Les patineurs de vitesse sur courte piste Charles et François Hamelin.

Double citoyenneté et divan volé

J'entraîne l'équipe italienne de patinage de vitesse depuis presque quatre ans et j'espère qu'on gagnera des médailles aux Jeux, tout comme je souhaite qu'un maximum d'athlètes du pays se taillent une place sur le podium dans les autres disciplines. Mais à la base, je suis Canadien, donc j'encourage tout autant mes compatriotes et je me réjouis à chaque fois qu'il y a une performance digne de mention.
Vous devriez voir comment nous avons organisé notre chambre, mon entraîneur associé et moi! On a réussi à voler le divan du physiothérapeute de l'équipe, ce qui nous a permis de se créer un mini salon avec nos deux iPads et la télévision au centre... le tout installé sur une boîte de carton.
J'ai ainsi eu l'opportunité de surveiller en même temps le combiné nordique, le match de hockey Canada contre États-Unis ainsi que la rencontre des Canadiennes au curling face à la Grande-Bretagne. C'est automatique: quand nous bénéficions d'une pause de deux ou trois heures et qu'on est dans notre chambre, on branche les appareils et on suit les compétitions!
Évidemment, on a un penchant favorable pour les Italiens et les Canadiens. Les objectifs diffèrent d'un pays à l'autre: si ma délégation se réjouirait d'une récolte de cinq ou six médailles, le Canada vise autour de 30 podiums à Sotchi.
Parlant de podiums, on travaille depuis des années pour que, aujourd'hui (NDLR: jeudi matin à 7 h, heure du Québec), Arianna Fontana remporte une médaille à la finale du 500m. Les gars vont aussi tenter de se qualifier pour la finale du relais, mais ça risque d'être très ardu face à trois puissances mondiales, dont le Canada. N'empêche, tout le monde s'amuse, on veut brouiller les cartes. Classée troisième mondiale, c'est Arianna qui a le plus de pression ces temps-ci.
Dans ce genre de situation, on doit s'assurer qu'elle se sent bien. Je me souviens il y a quelques années, elle avait été déstabilisée avant une course importante parce qu'elle n'avait pas encore enfilé ses patins à huit minutes du début de l'épreuve. Tous les athlètes traînent ce genre de superstitions dans les championnats et c'est à nous, les entraîneurs, de veiller à ce que tout soit correct.
Plus beau souvenir?
Votre journaliste du Nouvelliste m'a appris pendant notre entrevue, mercredi, que j'ai une place de choix dans la mémoire de François Hamelin, le frère de Charles. Dans un quiz pour La Presse Plus, il a mentionné que son plus beau moment aux Jeux olympiques en tant que téléspectateur remonte à Nagano 1998, quand j'ai gagné la médaille de bronze au 1000m.
Wow, ça c'est flatteur!
Honnêtement, je l'ignorais et, pourtant, je connais très bien François. Quand j'avais 20 ans, j'allais souvent m'entraîner à Sainte-Julie et les frères Hamelin faisaient partie d'un groupe de jeunes que je voyais sur la glace. Parfois, on pose des gestes banals devant des enfants de 10 ans et vingt ans plus tard, ça nous saute en pleine face! J'ai sûrement dit quelque chose à François à cette époque-là pour qu'il soit autant marqué par Nagano. Je vais lui demander d'ici la fin des Jeux...
Le retour d'Elvis
Je vous laisse avec une petite anecdote de patinage artistique. Comme je l'ai dit il y a quelques jours, je suis presque devenu ami avec Brian Orser, avec qui j'ai encore eu la chance de partager une discussion intéressante, mercredi, pendant le programme libre des couples. En fait, j'ai eu droit à un cours de patinage 101 en l'espace d'une heure.
J'ai aussi fraternisé avec la légende Elvis Stojko, qui s'est remémoré de bons souvenirs. À Nagano, il avait enfilé l'uniforme de patineur de vitesse de l'équipe canadienne. On avait pris une photo, je l'ai encore! La raison qui explique que les liens sont aussi forts entre les athlètes de nos deux sports, c'est qu'ils sont disputés sur la même surface de jeu à tous les Jeux d'hiver.
On espère qu'ils feront partie du public, aujourd'hui pendant nos compétitions.
Propos recueillis par Louis-Simon Gauthier