Le documentaire Sur les traces de Laviolette a été présenté hier à la salle Thompson, et sera diffusé sur les ondes de Radio-Canada Mauricie ce dimanche 21 juin à 22 h 30. L'historien Yannick Gendron et le réalisateur Pierre Saint-Yves se sont entre autres rendus en Normandie pour approfondir les recherches sur l'identité du fondateur de Trois-Rivières.

Duplessis au lieu de Laviolette!

«Est-ce que j'ai l'arme du crime? Non. Mais j'ai des preuves circonstancielles accablantes!», image l'historien Yannick Gendron en justifiant son hypothèse attribuant la fondation de Trois-Rivières à Théodore Bochart Duplessis et non au mystérieux Sieur de Laviolette.
Tel que promis, le documentaire de Pierre Saint-Yves, Sur les traces de Laviolette, remet en question l'identité du fondateur de Trois-Rivières.
Guidé par les recherches de l'historien Yannick Gendron, le document présenté hier à la salle Thompson s'inspire d'une relecture des sources et de l'exploration d'autres pistes pour faire émerger la figure de Théodore Bochart Duplessis.
Le film de 71 minutes décrit le contexte de naissance du fort de Trois-Rivières dans la Nouvelle-France de la première moitié du XVIIe siècle, et suit les recherches du professeur Gendron au Québec et en Normandie, en quête de la véritable identité du fondateur de la ville.
Des entrevues avec des spécialistes de divers domaines des sciences humaines (histoire, géographie, archivistique) étoffent les interventions de Yannick Gendron pour à la fois décrire le contexte de la colonisation et susciter le doute sur l'existence même d'un sieur de Laviolette.
Devant le buste de Laviolette sur le Platon, l'historien René Beaudoin discrédite cette représentation imaginaire et réfute aussi l'hypothèse voulant que Laviolette soit en vérité Nicolas Goupil, une information que l'on peut trouver sur Internet. «Une pure invention», tranche M. Beaudoin.
Pour appuyer le mystère quant à la réelle existence de Laviolette, Yannick Gendron fait pour sa part remarquer que le nom de celui-ci n'est mentionné que dans un document, soit le Catalogue des trépassés, le registre de baptêmes et de sépultures de la paroisse Immaculée-Conception de 1635 à 1679.
En compagnie d'Yvon Martin, archiviste et paléographe, M. Gendron consulte le précieux registre qui mentionne Laviolette, sans prénom, dans son introduction et dans deux actes de baptême en tant que parrain. Pas suffisant pour l'historien qui souligne aussi la totale absence de Laviolette dans les Relations des Jésuites, l'autre source majeure décrivant la période de la colonisation.
Qui, alors?
Dans sa relecture des Relations des Jésuites, ces lettres envoyées par les religieux à leurs supérieurs européens, Yannick Gendron a relevé un nom qui revenait souvent dans les récits et anecdotes des Jésuites. Ce nom, c'est celui de Théodore Bochart Duplessis, décrit comme le bras droit de Champlain.
Les écrits des Jésuites font état du rôle prépondérant et de l'influence de Duplessis dans le fort de Trois-Rivières de 1634 à 1636, dates auxquelles on a associé la présence de Laviolette dans la colonie.
Fort de son étude des Relations des Jésuites et de ses visites dans les archives départementales françaises (celles du Calvados, particulièrement), Yannick Gendron démontre comment les fonctions de Duplessis s'apparentent à celles des gouverneurs de l'époque.
Si l'homme mandaté par Champlain pour établir un fort à l'embouchure du Saint-Maurice était bien Théodore Bochart Duplessis, pourquoi alors avoir tu ce fait?
M. Gendron soupçonne la probable appartenance à la foi protestante de Duplessis comme explication de l'omission de sa position par les Jésuites.
Les interventions du géographe Rémi Guertin, du professeur Gervais Carpin et des historiens Mario Marchand et Martin Gauthier font du documentaire de Pierre Saint-Yves un bel outil de vulgarisation de l'histoire de Trois-Rivières et de la Nouvelle-France.
Quant aux résultats des recherches de Yannick Gendron, ils provoqueront inévitablement un choc dans le monde de l'histoire. «Doit-on changer les livres d'histoire? C'est une bonne question. Je crois qu'on devrait attendre d'avancer encore dans les recherches. Pour ma part, je vais toujours garder cette recherche active», conclut l'historien trifluvien.
En rabaska
Entre les mises en contexte et les épisodes de recherche historique, le documentaire de Pierre Saint-Yves Sur les traces de Laviolette est aussi tissé du tournage de l'Expédition Laviolette.
En trois jours, une trentaine de canotiers ont parcouru le Saint-Laurent à contre-courant entre Québec et Trois-Rivières, dans le but de rendre hommage aux pionniers français qui ont exploré le territoire via le Saint-Laurent.
Le documentaire fait état de l'entraînement des canotiers des équipes de la Réserve navale NSCM Radisson de Trois-Rivières et de l'usine Marmen, et suit l'expédition qui s'est tenue au début de mai.
Il est peu probable que les colons aient utilisé le rabaska, mais les responsable de l'expédition, dont le capitaine Gilles Villeneuve, souhaitaient saluer le courage des pionniers, 375 ans après la fondation de Trois-Rivières.