enlèvent rien à la valeur du choix de Shawinigan, d'autant plus que la ville a eu sa part de coups durs. L'ancienne bâtisse industrielle présente des atouts indéniables, ne serait-ce que du côté des installations électriques. Et la reconversion du site a pour effet d'éviter une décontamination coûteuse. Une avenue qui sourit certainement au ministre de l'Environnement... et ministre régional, Yves-François Blanchet.
Celui-ci (et bien d'autres) a dû rire dans sa barbe en voyant tout ce branle-bas autour de «sites potentiels» qui n'en étaient pas. Politique oblige, seul Donald Martel, député caquiste de Nicolet-Bécancour, parle encore d'écrire à l'entreprise pour vanter la candidature de Bécancour.
Or, le mutisme du maire de Shawinigan, Michel Angers, en dit long, quand il est interrogé sur le projet de FerroAtlántica. Et pour cause. Car l'affaire est dans le sac pour sa ville... et le comté péquiste du député Luc Trudel.