La venue de FerroAtlántica au Québec fait déjà l'objet de tiraillements entre les régions.

Du silicium aux odeurs politiques

Quand un grand projet industriel se pointe à l'horizon au Québec à coups de centaines de millions de dollars et d'emplois, plusieurs régions salivent à l'idée d'être l'heureuse élue. Et l'annonce de l'implantation d'une usine de silicium en sol québécois ne fait pas exception.
La première ministre Pauline Marois a confirmé les intentions de l'entreprise espagnole FerroAtlántica de venir s'installer dans la Belle Province. Le projet nécessiterait des investissements de 375 millions de dollars en plus de permettre la création de 300 emplois.
Or, le promoteur étudierait actuellement sept sites. Mais une lutte à finir semble surtout se dessiner entre Bécancour et Saguenay.
Pour le député de Nicolet-Bécancour, Donald Martel, il ne fait aucun doute que le parc industriel de Bécancour offre le meilleur site potentiel. Et au-delà de la présence d'un port, il y a l'existence d'un bâtiment industriel laissé vacant depuis la fermeture de Silicium Bécancour. Fait à noter, FerroAtlántica était partenaire dans l'acquisition des actifs. En d'autres mots, elle dispose déjà des immobilisations, bâtisse et terrains, pour y faire quelque chose.
Voilà pour le choix logique. Mais le représentant caquiste croit que Québec a un devoir moral de favoriser Bécancour. «Le gouvernement a une dette. C'est lui qui a pris la décision de fermer la centrale nucléaire. Et ce n'est pas le Fonds qui va compenser ça», affirme-t-il.
Mais le député Martel est catégorique: «C'est le meilleur site qui devrait l'emporter. S'ils font de la politique avec ça, ce sera déplorable. Le gouvernement se discréditerait. J'espère que Noëlla ne laissera pas faire ça».
Car dans les coulisses, on ne cache pas que la bataille entre Bécancour et Saguenay risque de se faire sur un terrain hautement politique.
Dans la dernière région, on ne peut ignorer la présence de trois ministres et pas les moindres: Stéphane Bédard, président du Conseil du Trésor et ministre responsable de la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean, Sylvain Gaudreault, ministre des Transports et ministre des Affaires municipales, des Régions et de l'Occupation du territoire, et Alexandre Cloutier, ministre délégué aux Affaires intergouvernementales. Mais surtout, ils sont respectivement députés de Chicoutimi, Jonquière et Lac-Saint-Jean.
Au Centre-du-Québec/Mauricie, un seul ministre: Yves-François Blanchet. Force est d'admettre que le poids ministériel penche du côté de Saguenay.
Et on peut s'attendre à ce que le maire de la ville, Jean Tremblay, ne ménage aucun effort pour mettre de la pression sur son trio de ministres. D'autant plus qu'à la suite d'un voyage en Espagne, le coloré politicien avait toutes les raisons de croire que l'usine de silicium allait s'installer dans sa cour. D'où sa vive réaction.
«C'est à nous autres ce dossier-là, on l'avait et il nous échappe. Il y a quelqu'un, quelque part, et on s'en doute qui a dit écoutez, ça nous intéresse, mais à condition que vous alliez à Bécancour», a-t-il déclaré.
Déjà en mode développement économique depuis sa récente élection, son homologue de Bécancour, Jean-Guy Dubois, ne voudra certainement pas s'en laisser imposer. L'ancien attaché politique du député de la CAQ le sait trop bien, lui aussi, que Québec a une fermeture à se faire pardonner: Gentilly-2. D'ailleurs, une mobilisation se prépare avec la Chambre de commerce et d'industrie du Coeur-du-Québec pour faire valoir les atouts du parc industriel, qui avaient justifié à l'époque l'arrivée de l'usine SKW.
Sauf que le gouvernement Marois sera peut-être tenté de ne pas mettre tous ses oeufs dans le même panier. La région de Bécancour, à elle seule, peut déjà compter sur une enveloppe de 75 millions de dollars via le Fonds de diversification économique et bénéficie d'une attention particulière depuis la fin du nucléaire. Et le Saguenay, diront certains, a aussi le droit d'accueillir les rares projets de ce genre, surtout que cette région-ressources figure également dans le peloton de queue au niveau économique.
Et au plan de l'influence politique, ses chances sont bonnes. Sauf que le duo Blanchet-Dubois a plusieurs cartes dans sa manche: un parc industriel tout désigné, une région à relever, un fonds spécial pouvant servir d'incitatif... et un comté que le Parti québécois veut conquérir aux prochaines élections.
À suivre...