La Trifluvienne Lorie Hamel est championne mondiale de maquillage d'effets spéciaux.

Différencier le vrai du faux

La Trifluvienne Lorie Hamel n'a pas fini de démontrer l'étendue de son talent de maquilleuse artistique, elle qui vient tout juste de remporter la première place dans la catégorie «Effets spéciaux - Visage» de la plus prestigieuse compétition d'art corporel au monde, au World Bodypainting Festival, en Autriche, qui se tenait du 29 juin au 6 juillet dernier.
Inspirée de la thématique «Pop art», l'artiste a repris à sa façon les duplicatas de Marilyn Monroe d'Andy Warhol en préfabriquant des prothèses afin de donner l'illusion que sa modèle avait quatre visages autour de la tête.
Pendant la compétition, Lorie a eu quatre heures pour installer ces prothèses et les recouvrir de couleurs vives inspirées des différentes émotions qui se dégageaient des visages. L'effet était visiblement impressionnant, tant du côté technique qu'esthétique.
L'artiste s'est elle-même fait prendre au jeu par sa propre création.
«J'avais de la difficulté à différencier le vrai du faux, le visage de la modèle de la prothèse!» En toute humilité, elle souligne que les artistes sont de plus en plus performants depuis quelques années, ce qui rend le prix remporté cette année d'autant plus prestigieux.
Elle a eu l'avantage de pouvoir se préparer au Québec avec son amie et modèle, l'artiste Mimi Cauchemar, avec qui elle travaille souvent pour ce genre de compétitions. L'école Cinéma Obscura, lui a aussi prêté main-forte pour la confection des moules, un travail qui a demandé trois semaines de création en accéléré avant même la tenue du festival.
En plus de cette reconnaissance, elle a terminé sixième au monde dans l'autre catégorie à laquelle elle souhaitait participer, soit celle de peinture corporelle à l'aérographe, plus souvent appelé «airbrush».
Bien que Lorie Hamel s'impose maintenant par la qualité de son travail de maquilleuse artistique et qu'on la reconnaisse dans les différents festivals, c'est avant tout le défi créatif de cet art éphémère qui l'anime. «Ce n'est pas pour avoir un prix ou dire que je suis la meilleure au monde. C'est plus par rapport à moi, ce médium-là est une passion avant tout.» Passionnée, facile d'approche et terre à terre, l'artiste transmet le feu sacré qui l'anime quand vient le temps de parler de son art.
Elle soulève aussi le caractère effervescent et riche que représente ces événements d'envergure.
«Nous ne sommes pas beaucoup à faire ça et c'est l'occasion d'échanger et de créer des liens. Puisque les artistes peuvent laisser libre cours à leur imagination le temps d'un projet où tout est permis, ça fait vivre les idées créatives et ça nous permet d'encore mieux faire notre travail par la suite. Ça fait vivre l'art! C'est tout à fait incroyable pour un artiste de vivre ce rassemblement»
De maquilleuse d'enfants à championne mondiale
Lorie Hamel a toujours été attirée par la création. «Quand j'étais petite, je travaillais déjà avec du matériel d'adulte.» Elle a commencé le maquillage artistique en faisant des maquillages dans les fêtes d'enfants.
Elle raconte qu'elle a eu de la difficulté à compléter son baccalauréat en arts visuels à l'Université du Québec à Trois-Rivières, tant les contrats s'enchaînaient. Elle tenait toutefois à terminer sa formation, qui lui a apporté une technique et rigueur. Elle s'est ensuite spécialisée en maquillage d'effets spéciaux.
En 2010, alors qu'elle n'avait pas encore terminé ses études, elle remportait la troisième place au même World Bodypainting Festival dans la catégorie «Effets spéciaux», principalement pour l'aspect esthétique de son oeuvre.
«C'est l'année où j'ai commencé à faire de la compétition et je les gagnais toutes. Je n'avais jamais fait d'effets spéciaux de ma vie, et je me suis ramassée 3e au monde. Je n'étais clairement pas consciente de l'ampleur de ce festival-là», se rappelle-t-elle en riant.
Lorie Hamel se démarque comme artiste par sa polyvalence. Spécialiste des transformations, elle fait aussi de la direction artistique, de la conception de costumes et des coiffures, ce qui n'est pas le propre de toutes les maquilleuses.
«Je ne prends pas tout, le projet doit être intéressant ou se dérouler dans la région.» Aujourd'hui, elle travaille autant sur des plateaux de tournages de grande envergure au studio Mel's à Montréal, que dans des événements corporatifs au Qatar ou à Dubaï, ou pour l'animation de rue au centre-ville de Trois-Rivières. Celle qui revient de l'Autriche et qui songe à une compétition en Corée du Sud explique que son travail est aussi excitant qu'imprévisible. «Ma vie, c'est toujours dernière minute!»
Il sera possible de voir Lorie Hamel en plein travail à l'occasion du Festival Urbain du 14 au 16 août, au centre-ville de Trois-Rivières.