Patrick Sénécal est le président d'honneur du Salon du livre de Trois-Rivières.

Faire de la littérature une fête

Le quotidien de Patrick Senécal se perd ces temps-ci dans un tourbillon dont l'écrivain a perdu le contrôle. «J'ai comme trop de projets en même temps alors, il arrive des moments où je ne sais plus où donner de la tête.»
«J'adore essayer de nouvelles choses et j'ai des offres de toutes sortes. Disons que je suis en train d'expérimenter le difficile apprentissage de dire non. Ça commence à entrer dans ma tête.»
On le plaindrait bien si ce n'était là un luxe dont rêvent énormément d'écrivains qui n'arriveront pas à vivre de leur plume. Cette étape, Senécal l'a franchie il y a déjà un bon bout de temps. Cette année, en se présentant au Salon du livre de Trois-Rivières il n'aura pas que des romans à vendre: il y sera aussi en tant que président d'honneur de l'événement.
Un honneur, à n'en pas douter. «Je le vois un peu comme un signe. C'est une claque dans le dos de la part du milieu littéraire à mon endroit. Avoir un certain succès auprès du public en vendant des livres, c'est vraiment bien mais une reconnaissance du milieu, c'est aussi très spécial et gratifiant.»
Le Drummondvillois d'origine avoue ne pas vraiment apprécier le protocole dans la vie. Mais la fête, il adore. «Dans ce cas, on me demande de rassembler les gens pour une fête entourant le livre: je ne peux demander mieux. Le Salon de Trois-Rivières a osé sortir du protocole empesé, laissé tomber l'image d'austérité souvent accolée à pareils événements et s'est donné offre un thème qui me plaît: À rendre fou. Quand on est happé par un livre et qu'on le dévore, qu'on n'arrive plus à s'empêcher de tourner les pages, c'est une folie, une douce folie.
«J'aime rencontrer les gens, jaser. Le public imagine souvent que les salons du livre, c'est très calme, très feutré. Pour moi, ça doit être festif: c'est l'occasion de discuter littérature, rencontrer des auteurs, créer des activités ludiques autour du livre. Il faut que ce soit amusant.»
La relève
Peut-être est-ce parce que son style de romans d'horreur et à suspense touche cette clientèle, mais Patrick Senécal se réjouit de constater qu'il rencontre de plus en plus de jeunes dans les salons du livre.
«Il s'écrit de plus en plus de livres destinés aux jeunes au Québec et c'est une excellente nouvelle. Avec la série Amos Daragon, les romans d'India Desjardins ou de Martin Michaud, pour ne nommer que ceux-là, j'ai vu se développer toute une littérature et une nouvelle génération d'auteurs qui écrivent des choses susceptibles d'accrocher les adolescents.»
«Je ne sais pas si ceux-ci lisent plus qu'avant, mais je vois bien que dans les salons ou lors d'événements auxquels je participe dans les bibliothèques, il y a systématiquement un bon nombre de jeunes qui viennent parce que ça les intéresse et ils ne sont pas gênés de se faire prendre en photo avec moi et de dire ouvertement qu'ils aiment lire. Je trouve ça vraiment l'fun.»
«C'est également important pour les auteurs de se prêter au jeu. Il ne faut pas trop se prendre au sérieux.»
Que les publications des ouvrages se fasse sur papier, auquel il est personnellement très attaché, ordinateur ou tablette numérique, le support lui importe peu.
«Ce qui compte, c'est que le livre vive, quelle que soit sa forme. Personnellement, je suis old school et j'aime l'objet livre en papier, ce que je regrette d'ailleurs profondément quand vient le temps de déménager. Peut-être les jeunes vont-ils développer des gestes sur une tablette numérique auxquels ils vont s'attacher comme moi je suis attaché au geste de tourner les pages d'un livre. Si les jeunes commencent à lire avec l'électronique, je n'y vois pas d'inconvénient, en autant qu'ils lisent. Même que le seul fait que ce soit de l'électronique a peut-être un pouvoir attractif sur la jeune clientèle. Si c'est le cas, tant mieux.»
La lentille et la plume
Si c'est la littérature qui l'a fait connaître, il reste que le genre de romans qu'il écrit ont un bon potentiel de transposition au cinéma comme en témoignent plusieurs adaptations.
Lui-même a écrit l'adaptation de trois de ses romans au grand écran (Sur le seuil, 5150 rue des ormes et Les sept jours du talion) en plus d'écrire une série Web, Reine rouge, dont il a même réalisé certains épisodes. Ce n'est guère étonnant quand on sait qu'il a enseigné le cinéma pendant plusieurs années au Cégep de Drummondville.
«Le cinéma est une passion que j'entretiens depuis aussi longtemps que la littérature, avoue-t-il. J'ai toujours eu envie de faire un film mais quand j'avais 15 ans, à Drummondville, on comprend que c'était plus facile d'écrire que de réaliser un film. Ça m'est quand même toujours resté en tête. Ça reste la même démarche qui est de raconter des histoires mais de deux façons différentes.»
Il a ciblé l'histoire la plus susceptible de lui permettre de réaliser cette ambition: Contre Dieu. «C'est une histoire relativement simple qui ne demanderait pas des moyens extravagants. On a fait des demandes pour le financement et on attend des réponses. Il n'y a rien d'officiel encore. C'est encore un projet embryonnaire, je dirais.»
S'il pouvait donner libre cours à cette envie de réaliser des films, cela ne l'éloignerait pas pour autant de la littérature. «Le cinéma est un art de contrainte: tu dois constamment faire des compromis. C'est extrêmement lourd, cher et très frustrant. Comme écrivain, au contraire, je pourrai toujours faire tout ce que je veux simplement avec du papier et un crayon.
J'ai le contrôle total sur mon oeuvre. Je ne voudrais jamais perdre ça. Si j'ai un jour à choisir entre le cinéma et la littérature, je prendrai toujours la littérature.»
Romans de Patrick Sénécal
> Sur le seuil (1998)
> Aliss (2000)
> 5150, rue des ormes (2001)
> Les sept jours du talion (2002)
> Le passager (2003)
> Oniria (2004)
> Le vide (2007)
> Sept comme setteur (2007)
> Hell.com (2010)
> Madame Wenham (2010)
> Contre Dieu (2010)
> Malphas, tome 1 (2011)
> Malphas, tome 2 (2012)
> Quinze minutes (2013)
> Malphas, tome 3 (2013)