Diane Giasson, la propriétaire de Chaussures Maxime, a perdu son principal client avec la fermeture de Gentilly-2.

«Elle ne reviendra pas la centrale. Passons à autre chose.»

N.D.L.R. Dans le cadre des élections provinciales au Québec, les quotidiens du groupe Gesca se penchent sur les promesses électorales qui ont eu un impact significatif dans la vie de la population.
Le Parti québécois (PQ) avait promis de déclasser la centrale nucléaire Gentilly-2 avant de prendre le pouvoir en 2012, et il l'a fait. Cette nouvelle, annoncée dans les premiers instants du gouvernement péquiste, a eu l'effet d'une bombe à Bécancour et à Trois-Rivières, deux villes qui profitaient des quelque 800 emplois directs de la centrale.
«La centrale nucléaire était mon principal client», a avoué d'emblée Diane Giasson, propriétaire de Chaussures Maxime, à Gentilly. Son commerce vend des chaussures, des bottes de travail, mais aussi des vêtements spécialisés et de sécurité pour les travailleurs. La perte de 800 emplois à la centrale nucléaire a fait très mal à son commerce.
La propriétaire du commerce situé à Gentilly n'a eu d'autre choix que de faire son deuil de la centrale et de ses retombées économiques. C'est d'ailleurs un sentiment partagé par plusieurs dans ce secteur de Bécancour. «Elle ne reviendra pas la centrale. Passons à autre chose, mais je ne veux plus entendre parler de désolation. J'ai trouvé ça catastrophique, c'est la pire nouvelle que j'ai eue en trente ans. Mais on ne s'arrête pas. Les gens vont toujours continuer d'user des chaussures.»
Devant l'inévitable perte de revenus, Diane Giasson n'a eu d'autres choix que de trouver de nouveaux clients. Après l'annonce de la fermeture de la centrale, une nouvelle qui a eu l'effet «d'une bombe atomique» à Bécancour et dans la région, bien des commerçants qui profitaient des 800 travailleurs de G-2 ainsi que les nombreux sous-traitants ont dû eux aussi se réinventer.
«Je ne remplace pas ce que j'ai perdu avec la fermeture de la centrale, pas du tout. Mais je me suis dit qu'il fallait faire quelque chose. Je ne pouvais pas m'écraser. Ce n'est pas la gloire, mais je suis contente d'avoir élargi la clientèle industrielle», a confié la commerçante.
Le conseiller municipal du secteur de Gentilly, Alain Mercier, a vécu toute sa vie dans l'ancien village de Gentilly, devenu aujourd'hui un secteur de Bécancour. Il est à même de constater les impacts économiques de la fermeture de Gentilly-2. «Pour certains commerçants, c'est catastrophique, alors que d'autres tirent bien leur épingle du jeu», souligne M. Mercier en ajoutant que le motel, les restaurants, les garages ainsi que plusieurs commerces ont aussi perdu beaucoup de clients depuis la concrétisation de la promesse du PQ de fermer Gentilly-2.
Un certain mutisme règne toutefois autour des conséquences de la fermeture de la centrale. Les employés d'Hydro-Québec ne veulent pas accorder d'entrevues aux médias, car plusieurs sont en processus de reclassement, alors que certains commerçants ne veulent plus donner une image négative à leur ville ou ne veulent tout simplement pas nuire à des négociations commerciales en cours. C'est notamment le cas du Club de golf Gentilly.
Durement touché par l'annulation d'un bail signé avec Hydro-Québec en 2012 pour la location d'un entrepôt situé sur ses terrains, cela devait rapporter un demi-million $ en cinq ans, le Club de golf n'a d'autres choix que de trouver un autre client.
Les groupes environnementaux opposés au nucléaire réclamaient depuis longtemps le déclassement de Gentilly-2. Christian Simard, directeur général de Nature Québec, salue la décision du PQ d'avoir tenu sa promesse électorale malgré les manifestations et la campagne d'opposition des chambres de commerce, de certains maires et députés de la région ainsi que la tenue d'une commission parlementaire. «Nous avons vraiment craint que le gouvernement recule», a précisé M. Simard en affirmant que le précédent gouvernement libéral aurait, lui aussi, pris la même décision.
Le Fonds de 200 millions
La décision du gouvernement péquiste de déclasser Gentilly-2 a été accompagnée de la création d'un fonds de diversification économique de 200 millions $, un outil alléchant, mais qui tarde selon plusieurs à favoriser des projets concrets.
«Nous avons beaucoup d'annonces de projets ces temps-ci. Mais entre l'annonce et les travaux sur le terrain, il y a du temps qui passe», a souligné Alain Mercier en avouant toutefois que les projets d'usine d'engrais d'IFFCO(1,2 milliard $), d'usine de fabrication d'hydroliennes RER Hydro (130 millions $) et d'une usine hydrométallurgique par l'entreprise Minéraux rares Quest (1,3 milliard $) donnent de l'espoir à la population de Bécancour, mais que celle-ci a hâte de voir des résultats concrets.
«RER Hydro est venu en grande pompe annoncer finalement 15 emplois. Mais à quel moment l'entreprise va-t-elle être sur le terrain? On ne le sait pas. C'est un peu décevant.»
Le très long processus de déclassement ainsi que la gestion des déchets nucléaires continuent également d'inquiéter la population de Gentilly, selon le conseiller municipal. «Je ne suis pas en faveur du nucléaire. Mais on l'avait. Tant qu'à l'avoir, aussi bien s'en servir. J'ai confiance en la technologie», a ajouté M. Mercier qui avoue que la gestion des déchets nucléaires est un enjeu très préoccupant à Bécancour. «Là on est pris avec les déchets et on en a pour quarante ans avec le démantèlement.»
La Promesse: le Parti québécois a promis en 2011 de fermer et de déclasser la centrale nucléaire Gentilly-2 s'il prenait le pouvoir.
Le contexte: Dès l'annonce de la composition du conseil des ministres du gouvernement péquiste en septembre 2012, la première ministre Pauline Marois a donné le mandat de fermer Gentilly-2 à la nouvelle ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet, créant ainsi une véritable onde de choc au Centre-du-Québec et en Mauricie.
Ces régions perdaient du même coup près de 800 emplois directs. Afin de diminuer l'impact sur la région, Québec a créé un fonds de diversification économique de 200 m $. Les chambres de commerce de la région touchée ainsi que les maires et députés opposés à la fermeture de Gentilly-2 ont demandé et ont obtenu une commission parlementaire sur la question. Malgré cette commission ainsi que les manifestations de travailleurs et de citoyens qui demandaient la survie de la centrale, le PQ a maintenu le cap avec la fermeture qui s'est concrétisée en décembre 2012.
Le pour: La fermeture de la centrale nucléaire met un terme au projet de réfection de Gentilly-2 dont les coûts devenaient pharaoniques. Évalués à 1,9 milliard $ en 2008, les coûts étaient estimés quatre ans plus tard à 4,3 milliards $. Et déjà, Hydro-Québec avait investi 900 millions $ dans la réfection de Gentilly-2. Suite à la catastrophe de la centrale de Fukushima au Japon en 2011, les groupes environnementaux craignaient également qu'un accident nucléaire survienne à Gentilly-2, centrale située sur les berges du fleuve Saint-Laurent, et entraîne des conséquences dramatiques sur la santé humaine et sur l'environnement.
Le contre: Les conséquences économiques de la fermeture de Gentilly-2 étaient au coeur des préoccupations des opposants à cette décision du gouvernement péquiste. Ils déploraient surtout la perte de 800 emplois directs, mais aussi d'une expertise «précieuse» en technologie nucléaire pour la région et le Québec. Ces travailleurs spécialisés avaient de bons salaires et ont peu de perspectives d'emploi ailleurs en Mauricie et au Centre-du-Québec. Plusieurs d'entre eux sont, ou seront, reclassés ailleurs par Hydro-Québec.