Claude Dupuis, président de la Fédération québécoise des coopératives forestières et Jocelyn Lessard, directeur générall de la Fédération québécoise des coopératives forestières ont tenu un point de presse pour faire connaître leurs attentes en matière de politiques forestières.

Enjeux forestiers: les entrepreneurs veulent des engagements clairs

Il y a un peu plus d'un mois, la Fédération québécoise des coopératives forestières (FQCF) manifestait son inquiétude à l'approche de la prochaine saison d'opérations qui doit débuter le 1er avril. La FQCF a profité de la période électorale, mardi, pour se manifester à nouveau et demander aux partis politiques leurs engagements vis-à-vis les enjeux forestiers.
«Il va falloir des actions, et ce, peu importe le parti qui entrera au pouvoir le 7 avril. Il faut des actions immédiatement si on veut opérer en forêt. On ne veut pas être alarmiste, mais il faut être rapide pour avoir une industrie en santé», a lancé Claude Dupuis, président de la FQCF et directeur général de la Coopérative forestière du Haut Saint-Maurice (CFHSM).
Selon la FQCF, la mise en oeuvre du nouveau régime forestier a détérioré la compétitivité du secteur. Le Rendez-vous national de la forêt québécoise tenue en novembre à Saint-Félicien avait suscité l'espoir que des ajustements importants étaient possibles. Des gestes concrets ont suivi, dont l'annonce des budgets sylvicoles et le programme de la biomasse forestière attendu depuis longtemps par les coopératives, mais les dirigeants estiment qu'il reste encore beaucoup à faire.
Des demandes précises
Les coopératives forestières veulent amener le dossier forestier dans le débat public. La FQCF a proposé aux partis politiques une liste détaillée et précise de leurs demandes. Selon elle, le gouvernement doit contribuer à définir une vision commune du développement forestier et il faut aussi renforcer la chaîne de valeur des produits du bois. L'État devrait également donner un coup de pouce financier à l'industrie pour l'aider stratégiquement à se transformer.
«Il devrait encourager l'innovation et l'ajout de valeur plutôt que la diminution des coûts. L'aide devrait être conditionnelle à une meilleure intégration de l'aménagement forestier dans la chaîne de valeur», précise Jocelyn Lessard, directeur général de la FQCF.
Toujours selon les coopératives forestières, il faudrait revoir la mission du bureau de mise en marché des bois, afin de rendre l'approvisionnement plus compétitif. Le ministère des Ressources naturelles (MRN) devra aussi revoir les processus de planification forestière qui induisent de l'inefficacité et l'augmentation des coûts. La FQCF souhaite une planification collaborative. Elle espère aussi que le concept de fournisseur-intégrateur sera expérimenté concrètement.
La Fédération soutient que les entrepreneurs forestiers de récolte sont les seuls à n'avoir bénéficié d'aucune protection pendant la transition entre les deux régimes forestiers. La Fédération veut que le MRN offre la possibilité aux entrepreneurs généraux de bénéficier de permis pour la récolte de bois aux fins d'approvisionner une usine de transformation. «On ne veut pas que les industriels soient privés de leur garantie d'approvisionnement. [...] Ces permis permettraient d'équilibrer les forces», explique M. Lessard.
Les entrepreneurs attendent aussi avec impatience que le fonds ESSOR leur soit accessible afin qu'ils puissent financer le remplacement de leurs équipements. «Nous allons avoir un début de saison difficile. Le programme n'a pas été mis en place avant les élections. Il faut agir très rapidement pour ne pas continuer à s'enliser», a précisé M. Dupuis.
Pour la sylviculture, les coopératives forestières estiment avoir besoin de connaître plus longtemps à l'avance la stratégie d'aménagement. Elles demandent un budget annuel de 200 M$ récurent afin de maintenir la productivité de la forêt.
La Fédération a tenu sa conférence de presse dans les installations d'une ancienne usine de pâtes et papier à Shawinigan, et ce n'était pas un hasard. «Nous ne sommes pas ici pour rien, on ne voudrait pas que nos usines de sciage et de papier deviennent toutes des salles de conférence. On voudrait conserver les travailleurs», a fait remarquer M. Dupuis.
Selon ce dernier, le message a été entendu de part et d'autre, il reste à savoir s'il sera mis en application au lendemain des élections. «La plupart des points discutés ont eu une bonne écoute. Les différents candidats disent que ce sont des choses qui vont de soi, mais on est en campagne électorale... On a bon espoir que le message ait été bien compris», a conclu Claude Dupuis.